Kaléïdo'blog

Blog journalistique à plusieurs mains

23 mai 2011

Les facteurs du ciel

mermoz_st_ex_guillaumetSi je vous dis : « les premières heures de la poste aérienne internationale », vous pensez à l'Aéropostale, bien entendu...
celle de Mermoz, de Guillaumet, et bien sûr celle qu'a si bien raconté Antoine de St Exupéry. Mais qui se souvient de la naissance de cette incroyable épopée ?

imagesLe 18 février 1911, un pilote inconnu, Henri Péquet, transporte un sac de courrier de 15 kilos, entre Allahabad et Naini (au nord de l'Inde). Un petit saut de puce au-dessus du Gange, un vol de 27 minutes exactement. On avait déjà transporté des lettres par avion, lors de meetings aériens, mais jamais pour un service postal régulier. Quelques jours plus tard, quelques londoniens reçoivent du courrier qui a voyagé depuis l'Inde par train, par bateau, mais aussi par avion ! Elles portent la mention « first aerial post » (premier courrier aérien) et sont les toutes premières d'un genre qui va se populariser tout au long du vingtième siècle. À cette date, l'avion devient un moyen de transport postal comme un autre, comme avant lui le cheval (dès 500 ans av. J.C. chez les perses), le train (1830 en Gde-Bretagne), le paquebot (1835 en France), sans oublier … le ballon et le pigeon !

imagesEh oui, on a tendance à l'oublier pourtant l'épisode est célèbre : envahis par les prussiens, en 1870, les Français passèrent par les airs pour communiquer entre zones libres et zones occupées. Depuis le ciel de Paris, ce furent près de deux millions de messages qui s'envolèrent vers la province, à bord de montgolfières et autres dirigeables, alors que des pigeons voyageurs assuraient le vol retour. Des microfilms (appelés à l'époque ''pigeongrammes'') étaient fixés à la queue des volatiles. Leur contenu était ensuite projeté par des lanternes magiques aux Parisiens assiégés, ainsi tenus informés de la situation dans le reste du pays. Du James Bond sous le Second Empire !

images1Mais revenons en 1911. Cette année-là, on recense d'autres vols postaux en Grande-Bretagne, en Italie, aux États-Unis. Deux ans plus tard, un avion chargé de lettres relie Villacoublay à Pauillac, en Gironde. Le courrier, posté la veille dans la capitale, est embarqué le jour-même sur un paquebot partant pour les Antilles. Gain de temps : 15 jours !

Malgré cette avancée remarquable, l'avion n'a pas encore les faveurs des autorités postales mondiales. Un moyen rapide, certes, mais pas assez sur, ni assez régulier.
Mais d'énormes progrès verront le jour pendant la Première Guerre Mondiale et la paix revenue, l'avion devient un des moyens les plus fiables d'acheminer du courrier. Si l'aviation commerciale se développe dans l'entre-deux-guerres, c'est uniquement grâce à l'aéropostale, aux États-Unis encore plus qu'ailleurs.

courrierDès mai 1918, les dirigeants de la poste fédérale se lancent dans l'aventure aérienne et posent les premiers jalons du réseau américain, portés par leur foi dans l'avion et l'exigence de leur activité. Le courrier doit passer, coûte que coûte ! L'US Air Mail Service apprivoise l'Amérique. Peu importe les Rocheuses, New York est relié à San Francisco en 1920. Plus fort : la poste américaine inaugure les vols de nuit. On installe sur les aérodromes des phares géants, les « plus importantes sources de lumière artificielle jamais produites par l'homme » Le courrier posté le soir à New York est distribué dès le lendemain matin à Chicago.
Après avoir étendu sa toile à travers tout le pays, l'US Air Mail Service passera le relais aux compagnies privées, qui continueront à étendre et populariser le service postal et surtout l'activité passagers.

a_ropostaleAilleurs aussi, les « facteurs du ciel » défrichent les continents, dessinant sur le Globe les routes aériennes bientôt empruntées par les passagers. Les Anglais rêvent de relier par les airs Londres à ses lointaines possessions : Karachi en 1929, Singapour en 1933, Hong Kong en 1936. le courrier est prioritaire, un seul passager inaugure l'escale hongkongaise, inconfortablement assis au milieu de 16 sacs postaux ! Les Hollandais relient Amsterdam à Batavia (Jakarta), les Belges Bruxelles à Léopoldville (Kinchasa au Congo), et les Français Paris à l'Indochine (en 1931) ou à Madagascar (en 1934). Et surtout, tous participent à la formidable épopée de l'Histoire de l'aviation commerciale : la conquête aéropostale de l'Amérique du Sud.

LA_PISTE_Premier_a_rodrome_de_ToulouseC'est l'aventure de l'Aéropostale chère à St Exupéry. Un projet insensé porté par Pierre-Georges Latécoère puis Marcel Bouilloux-Laffont : une liaison postale entre Toulouse et Santiago du Chili ! Plus de 13000 km par-delà le désert saharien, l'Atlantique Sud et enfin le massif des Andes ! Avec un matériel poussif et des pilotes dévoués : Mermoz, Guillomet, Vachet ou St Exupéry, tous embauchés par Didier Daurat, directeur d'exploitation, qui leur dit :

« n'oubliez pas que la fantaisie, l'héroïsme, n'ont pas de sens ici. Vous êtes des ouvriers. Pas d'éclat, pas d'exploit possible. Le public doit toujours ignorer votre nom sinon par une ligne dans le journal, le jour où vous serez assez maladroits pour vous faire tuer. »

St_Ex_Guillaumet_1927Une mystique du courrier se développe. Quel que soit le temps, le précieux chargement doit passer, et à l'heure prévue. En 1929, le courrier circule entre Toulouse et Santiago, par avion et par bateau. L'aventure se poursuivra sous les couleurs d'Air France, en 1933, héritière de l'Aéropostale.

À la veille de la Seconde Guerre Mondiale, le monde entier est relié par les airs. L’Atlantique Nord – la voie royale – est « vaincu » le 20 mai 1939 par la PanAm, qui relie New York à Marseille avec 820 kg de courrier !

L'âge d'or de la poste aérienne est pourtant révolu. En 1938, le transport aérien du courrier représente 50% des recettes du trafic aérien. Il ne pèse plus que 9% en 1950, 4% en 1970, et à peine 1% de nos jours.

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30 octobre 2010

Le dieu Chocolat

E_N_salon_du_chocolatDébut novembre, les frimas s'installent, on a parfois des envies de douceurs...
À l'occasion de l'ouverture du Salon du chocolat, en ce jeudi 28 octobre,
au Palais des Expositions de la Porte de Versailles à Paris,
je vous propose une petite note gourmande !

Histoire de voir la vie en rose en chocolat !

Le Dieu Chocolat !

Il était une fois un puissant roi aztèque, qui s'appelait Quetzacoaltl.
Il était en même temps dieu de l'air, de la lumière et de la vie. Il était grand jardinier du Paradis des premiers hommes. Dans ce jardin poussait le Cacaoyer...

La légende :

Les botanistes considèrent que le cacaoyer pousse à l'état sauvage dans la région tropicale de l'Amérique du sud depuis 4000 ans av-J.C. Les indiens connaissaient les vertus thérapeutiques de sa fève et consommaient le cacao sous forme liquide. Les Mayas l'introduisent au Yucatan (Mexique) au cours de leur migration au 17ème siècle av-J.C. Ils sont les premiers à le cultiver et lui attribuent une vertu religieuse puisque la boisson de cacao est censée les nourrir même par delà la mort. Sa culture se répand ensuite grâce aux Toltèques et aux Itzas. Ces peuples sont alors dominés par les Aztèques qui attribuent l'origine du cacaoyer à Quetzalcoatl.

La légende veut que le dieu Serpent à plumes récompensa l'acte héroïque, le courage et la fidélité d'une princesse aztèque en donnant à son peuple le cacaoyer : cette princesse dont le mari était parti défendre les frontières de l'empire, fut tuée pour avoir refusé de révéler l'endroit où se cachait le trésor. Du sang versé, naquit le cacaoyer " dont les fruits cachent un trésor de graines amères comme la souffrance, fortes comme la vertu, rouge comme le sang ".
Boisson divine, le cacao donnait lieu à des cérémonies religieuses tout au long des différentes phases de sa culture. Ses propriétés bienfaisantes et aphrodisiaques sont en outre connues : il chasse la fatigue et stimule les qualités physiques et psychiques. Comme sa production n'est pas assez importante et que les plantations sont distantes des centres urbains, sa consommation est réservée aux seuls dignitaires de l'empire aztèque.

Les Mayas furent le premier peuple à cultiver le cacaoyer, ils utilisaient les fèves comme monnaie d'échange ainsi que pour le paiement de l'impôt. Pour les Aztèques, le cacao était à la fois monnaie et aliment. La pâte de cacao obtenue après broyage et mélangée à de l'eau chaude leur servait de boisson. On y ajoutait même de la vanille et diverses épices. Au XVIe siècle, les aztèques racontent que Quetzacoaltl a un jour quitté le pays à bord d'un grand bateau qui a cinglé vers l'est. Depuis ils attendent son retour...

L'arrivée en Europe:

Christophe Colomb fut le premier européen à découvrir le cacao en juillet 1502 sur la petite île de Guanaja (actuel Honduras), mais il n'attacha aucune importance à ces "amandes".
En 1519, Hernán Cortès débarque au Mexique et entreprend la conquête du pays. L'empereur Montezuma offrit un breuvage préparé avec du cacao à Cortès qui apprécia et écrivit : lorsqu'on en a bu, on peut voyager toute la journée sans fatigue et sans avoir besoin d'autre nourriture.
En 1524, Hernán Cortès expédia à Charles Quint une cargaison de fèves de cacao. L'empereur d'Espagne et sa cour firent leurs délices de cette boisson à laquelle ils ajoutaient du miel. Le monopole du cacao à cette époque fut réservé aux espagnols. Le cacao apparut en Italie en 1594 grâce à Francesco Carletti.

C'est de Naples, qu'un savant de NUREMBERG, du nom de Johann VOLCKAMMER ramène en 1641 le cacao en Allemagne.

La France découvrit le cacao en 1615 avec le mariage d'Anne d'Autriche, fille de Philippe III d'Espagne avec Louis XIII. La nouvelle reine de France fit partager rapidement son goût pour le chocolat à toute la cour et au clergé, on raconte que les premiers spécialistes en chocolaterie furent les moines : le clergé avait un goût délicat et s'entendait mieux que les militaires aux préparations culinaires.

Quelques gourmandises pour vous faire saliver...

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Enfin, à l'occasion du Salon du Chocolat 2010, qui se tient du 28 octobre au 1er Novembre, Leonidas a travaillé sur une sculpture de cacao, haute de deux mètres pour un poids de deux cent kilos !!

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Jusqu'ici, le chocolatier belge n'avait jamais réalisé une aussi grande pièce. Elle prend la forme de deux coeurs superposés, en hommage à l'association Adicare du professeur Christian Cabrol.
Pendant le salon, les visiteurs seront invités à déposer des dons dans le coffre situé au pied de la sculpture.

Si vous n'avez pas l'occasion de vous rendre sur place, vous pouvez toujours déposer vos donc sur le site de l'association :

Faire un don à Adicare

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17 juin 2010

Au théatre ce soir...

Un samedi soir sur la Terre... on s'apprête à passer une soirée-télé tranquille, un match de foot se profile à l'horizon télévisuel... soupir !
Et puis non ! Un coup de fil inattendu, et me voilà embarquée à l'improviste par ma belle-sœur : elle m'emmène au théâtre.

CaptureÇa fait des années que je n'ai pas mis les pieds dans un théâtre. J'y vais heureuse ; à la limite, je me fous un peu de ce que je vais aller voir : l'important, c'est de sortir ! La joie, c'est la surprise de ne pas savoir du tout à quoi m'attendre ; je ne sais pas de quoi parle la pièce, ni si elle va me plaire, j'en connais juste le nom :
Cendres de Cailloux,
de Daniel Danis.

Le spectacle est présenté par la troupe de l'École départementale de théâtre de l'Essonne, ils sont treize élèves (sur les seize du cours) à se partager les 4 rôles de la pièce.

Je me demande comment ils vont bien pouvoir faire, pour rendre le tout suffisamment facile à suivre, comment ils vont se partager le texte et puis...
je ne me demande plus rien : j'écoute.

C'est l'histoire de Clermont, homme brisé depuis le meurtre de sa femme. De Pascale, sa fille de onze ans au début du récit, que l'on va voir éclore peu à peu en femme fragile et forte à la fois. Clermont a rompu les amarres depuis le drame, a brûlé sa maison, comme on brûle une peau de chagrin, et veut tenter de reconstruire une vie pour lui et sa fille. Il soigne ses plaies en déblayant la cave de sa nouvelle demeure des cailloux qui l'encombrent, s'enlevant à chaque pierre un peu du poids qui pèse sur son âme...
C'est l'histoire de Shirley, amazone improbable, seule fille d'un clan d'adolescents de trente ans, paumés dans une profonde cambrousse, qui rêve d'amour et de vibrations de vie. Et enfin de Coco, homme-enfant brutal, à la fois victime et bourreau, interdit d’espérance, condamné à se rendre digne de l’inconcevable.

Sur scène, aucun décor. Seule la troupe meuble l'espace, habille l'histoire qui coule comme un ruisseau sauvage. L'absence de décor, de costumes particuliers renforce l'impact des mots : rien ne vient distraire l'attention du texte, et quel texte ! Une flamboyance simple, à la limite du langage de la rue, ponctué par quelques mots à la saveur québécoise (tiens, l'auteur serait-il canadien ?)
De retour à la maison, je ferai une recherche sur le Net, pour en savoir plus sur l'auteur, et j'apprendrai que cette pièce fut jouée dans le noir le plus complet, avec un succès retentissant ! (théâtre La Rubrique, centre culturel du Mont-Jacob à Jonquière, Quebec, en 1993)

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Les acteurs se refilent les rôles, sans tenir compte du sexe des personnages : tour à tour, une femme et un homme tiennent le rôle de Shirley ou de Clermont. On s'habitue très vite à cette gymnastique, elle ne gène en rien la narration...
Je dirais même qu'elle la sert, elle la rend universelle et intemporelle.

Eh oui, peu importe le lieu, ou le temps. Il n'y a ni espace lieu, ni espace temps, ici.
D'ailleurs, au début de la pièce, on sait que tout a déjà eu lieu. Le drame s'est déjà joué, et les quatre personnages racontent à tour de rôle ce qu'ils savent, ce dont ils se souviennent, comme ça leur vient. Ils sont à la fois les conteurs de leur histoire commune et les témoins les uns des autres.

Peu à peu, on distingue une... intention. Il est question de dire, de transmettre, de raconter. Aucun jugement, juste la narration brute d'évènements qui vont mener au drame.

Le temps de la représentation se révèle le seul moyen temporel à travers lequel se déroule la mémoire des protagonistes. Situés dans un temps d’après la catastrophe, les personnages prennent enfin la parole, transcendent l’impossibilité du dire pour aller vers l’autre, grâce au récit. Et du coup, le spectateur est partie prenante de la représentation, puisqu'il devient réceptacle de ces récits qui s'entrechoquent.

L’intrigue se construit, petit à petit, par un phénomène d’écho, de réverbération. L’entrecroisement de monologues successifs propose des points de vue multiples sur une même réalité, reçue ou vécue diversement par les quatre protagonistes.
Aucune chronologie, ni passé ni présent, tout se mêle : homme ou femme, adulte ou enfant, mort ou vivant... les personnages nous livrent leur mémoire, et ça fonctionne incroyablement bien. Comme si ce méli-mélo de mots, de sons, servait uniquement le fait de dire, de livrer à l'autre. Fascinant !

Peu à peu, je suis gagnée par une exaltation jouissive. J'étais venue me distraire, me sortir de mon train-train ennuyeux, et voilà que je me prends une claque de premier ordre ! Je suis comme une incorrigible gourmande, face à un étal alléchant de friandises, et qui a le droit de gouter à tout ! Je m'empiffre !

La fin de la pièce me tire des larmes. Pas que ce soit d'une tristesse inconvenante, non, loin de là ! Mais je vis un écho intense, entre cette histoire, ces mots que j'entends, et d'autres, entendus il y a longtemps... la dernière phrase de la pièce est à elle seule un trait d'union inattendu, entre cette représentation et mon propre passé : où Coco le fantôme apostrophe Pascale, la fille-femme qui possède encore un avenir :

"Heille ! Pascale ! Danse !
Danse, danse avec la vie !"

Si d'aventure cette pièce se joue dans votre région, allez, que dis-je, courez la voir ! Et lisez le livre, juste pour le plaisir des mots !

CaptureCendres de Cailloux, de Daniel Danis : aux Éditions Actes Sud-Papiers, Paris, 1992 et 2000.

Prix du meilleur texte original de la Soirée des Masques (Montréal), le premier Prix du Concours International de Manuscrits du Festival de Maubeuge et celui de Radio-France International.

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08 avril 2010

J'accepte ?

J’ai reçu ce diaporama il y a quelques jours. C’est assez rare que je les ouvre ; ils sont souvent un peu gnangnan… Celui-là m’a plu, par sa démarche, et son engagement.
Peut-être parce qu’il résume (trop ?) bien ce que je pense… allez savoir.

Je vous laisse déguster :

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10 mars 2010

Joumana, l'objet du scandale

Joumana_HaddadDans le cadre du Printemps des poètes 2010, dont le thème est « Couleur femme », et puisque sont pour une fois mises à l’honneur les femmes poètes, j’ai choisi de vous parler d’un vrai coup de cœur pour une libanaise de 39 ans, Joumana Haddad.

C'est ma bibliothécaire, au boulot, qui me l'a faite connaître.

Je n'avais plus rien à lire, je lui ai juste demandé : "Donne-moi quelque chose que je ne connais pas, quelque chose qui m'étonne et me dépayse". Elle n'a même pas hésité, et s'est dirigée droit sur le petit rayon consacré aux poètes arabes, pour me sortir un roman qui m'a littéralement embarquée : Le retour de Lilith.
Je vous le conseille vivement !

Née en décembre 1970 à Beyrouth, Joumana est une femme qui n’a peur de rien, et refuse les tabous. C’est la découverte des surréalistes qui l’incite très tôt à se tourner vers la poésie. Elle commence à écrire en français, mais revient vite à l’arabe, car elle a envie d’être vraie, dans sa propre langue. La liberté d’écriture des surréalistes sur le corps, l’érotisme et l’amour la fascine, elle a en tête de briser ce tabou dans son pays d’origine : “Les Arabes doivent cesser de traiter le corps comme s’il s’agissait d’une chose honteuse”.

Sa poésie est flamboyante, sauvage et vraie. Elle prend aux tripes, et nous ramène vers un langage premier, sur les sensations, le regard posé sur nos corps, vus pas nous ou par les autres. Sa plume est libre, revendicatrice sans harangue, forte et dense.

Parlant sept langues, elle est à la fois poète, journaliste, traductrice, scénariste, elle s’essaye même en 2009 au cinéma, en co-écrivant le scénario du film de Jocelyne Saab « Qu’est-ce qui se passe ? », où elle tient le rôle de Lilith. Elle a obtenu le prix du journalisme arabe en 2006. En octobre 2009, elle a été sélectionnée parmi les trente-neuf auteurs arabes de moins de 39 ans considérés comme les plus intéressants. En novembre 2009, elle a reçu le Prix international Nord-Sud de la Fondation italienne Pescarabruzzo dans la catégorie « poésie ».

En décembre 2008, elle lance un trimestriel qui fait scandale, « Jasad ». Revue culturelle ciblée sur les arts, littératures et sciences du corps, elle y parle sans tabou ni fausse pudeur du « corps libéré ». « Le magazine du corps dans tous ses états, tel qu’il se définit, privilégie la profondeur d’une pensée à celle des décolletés. Le nom du trimestriel, avec son “J” enchaîné par des menottes, annonce la couleur : Jasad brise l’omerta qui frappe le corps marginalisé dans le monde arabe » explique Joumana Haddad. La revue a fortement contrarié les autorités religieuses, qui attaquent régulièrement Jasad, l’accusant d’être une “revue pornographique”. L’équipe rédactionnelle, essentiellement composée de musulmans du Liban, d’Irak, de Syrie et d’Egypte, s’y attendait, sachant qu’elle attaquait de front des tabous bien ancrés. À son corps défendant, Joumana Haddad s’est retrouvée au cœur d’une polémique qui lui vaut des dizaines de lettres d’insultes par jour. Les menaces se faisant plus pressantes, elle a, récemment, décidé de ne plus conduire sa voiture, s’assurant les services d’un chauffeur garde du corps.

Je vous donne en lecture un texte de Joumana :

La rue que j’habite

La rue que j'habite n'est pas droite ni sinueuse ni circulaire. Elle n'est pas bordée de fleurs, ni de bons sentiments, ni même de pensées confuses. On n'y parle pas, on n'y commence rien, on n'y embrasse jamais sur la bouche. Il n ‎‎ 'y a pas de maisons, ni d'oiseaux perdus, ni de vieux sages qui s'assoient à l'ombre. La rue que j'habite n'est pas une rue.

Il fait toujours noir dans la rue que j'habite. La lune brille de son absence, la nuit double la nuit. Le paysage est un caillou pointu sous la plante des pieds, et chaque regard est une blessure. Les ténèbres sont le lieu et le non-lieu, et il n ‎ 'y a pas d'autre rive.

La rue que j'habite est un fil de fer. Je suis son funambule, son otage. Elle vibre sous moi et menace de me renverser. Je m'y accroche, je m'y pends. Elle est ma peur et mon évasion. Puis soudain elle devient rail, échelle, ride, chute où je ne cesse de dire adieu à toutes les montagnes qui partent sans moi.

La rue que j'habite est une main. La main de l'homme que j'aime. Elle me caresse, veut me posséder. Je ne lui appartiens pas. Elle le sait. Elle me rend à moi et me porte sans m'avoir.

La rue que j'habite est la couleur bleue. Je suis sa vagabonde, j'erre sur son asphalte liquide et dors dans ses recoins d'encre. Je suis sa troupe de nuages, ses algues, sa peau chaude comme une volupté qui arrive. Barque errante dans une tempête, appel, proue, éclair, elle m'emmène vers le visage qui me ressuscite. Elle me multiplie.

La rue que j'habite est un laps de temps. Une attente qui se prolonge à l'infini. Troublantes minutes qui s'accumulent entre deux débuts, trois oublis. Moment inattendu qui fait tomber les murs.

Je n'habite pas la rue que j'habite. Je n'habite pas cette douleur obstinée à chaque pas, ces ongles qui me posent des questions, cette paupière fermée sur mes cris. Car j'habite la rue que je n'habite pas. Et nous sommes partout.

La rue que j'habite est un sexe d'homme gonflé de désir. Pont tendu entre l'univers et moi. Fruit merveilleux qui vit de mon corps. Œil qui me donne à boire puis me happe dans son tourbillon. Tunnel pluvieux d'où je ne voudrais jamais sortir.

La rue que j'habite est un poème. Elle marche, marche en moi.

Et je la suis.

Bibliographie :

Le Temps d’un rêve, poésie, s.é, 1995
Invitation à un dîner secret, poésie, Éditions An Nahar 1998
Deux mains vouées à l’abîme, poésie, Éditions An Nahar, 2000
Je n’ai pas assez péché, poésie, Éditions Kaf Noun, 2003
Le Retour de Lilith, poésie, Éditions An Nahar, 2004, traduit en français par Antoine Jockey, Paris, Éditions L’Inventaire, 2007
La Panthère cachée à la naissance des épaules, poésie, Éditions Al Ikhtilaf, 2006
En compagnie des voleurs de feu, entretiens avec des écrivains internationaux, Éditions An Nahar, 2006
La mort viendra et elle aura tes yeux, 150 poètes suicidés dans le monde, anthologie poétique, Éditions An Nahar, 2007
Mauvaises Habitudes, poésie, Éditions ministère de la culture égyptienne, 2007
Miroirs des passantes dans les songes, poésie, Éditions An Nahar, 2008 logo_p10

Sources :
http://www.telquel-online.com/ - http://fr.wikipedia.org/wiki/Joumana_Haddad -

Site officiel de Joumana Haddad :
http://www.joumanahaddad.com/manuit.html

Posté par patitouille à 08:00 - Lectures - Vos réactions [6] - Articles rédigés par :


11 février 2010

Anniversaire

nelson_mandela_freeC'était il y a 20 ans. J'ai l'impression que c'est beaucoup plus récent que ça. Une dizaine d'années, tout au plus. Mais non. 20 ans.
Le 11 février 1990, Nelson Mandela était libéré, après 26 années d'emprisonnement. Je me souviens de ce jour. J'ai regardé cet homme aux cheveux blancs marcher le long d'une longue allée, se dirigeant en souriant vers une horde de journalistes et d'hommes et de femmes en liesse. Calme. Presque serein. Je me souviens m'être dit : je suis en train de vivre un moment historique.
Je ne suis pas très calée, question histoire de l'Afrique du Sud. Je ne connais pas grand-chose à l'histoire de ce pays. Je me suis tout de même un peu renseignée, car l'histoire de cet homme m'a longtemps fascinée.

Rolihlahla Nelson Mandela est né le 18 juillet 1918. J'ai appris, grâce à Wikipedia, que son prénom signifie signifie « enlever une branche d'un arbre » ou plus familièrement « fauteur de trouble ». Une signification qui prend toute sa saveur, quand on survole sa vie...
Un fauteur de troubles, donc.
Son chemin de vie va mener cet homme à moitié "bochiman" (bushman, en anglais) à cheminer d'un village du Transkei (actuel Cap-Oriental) jusqu'aux salons de réception de la royauté norvégienne, pour y recevoir le prix nobel de la paix, en 1993 (prix également décerné à Frederik Willem de Klerk, récompensant leur action commune pour mettre fin à l'apartheid), et même à présider l'Afrique du sud, de 1994 à 1999.

Il a la chance, à la mort de son père, d'être confié par sa mère au régent du peuple Thembu, Jongintaba Dalindyebo, qui devient son tuteur. Il vit dès lors dans la résidence royale de Mqhekezweni, capitale provisoire du Thembuland. Cet état de fait lui permet d'accéder à une éducation que peu ont la chance d'avoir.
Élève doué, il obtient son brevet scolaire en deux ans au lieu de trois. En 1937, il intègre le lycée de Fort Beaufort puis l'année suivante la très élitiste université anglaise de Fort Hare, sorte de Cambridge local destiné à former les futurs cadres administratifs d'Afrique du Sud. C'est ici que Nelson Mandela prend véritablement conscience de la situation faite aux noirs dans leur propre pays. Désigné représentant du Conseil des étudiants, il y commence ses premiers combats contre l'administration blanche toute puissante, ce qui lui vaut d'être exclu de l'université.*

Il poursuit ses études à l'université de Witwatersrand jusqu'à l'obtention d'une Licence de Droit en 1942. C'est là qu'il se lie avec des représentants de l'ANC (Congrès National Africain) et entre dans la lutte anti-apartheid. Il co-fonde en 1944 la Ligue de la Jeunesse de l'ANC en compagnie de Walter Sisulu, Oliver Tambo et Anton Lembede. Il part vivre à Soweto. En 1948, le Parti National Afrikaner remporte les élections, et s'engage dans une intense politique d'apartheid.
Après le massacre de Sharpeville en 1960 qui voit la police sud-africaine tirer sur la foule et tuer 69 manifestants, le Congrès National Africain est officiellement interdit en Afrique du Sud. Nelson Mandela crée alors un mouvement armé clandestin baptisé "Umkhonto we Sizwe" (Lance de la Nation), dont il devient le commandant en chef. Il est arrêté en 1962 et condamné à cinq ans de prison pour avoir quitté le territoire sans autorisation et incité à la grève. L'année suivante, il est inculpé de sabotage et haute trahison, condamné en 1964 avec sept autres militants à la prison à perpétuité et incarcéré sur l'îlot-bagne de Robben Island, au large du Cap. Le détenu numéro 46664 croupit en prison pendant 26 ans, jusqu'en février 1990, après avoir toutefois bénéficié d'un régime de résidence surveillée à partir de 1988. Il devient au fil des ans le prisonnier politique le plus célèbre du monde.*

Je ne sais pas si Nelson Mandela était le meilleur représentant de la lutte anti-apartheid. Ou le plus impliqué. D'autres que lui ont croupi en prison, sans pour autant bénéficier de l'aide de toute la communauté internationale. Je ne sais pas s'il fut le meilleur des présidents de la jeune république sud-africaine. Si l'on doit retenir son action contre l'entrée en guerre des États-unis contre l'Irak, où il prendra violemment à partie le président Bush, l'accusant de vouloir « plonger le monde dans l'holocauste », l'accusant d'arrogance et de manque de vision et d'intelligence. Il pense que cette action va diminuer l'influence des Nations unies, soulignant que lui même aurait soutenu une action contre l'Irak si cela avait été demandé par les Nations unies, et encourage le peuple américain à manifester contre la guerre et les pays dotés d'un droit de véto au conseil de sécurité à l'utiliser. Nelson Mandela accuse Bush d'aller en Irak seulement pour le pétrole, insinue que son attitude et celle du premier ministre britannique Tony Blair de négliger les recommandations du secrétaire général Kofi Annan sont motivées par le racisme, et attaque les États-Unis sur leur passé de violations des droits de l'homme et pour les bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki lors de la seconde guerre mondiale.« S'il y a un pays dans le monde qui a commis des atrocités indescriptibles, ce sont les États-Unis d'Amérique. Ils s'en fichent. »**

Ou si l'on doit retenir que c'est pendant son mandat que le pourcentage de femmes enceintes séropositives triplera, passant de 7.6 à 22.8%, le nombre de morts estimé par an passant la barre des 100 000 en 1999.
Il rectifiera d'ailleurs son manque d'attention de l'époque à l'épidémie du SIDA, en devenant le porte-parole de nombreuses organisations d'aide sociale ou de défense des droits de l'homme, et ira même jusqu'à fustiger en 2002 Thabo Mbeki à propos du SIDA, lui reprochant de « continuer à débattre alors que des gens meurent », quand Mbeki remet en encore question le lien entre le VIH et le SIDA. Il participera à plusieurs conférences internationales contre le SIDA et se prononcera plusieurs fois contre la maladie, notamment lors de la mort de son fils qui en a été lui-même victime le 6 janvier 2005.**

Non, je ne sais pas tout ça. Je sais juste qu'il fut celui que le monde a choisi pour représenter la lutte anti-apartheid, et qu'il aura su tenir ce rôle, son engagement et sa parole.

Nous fêtons aujourd'hui les 20 ans de sa libération. Puissions-nous nous aussi souhaiter que nos pays deviennent des "nations arc-en-ciel en paix avec elles-même et le monde".

* Sources : La république des lettres, Noël Blandin.
** Sources : Wikipédia
Image : Scrapview TV

Posté par patitouille à 08:00 - Politico - Vos réactions [7] - Articles rédigés par :

01 janvier 2010

Bonne année !

voeux2010

Posté par patitouille à 00:00 - Blabla - Vos réactions [5] - Articles rédigés par :

16 décembre 2009

Noël avant l'heure ?

Photo de F. Dubray, pour Ouest France
dons_restosSouvenez-vous, dans la nuit du 7 au 8 décembre 2009, un camion des Restos du cœur chargé de 300 jouets destinés aux enfants, pour Noël, avait été volé à Carquefou, près de Nantes.
Tout le stock de cette antenne de Loire-Atlantique dévalisé, à sec, à quelques jours des fêtes... Réjane Hemmelé, administratrice, se lamentait face aux médias :
" Il est impossible d’expliquer à un enfant qu’il n’aura pas de jouet à Noël."
   
Non, c'est impossible, en effet. C'est également impensable que des gens soient assez crétins, sans cœur et sans humanité pour voler ceux qui ne cherchent qu'à distribuer aux plus démunis. Un appel aux dons a été lancé dès le mardi 8 décembre, devant l'urgence de la situation. Parer au plus pressé semblait le maître mot. Il semblerait qu'il ait été entendu :

« Il n’était même pas 8 h, ce mercredi, quand le téléphone a commencé à sonner. Et depuis, ça n’arrête pas. Un coup de fil toutes les minutes. » Martine Duval, baptisée depuis mardi la "Mère Noël" des Restaurants du Cœur de Loire-Atlantique, est éreintée. Mais euphorique.
« On a récupéré 1 400 peluches mardi. Les gens viennent ici, à Carquefou, déposer des chèques, des jouets neufs. On a déjà rempli trois chariots. » rajoute-t-elle.

Il est clair que le public a été profondément choqué à l'annonce de ce vol. Preuve en est ce témoignage :
« C’est normal, glisse un retraité venu déposer une poupée neuve. Toucher aux jouets des enfants ! On était scandalisés, ma femme et moi. Ça semble tellement logique, cet élan de solidarité. »

Sources : Ouest France.

Logique, oui. Évident ? déjà moins, malheureusement... Entendons-nous bien, il n'est pas dans mes intentions de minimiser ce bel élan généreux, loin de là. C'est même particulièrement rassurant, quelque part. Même de grandes enseignes de marchands de jouets se sont joint aux donateurs particuliers, et l récolte a été fructueuse, pour les Restos, et c'est tant mieux.
Tant mieux pour les mômes. Pour leurs parents qui verront poindre un sourire sur leurs visages, le matin du 25 décembre. Oui, ça fait plaisir, et ça réchauffe l'âme, après un vol aussi abject.

Mais je ne peux pas m'empêcher de me demander si l'élan généreux aurait été le même, hors fêtes de Noël...

Posté par patitouille à 08:00 - Fait divers - Vos réactions [10] - Articles rédigés par :

07 décembre 2009

Présentation

Vous êtes ici sur le Kaléïdo'blog,

le blog de Kaléïdoplumes.

Parce que la vie ne se résume pas en quelques consignes d'écriture.
Parce que vous nichez aux quatre coins du monde.
Parce qu'il se passe surement quelque chose d'intéressant, par chez vous.
Parce que vous voudriez nous faire partager quelque chose qui vous passionne, ou vous interpelle.
Parce que vous prenez de belles photos de votre région, ou pays.
Parce que la vie, c'est ce qui nous entoure aussi...

Ou bien parce que vous avez quelque chose à partager, mais pas de lieu où le donner en lecture...

Pour toutes ces raisons, Kaléïdo'blog vous est offert.

 

Kaléïdo'blog, c'est qui ?

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Posté par patitouille à 16:46 - Vos réactions [3] - Articles rédigés par :

28 novembre 2009

Ben ça alors...

Aux environs de 9 heures du matin, en ce 28 Novembre, il semblerait qu'on ait noté une forte activité du côté de Kaléïdo'blog.

En effet, ce journal tout neuf semble avoir été habillé par des lutins noctrunes...
Affaire à suivre...

Posté par patitouille à 09:16 - Blabla - Vos réactions [1] - Articles rédigés par :


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