01 janvier 2012
Bonne année
26 septembre 2011
Une femme fuyant l’annonce
de David Grossman, traduit de l’hébreu par Sylvie Cohen. 666 pages. Roman. Seuil. 
On plonge dans ce roman comme dans une autre dimension, oscillant entre le désir de se perdre dans la mémoire d’Ora et le besoin de s’en détacher le plus possible, de la fuir pour ne pas être englouti pas ses paroles.
Le livre est comme un sentier que l’on suit jour après jour, il y a des montées épuisantes, des descentes périlleuses et des repos réparateurs au bord d’un ruisseau où le temps s’arrête et nous laisse souffler, à peine, pour affronter le jour suivant.
Ora fuit l’annonce. Son fils cadet est appelé pour une dernière opération périlleuse dans une ville palestinienne, avant la fin de son service militaire.
Ora se persuade que des hommes vêtus de noirs vont venir frapper à sa porte pour lui annoncer la mort de son enfant. Alors elle se sauve, elle refuse cette fatalité. Elle se persuade que si elle n’est pas là, Ofer, son fils sera préservé de la mort.
Elle part pour une longue randonnée en Galilée, sensée durer le temps que son fils rentre à la maison. Elle amène avec elle un ami, Avram.
Avram est lui-même un mort-vivant, qui trimballe avec lui une douleur dont le lecteur aura un aperçu au fil des lignes, par petites touches, tant ses traumatismes sont indicibles.
Ora sait, sent, que si elle parle de son fils Ofer tout au long du trajet, elle le gardera en vie. Alors elle va le faire vivre sans cesse, jusqu’à l’épuisement, à travers ses mots à elle.
Le lecteur suit ces deux amis, qui se connaissent depuis trente ans, sur les sentiers, fuyant les gens, les postes de radios et les infos.
Ora parle et parle sans cesse, par bribes de souvenirs, par chuchotements, par cris, par hurlements, à travers larmes souvent, en souriant parfois.
Tout comme le chemin sur lequel ils progressent, Ora se perd dans sa mémoire, dans les lambeaux d’une vie, dans les ruines de son cœur de mère. Elle nous oblige à l’écouter jusqu’à plus soif, et le lecteur, envoûté par sa voix de femme meurtrie, de mère en souffrance, la suit partout où elle se perd, du berceau de son fils jusqu’à l’horreur d’un conflit entre pierres jetées et bombes humaines.
Avram, son compagnon de route, Avram le silencieux, le mort-vivant, refuse tout d’abord de l’entendre. Rien ne doit pénétrer ses chairs meurtries et son cerveau engourdi:
“C’est ainsi, on prend congé de soi même avant les autres, pour atténuer le coup fatal”
Qu’importe, Ora parle encore et encore.
Avram finira par reprendre sa respiration, Ora lui insufflera un début de vie, en lui faisant toucher des mots qui est Ofer.
Ora et Avram sont des personnages qui hanteront longtemps le lecteur, ils sont de ceux qui ne comptent pas pour du beurre. Dès la fin du roman, on a envie d’aller les retrouver quelque part sur un sentier de Galilée, et de les serrer fort contre son cœur. Envie de leur dire: “restez encore un peu!”
Ne vous laissez pas dérouter par les 50 premières pages, elles sont indispensables à tout ce qui suivra.
Ensuite, laissez vous emporter par la voix d’Ora, faites lui confiance, elles sait où aller et comment y aller.
David Grossman réussit cette prouesse de lire dans les âmes, dans les entrailles d’une mère. Il nous renvoie à la perfection la moindre émotion primitive.
Ora par sa voix nous laisse plonger dans tout ce qui l’anime, la chavire, sans voyeurisme, mais avec une lucidité effrayante.
Et toute la complexité du roman est dans le fait que le conflit israélo-palestinien est omni-présent, sans jamais s’y attarder totalement, sans parti pris, sans jugement aucun.
David Grossman a perdu son fils peu avant de terminer la rédaction de ce livre. Est-ce pour cela que la dernière partie est si intense? si bouleversante?
Si il y a un livre à mettre au dessus de la pile cet hiver, c’est bien “Une femme fuyant l’annonce”
Je crois qu’en le lisant j’y ai gagné un petit supplément d’âme.
04 septembre 2011
Le fort du Portalet (3)
Nous voici redescendu sur la terrasse principale, prenons l’escalier qui se trouve dans
ce bâtiment.
J’en profite pour vous faire un peu d’historique. En 1941, sur ordre de Pétain, des personnalités de la IIIème république y sont emprisonnés.
Ces prisonniers politiques célèbre ne sont autres que
- Léon Blum(chef du gouvernement en 37/37, 38 et 46)
- le Général Maurice Gamelin (commandant de l’armée française en 40)
- Edouard Daladier (ministre de la défense en 40)
- Paul Reynaud (président du conseil et ministre des affaires étrangères en 40)
- Georges Mandel (ministre de l’intérieur en 40)
Condamnés pour avoir déclaré la guerre à l’Allemagne, ils vont séjourner au fort entre 1941 et 1943. Certains y resteront quelques mois, d’autres 2 ans. Ils seront ensuite envoyés en Allemagne.
Petite anecdote: Lorsque la presse annonce l’emprisonnement au Portalet, la presse qui n’a jamais entendu parlé de cette prison, se précipite dans la vallée d’Ossau pour faire déccouvrir à ses lecteurs l’endroit. On peut alors lire dans les journaux que le fort en surnommé l’enfer (pourtant les conditions des prisonniers politiques sont privilégiées, nous le constaterons dans la suite de la visite). Il est écrit aussi qu’on entre dans chaque village de la vallée d’Asp comme dans une prison, tant cette vallée est sombre et triste. Il faut venir en vallée d’Asp pour constater à quel point le parisianisme est ridicule, et les propos de l’époque foutaises.
Mais revenons à la véritable histoire:
Le maréchal Philippe Pétain sera à son tour emprisonné dans le fort du Portalet durant 3 mois, au lendemain de son procès (août 1945)
Allons sur la terrasse inférieure, celle-là même qui servit de promenade quotidienne aux prisonniers politiques. il y a d’ailleurs une photo célèbre de Pétain sur cette même terrasse, accompagné d’un geôlier.
Visitons les pièces qui donnent sur cette terrasse
Dans la pièce principale se trouve la pompe à eau

L’eau était pompé depuis le Gave par un système de tuyaux qui montaient jusqu’au fort .
On aperçoit sur la photo suivante, sous les arbres, contre le rocher, une maisonnette dans laquelle on avait construit le système hydraulique; Il amenait l’eau au fort et permettait aussi de chauffer les bâtiments.
Se trouve aussi dans cette pièce un évier
Une partie du bâtiment est composé de grands dortoirs contigus
L’autre partie possède un long couloir qui dessert plusieurs pièces,
Dont l’une nommée atelier
A l’autre bout du bâtiment se trouve un four à pain, immense
Approchons-nous du foyer
L’intérieur du foyer
De chaque côté du four, un passage
Poussons la grille et pénétrons à l’intérieur, il y a juste le passage pour une personne. Ce passage fait le tour du four, d’un côté la roche, de l’autre le mur du four lui-même. Au dessus de nous la roche. Le toit du four est fait de tuiles. Vous distinguez sur la photo suivante, au dessus des tuiles qui forment le toit du four, le mur qui l’entoure et nous entoure. C’est très impressionnant. Nous pouvons ainsi faire le tour du four. Un peu compliqué a expliquer mais génial à voir.
Sortons à nouveau sur la terrasse, vous voyez sur la photo suivante, une sorte de tuyau de poêle, sur le bâtiment du fond
C’est la cuisine 
ici, on devait pouvoir confectionner des repas pour 4000 hommes, n’oublions pas!
Quittons cette pièce pour descendre un étage en dessous. Au demi étage, les toilettes
Voici la partie inférieure du fort
elle se trouve sous la terrasse inférieure. Les couloirs sont éclairés par les puits de lumière
Et de grandes fenêtres donnant sur le Gave
Sur ce niveau là se trouve, les chambrées
Le niveau juste en dessous est celui des cellules. Il y en a 5, identiques
Intérieur de la cellule numéro 8
Les prisonniers y étaient, contrairement à ce qui a été dit, très bien traités. Ils avaient fait installer des poêles ou des cheminées dans leurs chambres, en témoigne ce foyer
Ils avaient chacun un lit, un bureau, une grande fenêtre donnant sur le Gave. ils aveint des livres à profusion, certains ayant fait transporter leur bibliothèque de Paris. dans le couloir, en face des chambres, de grands placards leur permettaient de ranger leurs affaires. Les familles étaient logées à Bielle, dans un auberge et elles pouvaient leur rendre visite quand elles le souhaitaient. Les prisonniers avaient droit à une promenade quotidienne sur la terrasse inférieure. ils avaient alors tout le loisir de méditer en admirant les vautours cendrés qui nichaient sur le rocher leur faisant face.
De retour en cellule, ils lisaient ou écrivaient, ou tout simplement s’inspiraient du carré de ciel qu’ils voyaient de leur fenêtre.
Sous leurs pieds, à même le rocher, les cachots où on enfermait les prisonniers bien moins célèbres. Cette partie là ne sera visitable qu’en 2013. Mais vous pouvez en avoir un aperçu, ainsi que du fort entier dans la visite virtuelle qui se trouve ICI .
Si le sujet vous a intéressé, j’ai mis d’autres photos sur mon blog, visible ici.
J’espère vous avoir donner envie de découvrir ce fort, lors d’un de vos passages dans ces Pyrénées que j’aime tant.
03 septembre 2011
Le fort du Portalet (2)
Vue de l’ensemble des bâtiments, qui s’étend sur plusieurs niveaux
En voici un croquis, pas terrible je sais, mais il a l’avantage de montrer les différentes parties que nous allons visiter:
2: bâtiments construits sur la terrasse principale
3: cuisine
4: terrasse promenade des prisonniers
5: chambrées
5b: cellules officiers
6: cachots
7: four
8: ateliers et intendance
9: chemin de ronde et poudrière
10 emplacements canons
Ouvrons maintenant la porte et rentrons dans le fort
Juste après l’entrée sur notre droite nous avons un bâtiment qui nous permet de descendre vers la partie inférieure du fort, que nous visiterons demain
Nous allons contourner ce bâtiment pour accéder à la terrasse principale
Ces vues sont prises depuis le fond de la terrasse principale. Il y a donc sur cette terrasse des bâtiments, probablement un poste de garde, et peut être l’appartement des officiers?
Si nous nous penchons au dessus de la terrasse, nous pouvons voir la terrasse inférieure
Les terrasses sont garnis de puits de lumière, en voici un
Vue de la partie supérieure, que nous allons visiter aujourd’hui.
Retournons près de l’entrée pour prendre l’escalier que vous voyez sur cette photo
Il nous mène à la terrasse herbeuse qui se trouve au dessus
De cette terrasse prenons quelques photos
La terrasse principale
La vue vers la vallée
La partie supérieure du fort
Ouvrons une porte et prenons l’escalier
Nous arrivons sur le chemin de ronde
Il est époustouflant de beauté
Vue sur la route qui va vers Bedous, on distingue l’ancien fortin dans le fond
Allons visiter la poudrière
L’endroit étant très sombre, sans fenêtre, je n’ai pu prendre de photo, c’est une pièce ronde dans laquelle on stockait des tonnes de poudre à canon. Pour la petite anecdote, toutes les marches des escaliers (qui étaient en pierre) étaient recouvertes d’une seconde marche en bois, pour éviter que les bottes des soldats, qui étaient ferrées, ne provoquent des étincelles qui aurait fait sauter le fort et ses habitants.
Prenons un nouvel escalier pour monter à l’étage supérieur
Un autre chemin de ronde 
Puis un autre escalier, le dernier
Sortons sur la terrasse supérieure
Vue sur la porte que nous venons de passer
Les fenêtres du bâtiment
Le rocher qui se trouve derrière le bâtiment
La terrasse inférieure herbeuse
Les bâtiments inférieurs 

Rentrons à nouveau visiter la partie défensive du fort .
Une fois les volets et les portes fermés On pouvait voir l’ennemi venir par la montagne sans être vu
Voici où étaient positionnés les canons
Les photos suivantes sont floues, mais elles permettent de voir le gros volet de bois, fermé lorsque les canons n’étaient pas en position
Et au dessus de longs crochets qui servaient à accrocher ces volets lorsqu’on positionnait le canon
Vue d’une des meurtrières
A suivre ICI
02 septembre 2011
Le fort du Portalet (1)
C’est dans un endroit exceptionnel que je vous emmène aujourd’hui. Exceptionnel parce que ce fort n’est ouvert aux visites guidées que depuis quelques semaines, et ce jusqu’à fin septembre. Il est en restauration depuis plusieurs années et les travaux ne seront pas achevés avant deux ans. 

Il y a tant à dire et tant à voir que je vais vous le présenter en trois articles, si vous le permettez. Aujourd’hui, ce sera la présentation du fort dans son ensemble. Demain, nous visiterons la partie supérieure (partie défensive). Le jour suivant, nous visiterons la partie inférieure (prison et intendance). La première photo est la partie visible de la route, c’est la partie inférieure du fort. Les parties supérieures sont en retrait.
Le fort du Portalet se trouve dans la vallée d’Asp, sur la route qui mène au tunnel du Somport. Il est creusé à même le rocher, sur la rive droite du Gave.
Le Portalet est à l’origine un poste de péage commercial “Le fortin du Poutou”. Il a été construit au Moyen-âge sur la route qui longe le Gave en réponse aux espagnols qui ont eux-même construit un péage de l’autre côté de la frontière. Le fortin n’est à cette époque qu’un petit fort qui se prolonge au dessus de la route. il perdurera jusqu’à la révolution de 1789. Il est aujourd’hui en ruine. Le peu qui reste du fort a été restauré il y a peu. On le voit sur cette photo, au loin (marquée d’une flèche):
Le 22 juillet 1842, le roi Louis-Philippe 1er ordonne la construction d’un fort censé
protéger la frontière des Pyrénées en cas d’invasion espagnole (qui n’aura jamais lieu). Le nouveau fort, construit en plusieurs parties, à 800 m d’altitude pour la partie la plus haute est mis en service en 1870. Il prend tout naturellement le nom de l’ancien poste de péage.
Armé d’une dizaine de canons, le fort devait pourvoir abriter plus de 4000 hommes et tenir au moins une semaine de siège en totale autonomie.
Les solutions techniques mises en œuvre pour sa construction, l’aménagement de ses espaces intérieures et l’ampleur des falaises environnantes donnent à l’ensemble du site une ambiance spectaculaire et envoûtante.
Les garnisons s’y succèdent jusqu’en 1925. Après cette date et jusqu’en 1939, il sert de colonies de vacances. Pendant la guerre, le fort devient prison (nous le verrons lors de la visite de la partie inférieure). En 1944, il est pris par le maquis, puis après la guerre, l’armée le réintègre jusqu’en 1952. Le fort est déclassé officiellement en 1962. Mis aux enchères il est racheté par une enfant du pays, propriétaire d’un ensemble hôtelier. Elle refuse de voir partir le fort dans des mains étrangères et l’achète en 1966 pour un peu plus de 150 000 francs. Elle pense en faire un hôtel ou pourquoi pas une maison de retraite. Cela ne se fera jamais, le lieu ne s’y prêtant guère (des centaines de marches à monter ou descendre et un coût de travaux colossal) Elle gardera les clefs du fort plus de 30 ans, sans jamais y remettre les pieds. En 1999, il est racheté par la communauté des communes de la vallée d’Asp pour 500 000 francs.
Il est classé monument historique en 2005, ce qui accélère les travaux, couteux.
Visite:
Avant de traverser le Gave, quelques vues de la route:
Pour accéder au fort, il faut d’abord traverser le Gave sur ce pont: 
C’est la première restauration qui a été faite, le pont permet d’accéder à l’unique chemin qui monte au fort. Après le pont, il a fallut restaurer ce chemin, et notamment le muret de pierre qui le longe. Il fait face au chemin de la mâture, très connu par les touristes et les gens de la région (qui fera l’objet sans doute d’un prochain article) .
Après deux ou trois virages, on aperçoit le fort.
Encore un petite côte pour accéder à la seule entrée:
Nous voici aux portes du fort du Portalet.
Je vous promet une visite inoubliable.
N’hésitez pas à cliquer sur les photos pour les voir de plus près!
31 août 2011
Joséphine Baker
Freda Joséphine McDonald nait le 3 juin 1906 à St Louis, dans le Missouri. Elle est fille d’Eddie Carson, métis noir espagnol, et de Carrie McDonald, noire américaine.
On la surnomme “Tumpie”.
A 10 ans, elle fait des ménages chez les blancs racistes.
Le 3 juillet 1917, elle est témoin des émeutes raciales, ce qui la marquera à jamais.
En 1927, elle devient la première noire consacrée à Paris, dans un spectacle de revue nègre, au théâtre des Champs-Élysées. Elle y danse siens nus, une ceinture de banane à la taille. Les critiques se déchaînent. “Elle gonfle ses joues à la mode des guenons qui cachent des noisettes” lira-t-on dans le Figaro. Elle dit qu’elle a été inventée ce jour-là.
En 1938, durant la nuit de cristal de novembre, elle adhère à la ligue contre le racisme et l’antisémitisme.
En 1939, elle fait du contre-espionnage militaire pour le capitaine Abtey, qui en est le chef. Elle utilise alors sa notoriété pour récupérer des informations. Elle transporte des messages secrets sur ses partitions musicales ou à l’intérieur de ses robes.
Elle reçoit la croix de Lorraine, remise en personne par le générale de gaulle. Elle la revendra aux enchères pour alimenter les Forces françaises libres.
En 1947, elle achète le château de Mirande, dans le Périgord noir, qu’elle loue depuis 1936 et qui lui sert de cache d’armes et de matériel de radio pendant la guerre. Elle épouse le chef d’orchestre Jo Bouillon.
En 1951, au Copa City de Miami, elle conditionne son spectacle à la présence de noirs dans le public. A l’époque elle devait prendre la porte de service dans un hôtel, pour ne pas être vue des blancs, alors que les noirs de Harlem lui reprochaient de jouer dans un théâtre de blancs.
“ J’étais trop noire pour les blancs et trop claire pour les noirs “
Elle fait de Mirandes '”le village du monde”. Elle fonde la tribu “arc-en-ciel” en adoptant 12 enfants de différentes nationalités. Chacun de ses enfants est élevé dans sa propre religion.
En 1957, le 13 janvier, elle donne sa première conférence antiraciste.
C’est une très mauvaise gestionnaire, et elle finit par crouler sous les dettes.
En 1969, elle est expulsée du château de Mirandes qui est vendu aux enchères. L’œuvre de sa vie s’écroule. Elle ne remettra jamais les pieds en Dordogne, mais elle continue à dire: “ Je demeure fidèle à ceux qui m’ont émue. Je suis devenue française et citoyenne du monde, ici, au cœur du Périgord noir”
12 avril 1975: Elle décède à Paris d’une hémorragie cérébrale, quelques jours après son retour sur scène. Elle a alors 69 ans.
Elle c’est Joséphine Baker, citoyenne du monde, un exemple d’humanité.
Sources: “les stars de l’histoire” Sud-Ouest Dimanche / Dessin de David Prudhomme
10 août 2011
Correspondance de guerre – 6 -
Le 3 mars 1915
Chers parents
C’est avec grand plaisir que j’ai reçu votre lettre datée du 28 février ainsi que le billet dont elle contenait. Elle a mis juste 3 jours pour venir, je ne sais si vous recevez si bien les miennes. Je vous dirai que je viens de passer 15 jours dans les tranchées, et à présent nous sommes au repos depuis aujourd'hui mais ça n’a pas été dur, nous n’avons eu qu’une attaque, mais elle a été repoussée aussitôt et nous n’avons pas eu de perte. Maintenant nous allons nous reposer 15 jours de plus pour reprendre une autre quinzaine dans les tranchées. Puis vous vous laissez monter le coup par des gens qui vous disent que leur fils ou leur mari ne quitte pas les tranchées, ça c’est de la blague, le plus qu’on ait passé dans les tranchées c’est 24 heures ou 48 heures. C’est comme nous, nous avons passé 15 jours au front, nous avons passé 7 jours dans les tranchées, nous avons davantage peur des rafales d’obus que des quelques balles qu’ils nous envoient. Puis l’on y est tellement habitué que l’on joue aux cartes toute la journée dans les tranchées. J’ai reçu des nouvelles de mon frère, il est toujours bien portant.
Guère rien plus à vous dire pour le moment qu’à vous dire que je suis toujours en bonne santé et désire que cette présente vous trouve de même.
Votre fils qui pense à vous
Amédée S au 8ème cuirassier, 4ème escadron, secteur postal 22 (65)
Un bonjour de ma part à I*** ainsi qu’à tous ceux qui demanderont des nouvelles de moi
04 août 2011
Correspondances de guerre – 5 -
Somme, le 11 février 1915
Chers parents
Je vous écris ces quelques mots pour vous dire que j’ai reçu aujourd'hui même le petit colis contenant le papier à lettre et la boite pastille qui m’a fait grand plaisir, car j’étais au bout du papier et de pastilles, mais ce qui m’étonne le plus, c’est que je n’ai pas reçu de lettre en même temps me l’annonçant, et que je n’ai pas encore reçu les colis que vous m’aviez annoncés, mais il n’y a rien d’anormal à cela, car il n’y a arrivage de colis postaux que tous les 10 jours et s’il se trouve à partir au moment ou les autres viennent d’être pris, il faut qu’ils attendent 10 jours de plus.
Il y a de nombreux blessés évacués depuis le début de la campagne qui sont revenus, entre autre Badiot, qui est revenu à la 9ème batterie et qui même, est à notre pièce. Lui qui était en permission de 24 heures il n’ y a pas 8 jours, nous a parlé un peu du pays et il dit que c’est triste là-bas, et qu’il préfère être revenu sur le front que rester au dépôt, car si là-bas l’on est triste, ici l’on s’amuse assez. Ainsi, hier soir l’on a chanté jusqu'à minuit, et si l’on s’est couché à cette heure là, c’est qu’on ne pouvait plus tenir debout,, car l’on était plein comme de vrais bourriques.
J’ai pas grand chose de plus à vous communiquer, sauf que le canon gronde, mais nous sommes tellement habitués à cette musique que si l’on ne l’entendait plus, nous serions pas contents.
Je suis toujours en bonne santé et pense que vous êtes de même, et puis je vous souhaite aussi que vous passiez un bon carnaval, car nous, nous ferons le possible pour le passer comme il faut.
Bien des compliments à tous ceux qui demanderont de mes nouvelles.
Votre fils qui vous embrasse.
Gabriel
28 juillet 2011
Correspondance de guerre –4-
Dimanche le 13.12.1914
Chers parents,
Juste au moment que je viens de recevoir le colis que vous venez de m’envoyer, c’est à dire la chemise, je prends la plume à la main pour vous dire de mes nouvelles. Je vous dirai que nous avons changé de place, nous sommes descendus plus en arrière dans une petit patelin entre Lilles et Arras dont je ne peux vous le dire parce que je ne sais pas comment il s’appelle. Enfin, je sais que nous sommes bien, nos chevaux de l’escouade sont logés dessous le hangar de l’école et nous nous couchons dans le couloir de l’école et puis le soir nous allons nous chauffer au poêle de l’école et donner des instructions à l’institutrice, qu’elle se trouve de posséder un âge inférieur au notre, c’est à dire 18 ans, ce qui peut pas y avoir plus offrable pour nous. Elle nous coud nos boutons et nos tuniques et culottes et enfin tout ce que nous avons à réparer, et puis elle nous raconte ses vers et fables qu’elle sait, ce qui nous intéresse le plus à nous.
Je vous dirai qu’à présent que l’on est au repos, il n’y a pas de retard du tout, j’ai reçu la lettre ainsi que le mandat hier soir et le colis aujourd’hui et je suis bien content de l’avoir reçu quoique, à présent que l’on est au repos, l’on peut faire laver mais quand on est sur le front, que l’on retourne une fois tous les 8 jours pour se reposer, l’on a pas envie de laver du tout.
Je vous dirai qu’aujourd’hui j’ai reçu 5 lettres, une de mon frère, qu’il est toujours bien portant et qui me raconte sa situation, ce qui me plait le plus, et il n’a pas l’air d’être bien malheureux s’il y a 2 mois qu’ils sont retranchés sans bouger, ça n’a rien de sale pour eux. L’autre de Fernand, l’autre de vous et l’autre de Constance qui m’envoie un passe montagne, mais je ne l’ai par reçu encore. J’attends de l’avoir reçu pou lui faire savoir de mes nouvelles. Et l’autre de St Colomb qui m’apprend bien des nouvelles ainsi que vous cette fois-ci. Voilà ce qui me plait et qui me fait passer un moment de contentement, quoique je ne me fais pas de bile, ça n’y fait rien quand on reçoit des nouvelles de chez soi, c’est chez soi, l’on se rappelle du temps jadis et de la vie que je menais quoique jeune encore. Jamais je me repentirai de n’avoir abuser tout ce que j’ai pu, que de soirs que j’ai passé autour de ce pauvre Lauzun, que tant de fois vous auriez voulu savoir où j’étais et que vous en avez jamais rien su, et que vous en saurez jamais rien du tout. Où j’étais et où je passais mon temps, pas un jeune homme de 18 ans n’a jamais passé une si belle période comme votre fils a fait et il ne s’en repend pas, parce qu’à présent il s’en passe pas beaucoup de l’amusement, mais que voulez-vous, il faut un temps pour l’autre.
Je suis toujours en bonne santé et je vous dsire de même.
Votre fils qui ne s’en fait pas
Amédée S
8ème cuirassier
4ème escadron
20 juillet 2011
Correspondance de guerre –3-
Laval sur Tourbe 26 octobre 1914
Chers parents
Ne recevant pas d’autres nouvelles, je viens vous donner des miennes et je vous dirai qu’elles sont toujours excellentes, je me porte toujours très bien, et je pense que vous êtes de même, et je viens par la même occasion vous importuner un peu. Ne pouvant pas dépenser l’argent, l’on ne peut rien acheter non plus et à présent que je suis assez monté pour voir venir l’hiver sans crainte, je serai content que vous m’envoyez quelque chose pour bouffer avec mon pain et si c’était possible de m’envoyer quelques prunes dans un colis ainsi qu’un peu de fromage, et si c’était possible, y mettre au milieu un petit flacon d’eau de vie, si vous aviez quelques boites de conserve de reste en mettre une, et aussi un peu de camphre en poudre pour priser, et en tablette dans un petit sachet, pour mettre sur la poitrine car il parait que ça préserve des épidémies et je vous promets que ça n’est pas étonnant qu’il y en ait car on n’a pas toujours de bonnes odeurs.
Et aussi si vous pouviez y ajouter quelques boites d’allumettes.
Les choses vont toujours la même chose, nous sommes toujours au milieu des bois dans la terre comme les vieux gaulois, et les boches ne sont pas trop récalcitrants depuis une huitaine de jours, à part quelques coups de canons et de fusils de temps en temps et qui ne sont du reste pas dangereux, et c’est tout.
Mais dans le nord ce n’est pas la même chose et il parait que ça barde autant pour ceux qui sont là-bas, que ça le faisait pour nous il y a 3 semaines, mais que voulez-vous, c’est à chacun son tour, et en attendant la classe arrivera.
Il parait qu’il y a beaucoup de poilus qui n’auraient pas donné de leurs nouvelles depuis longtemps et qui ont écrit dernièrement chez eux et leur ont fait savoir qu’ils étaient prisonniers de guerre.
Dans la prochaine lettre, vous me direz s’il y en a tellement qui manquent, que je le souhaiterais de tout cœur pour eux.
Guère rien plus à vous dire pour le moment. En attendant de recevoir le petit colis, votre fils affectionné qui vous embrasse
Gabriel: ce n’est plus que 698 au jus











































