Kaléïdo'blog

Blog journalistique à plusieurs mains

10 novembre 2011

Boîtes à lire et livres en liberté…

L’idée de faire circuler les livres n’est pas nouvelle, le concept américain du bookcrossing a vu le jour aux USA en 2001 avec un succès immédiat. Arrivé en France en 2003 il s’est rapidement développé grâce aux articles de presse. Une version simplifiée totalement déconnectée d’Internet et baptisée « Boîte à Lire » fleurit dans plusieurs villes de France, dont Bordeaux et son agglomération.
Ici, la première Boîte à lire a été inaugurée en 2009, dans le parc du quartier Saint Genès, à l’initiative de « Bordeaux 5 de Cœur », association de quartier qui œuvre pour le renforcement du lien social et le « mieux vivre ensemble ».


La seconde vient d’être installée en septembre dernier, dans le square de la basilique Saint Seurin, par la Mairie en partenariat avec l’association « Village Saint Seurin. » Elle affiche tout de suite la couleur grâce à un petit panneau de présentation: « ICI, découvrez la première « boîte à lire », 100% écologique.
Partagez vos lectures, c’est simple !
Déposez le livre, le magazine ou le journal que vous venez de lire : une autre personne en profitera !
Au fil du temps les dépôts équilibreront les emprunts.
La bibliothèque aura trouvé son équilibre. Le prêt est gratuit.
Cette boîte 100% écologique est une réalisation des services municipaux de la ville de Bordeaux. Elle est fabriquée en chêne massif.
La boîte à lire est accessible aux personnes à mobilité réduite….»

Le principe est simple : une armoire en plexiglas pour la première, en bois et vitrée pour la seconde, dans laquelle, en libre accès, on peut déposer ou prendre un ouvrage. 

 
On peut y laisser les livres que l’on a lus tout en ne souhaitant pas les garder, ou les livres que l’on aimerait que les autres lisent… Les revues et magazines sont aussi les bienvenus.
Elles sont installée toutes deux dans des lieux agréables, au cœur de deux jardins publics, non loin des aires de jeux pour les enfants et avec des bancs à proximité pour ceux qui souhaitent lire sur place tout en surveillant les enfants du coin de l’œil.
Le concept plaît aux habitants des quartiers concernés, des livres s’en vont, d’autres arrivent…

Quand je m’y suis rendue, j’ai constaté que le contenu des boîtes à lire est très éclectique : de la comtesse de Ségur au roman à la mode ou à la Bible en passant par de nombreux manuels scolaires (il faut dire que le collège Saint Genès est à deux pas !). On peut y trouver Stephen King, un bon vieux Delly, des romans policiers, des revues, des traités scientifiques….

 

Les enfants ne sont pas oubliés et ainsi l’idée du partage des livres se met en place dès le plus jeune âge.

 


Contrairement à Saint Seurin ou la boîte est librement accessible jour et nuit, le parc de Saint Genès est fermé la nuit. Ce qui explique peut-être que la boîte à lire y a subi moins de dégradations.
 En effet celle de saint Seurin a été taggée ce qui ne l’empêche nullement de remplir son office, sauf en ce qui concerne le panneau de présentation par la Mairie, qui est devenu quasiment illisible.
D’autres boîtes à lire sont implantées dans différentes localités d’Aquitaine, et face au succès remporté de nouvelles vont être disséminées dans différents quartiers de Bordeaux et de sa banlieue. Initiative à encourager et à suivre…

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02 novembre 2011

Les heures souterraines de Delphine de Vigan

C’est  l’histoire de Mathilde et Thibault. Elle est cadre dans une entreprise. Il est médecin. Ils ne se connaissent pas mais le cheminement douloureux de leur vie les pousse l’un vers l’autre.
A travers Mathilde, c’est la vie dans l’entreprise qui nous est présentée. L’entreprise qui peut nous propulser très haut mais qui peut aussi nous faire chuter. Par des bruits de couloir, par un chef qui nous a pris en grippe, par une fatigue lancinante de la routine, des mêmes gestes.
Toute la douleur, toute la détresse de Mathilde m’a frappée de plein fouet. Le harcèlement, l’humiliation dont est victime Mathilde sert simplement de prétexte, je pense, pour rendre compte de la facilité avec laquelle on peut dégringoler dans ce monde absurde qu’est la vie dans l’entreprise.
Thibault lui, parcourt la ville. Il est médecin itinérant. Il rend visite à 3000 patients par an. Les embouteillages, les klaxons, les rhinopharyngites mais surtout la solitude, font partie de son quotidien. Des vielles dames qui n’ont plus la force, des schizophrènes en plein délire, des petits bobos et des maladies graves…
L’histoire de Thibault se déroule en parallèle et fait écho au mal être et à la solitude désespérée de Mathilde. Son histoire d’amour malchanceuse et la misère humaine, morale, qu’il rencontre quotidiennement en tant que médecin urgentiste, la colère qu’il ressent, la fatigue aussi, m’ont profondément touchée.
Je me suis complètement laissée emporter par ce récit et par l’écriture de Delphine de Vigan. Elle utilise des phrases courtes, simples, intenses, qui sonnent comme une mélopée et qui intensifient encore plus la banalité de l’histoire.
Quelques passages :
« Ce jour là, à la fin du mois de septembre, en l’espace de dix minutes, quelque chose avait basculé. Dans l’organisation précise et performante qui régissait leurs rapports, quelque chose s’était immiscé qu’elle n’avait ni vu ni entendu. Cela avait commencé le soir même quand Jacques s’était étonné à voix haute, devant plusieurs personnes, de la voir partir à dix-huit heures trente, feignant d’oublier les nombreuses soirées qu’elle avait sacrifiées à l’entreprise.
Ainsi s’était enclenchée une autre mécanique, silencieuse et inflexible, qui n’aurait de cesse de la faire plier. »
« Elle a cru qu’elle pouvait résister. Elle a cru qu’elle pouvait faire face. Elle s’est habituée, peu à peu, sans s’en rendre compte. Elle ne savait pas que les choses pouvaient basculer ainsi, sans retour possible. Elle ne savait pas qu’une entreprise pouvait tolérer une telle violence, aussi silencieuse soit-elle. Admettre en son sein cette tumeur exponentielle. Sans réagir, sans tenter d’y remédier. »
« Il y a des journées fluides où les choses se suivent, s’enchaînent, où la ville lui ouvre le passage, se laisse faire. Et puis des jours comme celui-ci, chaotiques, harassés, où la ville lui refuse toute évidence, où rien ne lui est épargné. Ni les embouteillages, ni les déviations, ni les livraisons interminables, ni les difficultés pour se garer. Des jours où la ville est si tendue qu’il lui semble, à chaque carrefour, que quelque chose peut arrive. Quelque chose de grave, d’irréparable. »

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26 septembre 2011

Une femme fuyant l’annonce

de David Grossman, traduit de l’hébreu par Sylvie Cohen. 666 pages. Roman. Seuil. 9782021004625

On plonge dans ce roman comme dans une autre dimension, oscillant entre le désir de se perdre dans la mémoire d’Ora et le besoin de s’en détacher le plus possible, de la fuir pour ne pas être englouti pas ses paroles.

Le livre est comme un sentier que l’on suit jour après jour, il y a des montées épuisantes, des descentes périlleuses et des repos réparateurs au bord d’un ruisseau où le temps s’arrête et nous laisse souffler, à peine, pour affronter le jour suivant.

Ora fuit l’annonce. Son fils cadet est appelé pour une dernière opération périlleuse dans une ville palestinienne, avant la fin de son service militaire.

Ora se persuade que des hommes vêtus de noirs vont venir frapper à sa porte pour lui annoncer la mort de son enfant. Alors elle se sauve, elle refuse cette fatalité. Elle se persuade que si elle n’est pas là, Ofer, son fils sera préservé de la mort.

Elle part pour une longue randonnée en Galilée, sensée durer le temps que son fils rentre à la maison. Elle amène avec elle un ami, Avram.

Avram est lui-même un mort-vivant, qui trimballe avec lui une douleur dont le lecteur aura un aperçu au fil des lignes, par petites touches, tant ses traumatismes sont indicibles.

Ora sait, sent, que si elle parle de son fils Ofer tout au long du trajet, elle le gardera en vie. Alors elle va le faire vivre sans cesse, jusqu’à l’épuisement, à travers ses mots à elle.

Le lecteur suit ces deux amis, qui se connaissent depuis trente ans, sur les sentiers, fuyant les gens, les postes de radios et les infos.

Ora parle et parle sans cesse, par bribes de souvenirs, par chuchotements, par cris, par hurlements, à travers larmes souvent, en souriant parfois.

Tout comme le chemin sur lequel ils progressent, Ora se perd dans sa mémoire, dans les lambeaux d’une vie, dans les ruines de son cœur de mère. Elle nous oblige à l’écouter jusqu’à plus soif, et le lecteur, envoûté par sa voix de femme meurtrie, de mère en souffrance, la suit partout où elle se perd, du berceau de son fils jusqu’à l’horreur d’un conflit entre pierres jetées et bombes humaines.

Avram, son compagnon de route, Avram le silencieux, le mort-vivant, refuse tout d’abord de l’entendre. Rien ne doit pénétrer ses chairs meurtries et son cerveau engourdi:

“C’est ainsi, on prend congé de soi même avant les autres, pour atténuer le coup fatal”

Qu’importe, Ora parle encore et encore.

Avram finira par reprendre sa respiration, Ora lui insufflera un début de vie, en lui faisant toucher des mots qui est Ofer.

Ora et Avram sont des personnages qui hanteront longtemps le lecteur, ils sont de ceux qui ne comptent pas pour du beurre. Dès la fin du roman, on a envie d’aller les retrouver quelque part sur un sentier de Galilée, et de les serrer fort contre son cœur. Envie de leur dire: “restez encore un peu!”

Ne vous laissez pas dérouter par les 50 premières pages, elles sont indispensables à tout ce qui suivra.

Ensuite, laissez vous emporter par la voix d’Ora, faites lui confiance, elles sait où aller et comment y aller.

David Grossman réussit cette prouesse de lire dans les âmes, dans les entrailles d’une mère. Il nous renvoie à la perfection la moindre émotion primitive.

Ora par sa voix nous laisse plonger dans tout ce qui l’anime, la chavire, sans voyeurisme, mais avec une lucidité effrayante.

Et toute la complexité du roman est dans le fait que le conflit israélo-palestinien est omni-présent, sans jamais s’y attarder totalement, sans parti pris, sans jugement aucun.

David Grossman a perdu son fils peu avant de terminer la rédaction de ce livre. Est-ce pour cela que la dernière partie est si intense? si bouleversante?

Si il y a un livre à mettre au dessus de la pile cet hiver, c’est bien “Une femme fuyant l’annonce”

Je crois qu’en le lisant j’y ai gagné un petit supplément d’âme.

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08 mai 2011

Au fil de mes lectures...

Pendant les vacances, je cultive l'éclectisme en matière de lecture.Je vous livre en vrac quelques commentaires, pour vous suggérer l'une ou l'autre idée...

J'essaie toujours de trouver mon bonheur à la Bibliothèque municipale, sinon je trouve de belles choses en poche ainsi ...

Pour commencer, je me lave la tête en la remplissant d'abominables intrigues imaginées par Fred Vargas, chercheuse au CNRS, archéologue distinguée, qui s'amuse à écrire de vrais polars pour se détendre..

Titre : " Un lieu incertain"

Son incroyable Commissaire Adamsberg et toute sa troupe de flics plus rocambolesques les uns et les autres me plongent à chaque fois dans un univers de trouvailles délicieusement frissonnantes d'horreur. Cette fois ce sont les vampires, enfin, juste pour s'amuser un peu...des pieds coupés dans des chaussures, un type qui mange une armoire, un autre qui rapporte à sa tante la peau de l'ours qui a mangé son oncle au Canada ( avec l'oncle dedans )...

Chaque personnage est finement tracé, avec juste ce qu'il faut d'humour et de tendresse aussi ! J'adore cette auteure !

 Toujours en poche, je suis passée à un témoignage de l'enfer vécu par les juifs en 1942, avec

. " On l'appelait Sarah" de Tatiana de ROSNAY. Sans doute, aurez-vous vu le film éponyme...

Encore une histoire triste ! Ben oui, forcément. Le point de vue qui est intéressant ici c'est que le massacre de centaines d'enfants juifs au "Vél' d'Hiv'" à Paris par des Français est longtemps resté sous silence. Ceci n'était pas le fait des nazis, mais de la police française à l'époque. J'ai aimé l'histoire de Sarah et de ceux, qui involontairement ou non, ont fait ou profité de son malheur.

Ensuite, changement de registre !

L'actrice Sylvie Testud m'a régalé  avec ses tics de nettoyage dans " Chevalier de l'Ordre du Mérite"

Une plume alerte qui raille le " Tout doit être parfait" J'ai particulièrement aimé et partagé son horreur du jeu des chaises musicales ou immanquablement un enfant se trouve lésé. C'et léger, enlevé, on ne s'ennuie pas avec cette critique du quotidien actuel d'un jeune couple qui se débat entre boulot et ménage !

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 J'avais aussi choisi à la bibliothèque un livre ayant obtenu le Prix Interrallié " L'Amour Nègre" de Jean-Michel Olivier.

Ignorant plus ou moins le sujet. Et bien, ignorez-le !

Il raconte les tribulations d'un continent à l'autre d'un jeune nègre ( c'est le terme employé !) adopté par un couple d'acteurs hollywoodiens. Grâce ou à cause d'eux, il sortira de son village africain pour vivre dans le luxe américain, la débauche, le sexe, l'alcool et la drogue.

Il se retrouvera rapidement avec d'autres frères et soeurs adoptés ( cherchez bien le couple célèbre dans " Gala"), puis sera à nouveau adopté successivement par un acteur faisant de la pub pour une marque de café ( " Ca ne vous dit rien ?" )et avec lui changera de continent pour ensuite venir en Suisse dans le sillage d'une milliardaire "cougar".....Pour retomber dans une misère....noire !

Bref que du beau monde mais , dépeint avec justesse et ironie, certes...

 Sans grand intérêt pour moi... M'enfin, Amanda ! Ce type a reçu un Prix littéraire !

C'était mes petites infos de lecture...

Je viens de recevoir " Même le silence a une fin" d'Ingrid Bétancourt.

 Une brique que je vais dévorer.....

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27 avril 2011

Emportée

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Emportée, je le fus par ce récit que fait Paule Du Bouchet de la disparition de sa mère et de ce qui fut leur relation. Dernier livre acheté, il a doublé tous les autres sur la pile de livres à lire. Attirée par le titre , dans un premier temps, puis par la couverture où est représenté un détail d’une peinture de Nicolas de Staël “ Chemin de fer au bord de la mer, soleil couchant”, et enfin par la quatrième de couverture:

Je ne peux parler de ma mère sans évoquer les contours d’un paysage étrange qui me constitue. Celui que, parfois en toute conscience, parfois sans le savoir, je cultive comme un jardin secret. Celui de la disparition.

Comprenant ensuite que l’auteur était la fille du poète André du Bouchet que j’affectionne, je ne pus que m’immiscer dans ce récit dont on ne ressort pas indemne.

Le livre commence par la mort de la mère il y a une douzaine d’années , son agonie, sa souffrance entourée de ses deux enfants.

La lumière autour de son visage est indissociable de sa disparition. C’est cette image-là qui m’obsède, celle qui vient en premier, qui éclipse toutes les autres, toutes celles de sa vie. Ensuite, seulement, vient l’éclat d’une robe rouge disparaissant dans une porte.

Nait alors le récit de l’enfance, avec une acuité des émotions de cette période là – l’auteur avait six ans  - assez fulgurante. La mère , Tina Jolas, rencontre un homme qui va bouleverser sa vie: René Char. Un véritable ogre pour la petite fille qui raconte. Sa mère vient d’être emportée. L’enfant va alors grandir dans cet espace déséquilibré où l’abandon est maître. Peur de perdre sa mère, peur de perdre son père. Des souvenirs se livrent, puis disparaissent. Elle ne juge pas mais dit simplement la souffrance qui l’envahit durant de nombreuses années. En vacances avec son père elle cueille tous les soirs une “fougère “ qu’elle nomme mère et qu’elle accroche au-dessus de son lit pour dire la présence de celle qui n’est pas là.

Dans un entretien à la radio suisse romande, Paule du Bouchet confie: Entre le moment où j’ai pris la plume et le moment où le livre a été publié, oui j’ai eu le sentiment d’une sorte de réconciliation, c’est à dire qu’il s’est produit quelque chose d’inattendu…(…) J’ai été emportée tellement loin, en écrivant ce texte, que j’ai pu la retrouver. Elle m’a transmis cet emportement qu’elle portait en elle.

Ce court récit d’une centaine de pages, plein de tendresses, évoque dans la marge, la passion incandescente de Tina Jolas et René Char qui durera trente ans et qui s’écrira au long d’une correspondance de milliers de lettres.

Ce livre m’a habité après la lecture.Je retiens la force de cette écriture qui nous délivre des maux mais aussi un amour viscéral d’une femme pour sa mère sans chercher à  régler de comptes. Un portrait d’une femme entière.

Durant toutes ces pages, la sensation du malheur aura prévalu. Elle aura suivi le tracé sinueux d’une vie de manquement et d’errance. Et pourtant, brusquement, au sortir de ces notes, le socle qui me constitue, celui que j’ai voulu obstinément oublier, s’impose avec force: il est d’une joie sans mélange. Des sensations follement heureuses me reviennent, par je ne sais quelle grâce, peut-être celle d’avoir couché sur papier ce long parcours d’absence, sans doute par la grâce inattendue de l’oubli lui-même. Certainement, je ne peux m’y tromper, par sa grâce propre, à elle , ma mère. Qui m’a “tout pris, mais aussi tout donné”. Tout pris de l’amour, tout donné de l’amour. Tout donné de la joie. La joie profonde dont elle avait le secret, qu’elle portait en elle.

 

(Sur le site de Poezibao, un article plus complet pour ceux qui le souhaitent.)

"Emportée" de Paule Du Bouchet a été publié aux éditions Actes Sud en mars 2011

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10 avril 2011

Rencontre d’un photographe et d’un écrivain

L’écrivain Pierre Présumey (né en 1952) est issu par sa mère d’une longue lignée d’instituteurs ardéchois. Son père a été médecin dans les années 50 à Sainte-Eulalie, sur le haut plateau ardéchois.
Après avoir exercé au Puy-en-Velais, il enseigne les lettres classiques à Clermont Ferrand.
Ses poèmes sont parus en recueil : Territoires toujours repris, La Grande Aiguille, Cela convient, cela suffit. Le cœur besogneux. La bonne épaule. Lettres aux amis du bord de l’eau, etc… mail


Deux fois, au cours des étés 1953 et 1961, Robert Doisneau photographie l’Ardèche.

Il ne fait, semble-t-il, que passer. Il la photographie du bord de la route, comme sans s’attarder. Les images semblent obéir à un étonnement léger, plus sensibles aux petites surprises du cœur qu’aux grandes interrogations de l’esprit.

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Doisneau se rapproche peu des gens qu’il photographie, sauf des enfants.

 4Il se contente de saisir les hommes à quelques mètres, en dehors de tout drame, de toute tension, de toute inquiétude.

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Dans ces années l’Ardèche n’est pas encore devenue cette éponge à touristes qui se dilate en été pour se vider en automne. 1
La civilisation technicienne fait encore bon ménage avec celle des vieux outils. 3
Dans ce livre les merveilleuses photos de Doisneau marient miraculeusement la légèreté et l’attention. 

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04 mars 2011

Le passage se crée

Tes pages s’offrent. Leurs dessins aux traits noirs , nets et sans bavure. Cette fois c’est décidé, je vais peindre “Sans dépasser” Extrait : 2. Lettre à un album à colorier.

Alainx a écrit, il a dépassé!

Dépassé l’écriture du blog, dépassé les simple textes sur Kaléïdoplumes.

Il a dépassé l’angoisse de donner dans l’intime, dépassé la peur d’être reconnu.

“Je choisis de m’affranchir des couleurs du modèle”  (alainx, extrait)

Alainx s’affranchit d’un passé qui l’a fait basculer du côté des “handicapés” un jour de 1959, alors qu’il n’est encore qu’un enfant.100_0293

50 ans plus tard Alainx s’affranchit en écrivant un livre, pour distiller, à travers des courriers, ses petits morceaux de vie, parfois sans importance, parfois indispensables à sa survie.

 

C’est un livre émouvant, pas seulement parce que je connais l’auteur en tant que Kaléïdoplumien.

C’est un livre tout en sincérité, Alainx nous cueille là ou ne nous l’attendons pas: dans l’émotion, la nostalgie parfois, il sait parfaitement décrire des moments plus ou moins intenses. Avec lui, je redécouvre l’odeur de mon album à colorier, je me souviens d’un inconnu, qui a croisé ma route à peine un instant. Je revois ma mère le regard sombre, et j’essaie d’imaginer ce qu’elle pense.

Et puis je finis le livre en me disant: Bon sang, la vie est vraiment belle, il faut juste savoir la regarder au bon endroit.

Alainx  n’est pas que intelligent, que cultivé, que grande gueule parfois, sa plume n’est pas que inspiratrice de mots loufoques, qui font parfois grincer des dents, ou sérieuse, en plein questionnement.

Alainx vaut la peine d’être lu autrement, et ce livre est le prolongement de ce à quoi il doit tendre aussi. Ce “jeune” écrivain a de l’avenir, la preuve avec “Le passage se crée”

Posté par cassymary à 08:00 - Lectures - Vos réactions [3] - Articles rédigés par :

06 février 2011

Histoire (s) d’avoir des nouvelles de Valérie CORMIER.

Je connais Valérie grâce à son blog qu’elle a tenu plusieurs années assidûment. J’aime son écriture et je n’ai pas été étonnée quand elle m’a dit vouloir publier un recueil de nouvelles.
Sur la 4e de couverture on peut lire :
« Elle voyage. En solitaire. Petite, elle a dû magnifier la couverture d’un cahier d’écolier pour en obtenir un passeport sans visas vers les existences qu’elle pressentait ne jamais pouvoir vivre toutes. image
Elle plurielle, qu’on croise centenaire le matin et qu’on retrouve adolescente le soir, tantôt folle, tantôt amante, percluse de douleurs, lascive, vieillard au bord du gouffre, animale.
Elle emprunte les corps, visite les âmes. Elle est votre frère, votre époux, la femme que personne ne remarque au coin de la rue, celle qui allume les regards, le sien…  et le vôtre…
Elle est reflet dans le miroir que ses propres mains tendent à ses lecteurs au réveil, avant le café matinal ou au comptoir du « Bar des Copains » où fume sa tasse. Enfin une tasse ? Elle y a un bol à son nom. « Patron ! un autre… ».
S’il est dix heures, elle a mille ans ; naîtra vers onze ; mourra à treize ; séduira à une inconnue entre dix-sept et dix-huit et voudra, lecteur, que tu la consoles à la nuit tombante ».
Son livre contient 26 histoires, toutes différentes, on passe de la tristesse à la légèreté, de la mélancolie à la douceur, de la tendresse à la surprise. Certaines sont aussi plus personnelles. Mais dans chacune on retrouve la tonalité de l’écriture de Valérie.
Dans l’une des nouvelles et qui se nomme « Celle qui écrivait », Valérie raconte qu’à douze ans elle possédait un petit classeur rose qu’elle remplissait de mots, lycéenne elle écrivait déjà quelques nouvelles, fictions… Adulte les carnets existent encore. Elle aime y noter des anecdotes, des tranches de vie. Ils lui sont précieux.
Pour finir Valérie nous écrit qu’elle ne va pas s’arrêter à ce recueil, elle envisage déjà à un « autre chose » qu’il lui tarde de commencer !! 

Posté par kaleido-blog à 08:00 - Lectures - Vos réactions [2] - Articles rédigés par :

05 décembre 2010

D'Amanda en Amanda...

Scan_Amanda_2 il n'y a qu'un pas !!!!

...et voilà que je tombe par hasard sur ce livre " Les terres saintes" d'Amanda Sthers.

Cette auteure est déjà connue au théâtre pour la pièce " Le Vieux Juif blonde" ainsi que pour ses précédents récits " Ma place sur la photo" et "Madeleine".

C'est un livre qui parle des juifs de maintenant, des juifs de toutes sortes, un rabbin, un éleveur de cochon en terre sainte, un auteur à succès homosexuel, une éternelle étudiante aux amours manquées, une mère qui se découvre un cancer...

Ce n'est pas triste tout cela ! Loin de là !

L'auteur utilise un style épistolaire qui sépare le récit en de courts chapitres et le rend plus vivant, chacun des personnages usant du vocabulaire  et du style qui lui est propre.

ex: De Harry Rosenmerck, éleveur de porcs à Nazareth ( ex cardiologue parisien )  au Rabbin Moshe Cattan :

" Vous souvenez-vous de cette histoire de sang de porc, monsieur le rabbin ?...de cette idée lumineuse de suspendre du sang dans des poches réparties dans les bus de la ville afin que les terroristes qui voudraient se faire exploser en soient recouverts et rendus impurs, que le paradis d'avec ses soixante-douze vierges leur soit refusé ?"

Réponse du Rabbin à Harry Rosenmerck :

Il y a bien longtemps que ces pauvres Palestiniens qui se font sauter dans les bus ne croient plus en rien, encore moins aux vierges qui les attendent au paradis. Ils donnent juste leur vie pour que leur famille soit à l'abri, ait un toit décent  et mange à sa faim.."

Le livre regorge d'humour et de tendresse aussi :

ex : D'Annabelle Rosenmerck à Harry Rosenmerck, son père

" Je n'ai pas donné de nouvelles. Je pleurais sur mon coeur blessé. J'ai du mal à croire que les  les larmes qui s'évaporent aillent au même endroit que l'eau de mer, de pluie ou de la cuvette des toilettes. Je voudrais qu'il existe des docteurs pour chagrin. Pas des psy...ni des gourous mais de vrais docteurs qui localiseraient le chagrin, le désinfecteraient. Puis ils le recouvriraient d'une pâte rose comme un bonbon ou une guimauve pour les enfants.Et le chagrin étoufferait au lieu de moi.

Et plus loin d'Harry Rosenmerck à David Rosenmerck :

" Mes silences, mon fils faisaient le bruit de l'amour"

Et puis par la magie des lettres, les liens défaits se renouent, les barrières d'incompréhension tombent...

On en oublie les querelles de religion, d'opinion...

Amanda Sthers décrit le milieu des Juifs ( les Juifs chrétiens, les Juifs  qui  lisent le Talmud et lui obéissent et puis...tous les autres qui s'en foutent mais ont en commun une chose : l'humour)  tout en s'en moquant parfois assez rudement notamment quand elle parle du Mur érigé entre Israël et la Palestine, la grille de séparation. Israël est un des pays les plus critiques du monde mais  aussi un pays qui  arrive à se mettre d'accord sur l'exclusion, alors que son peuple fut torturé et a connu lui-même rejet et xénophobie !

Avec en conclusion, que nous ne sommes tous que des petites fourmis, tous persuadés de notre importance, certains d'avoir raison, d'être le héros de l'histoire.

Et que  tout cela n'a de sens que si nous nous rencontrons, que si nous partageons...

Et un fil conducteur qui mène les personnages de la vie à la mort. Une mère disparaît, un enfant va naître...

Un très beau livre !

Posté par Amandannie à 08:31 - Lectures - Vos réactions [1] - Articles rédigés par :

27 novembre 2010

Le meilleur reste à venir

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“Le meilleur reste à venir” est le premier roman de Sefi Atta publié en 2005 (janvier 2009 dans la traduction de Charlotte Woillez aux éditions Actes Sud) et, même si la couverture choisie par l’éditeur n’est pas à la hauteur du livre, on découvre là une histoire qu’on n’oublie pas facilement.

Quatre grands chapitres , avec à chaque fois une indication de date: 1971, 1975, 1985, 1995, où l’on parcourt à la fois la vie d’une jeune nigériane Enitan et les bouleversements d’un pays africain. Plus de vingt ans de la vie de cette jeune fille que l’on voit devenir adulte et mère. Elevée dans une famille aisée mais déchirée, son père est  avocat, sa mère dans les mailles d’une secte religieuse, elle fera des études en Angleterre puis reviendra au Nigeria pour y exercer le métier d’avocate  dans un pays en pleine mutation. On la voit évoluer entre ses amitiés avec Sheri, une demi-caste, pas toujours bien acceptée par son entourage, ses amours , son mariage avec Niyi (et la famille de ce dernier), la naissance tant souhaitée de son enfant et sur la fin du roman la rencontre avec une journaliste engagée dans la cause des femmes.

Quand j’avais une vingtaine d’années, les gens disaient que j’étais une tête brûlée. Dans mon souvenir je n’ai jamais été une tête brûlée. Ce dont je me souviens, c’est que j’ai fait entendre ma voix. Dans mon pays, les femmes sont encensées lorsqu’elles renoncent à leur droit de protester. Finalement il arrive qu’elles meurent en ne léguant rien d’autre à leurs filles que leur altruisme; un héritage surprenant, comme un filet de larmes dans une gorge desséchée.”

Révolte chez Enitan, coincée entre les contraintes données par la société où elle évolue et les contradictions qu’elle a du mal à accepter, qui fait écho aux révoltes qui courent dans le pays, aux coups d’état militaires, à l’insécurité permanente, aux arrestations arbitraires. On est emporté par le récit et par le cheminement de cette femme qui refuse d’être enfermée dans sa cuisine.

Ma connaissance de la littérature africaine est pratiquement nulle; je suis donc avide de conseils en ce domaine. N’hésitez pas à glisser quelques noms d’auteurs et de livres…

Posté par Bruyere à 08:00 - Lectures - Vos réactions [7] - Articles rédigés par :


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