06 juillet 2011
Les bateaux à aubes et à vapeur en Suisse, une suite.
J'ai envie de revenir sur le sujet des bateaux à aubes et à vapeur sur les lacs suisses dont j'avais déjà traité ce sujet ICI
Je vous montre quelques photos sur le lac de Zurich et une bonne nouvelle pour le lac Léman.
Croisière sur le lac de Zurich
Le Lac de Zurich a une longueur de 42 kilomètres, largeur maximale de 4 kilomètres et la profondeur maximale est de 143 mètres. Il est séparé en deux parties par une presqu’île : le lac principal partant de Zurich jusqu'à Rapperswil et l'Obersee (Haut-Lac) de Rapperswil à Schmerikon.
Sur les 11 bateaux que la compagnie possède, deux sont des embarcations historiques à aubes et à vapeur.
Le DS «Stadt Zürich» se lequel je vais m'embarquer pour 3 heures de voyage. 
Beaucoup de constructions au bord de l'eau dans la première partie du lac. 
Accostage à un des nombreux débarcadères.
Le capitaine donne par haut-parleur ses instructions aux machinistes.
Toujours une merveille de voir cette machinerie en mouvement.
Lors de longs arrêts, il y a toujours quelque chose à faire dans l'entretien... comme d'ailleurs sur les locomotives à vapeur.
Nous allons quitter le lac principal pour s'engager sur le Haut-lac en passant sous ce pont.
Le mat a été couché et la cheminée rabaissée. 
Nous longeons les bords sauvages, c’est un autre paysage qu’au début.
Arrivée au bout du lac à Schmerikon. Dans une heure le bateau reprendra le chemin de Zurich.
Permettez-moi une note un peu privée : ce bateau s'appelle « Ville de Zurich », il a été construit en 1909. Or mon père est né à Zurich... en 1909 !
Les bateaux à aubes sur le Lac Léman (ou Lac de Genève selon...)
Je rappelle qu'il y a 8 bateaux-salons à aubes mis en service entre 1904 et 1928, dont 5 sont en état de naviguer. Comme souvent dans ces cas, il y a le risque de mis au rebut en raison d'imposants couts financiers.
Or la bonne nouvelle est tombée le 17 juin dernier : le gouvernement du Canton de Vaud a décidé de classer monuments historiques les 8 embarcations. Cela signifie qu’il est impossible de démolir ces bateaux. Et les restaurations devront se dérouler au plus prêt de leur origine.
Si ça vous intéresse d'avoir plus de détails, je vous invite à vous rendre sur cet excellent SITE.
23 juin 2011
Les larmes du saule blanc
Soleil radieux-
Sous la frondaison du saule
Bitume détrempé
Gouttes d’eau sur le visage
Des promeneurs étonnés
« Normal ! Tous les saules pleurent ». L’affirmation catégorique de ma compagne de marche me laisse sceptique. Je pourrais même dire que mon ego en prend un coup ! Moi qui me targue de connaitre les arbres, j’aurais pu passer à coté d’une telle évidence ! « Tous les saules pleurent » !?
Ce n’est pas le moment d’épiloguer. Nous devons détendre les chiens avant que le
stage d’obérythmée ne commence.
De retour chez moi, je surfe sur le Net. Comme pour tout, je dois trier le bon grain de l’ivraie. Il ne manque pas d’explications farfelues. Et dans le genre la meilleure est la suivante : « Quand il fait chaud le saule évacue son trop plein de sève et c’est ce qui goutte ».
La sève des arbres est l’équivalent du sang chez l’homme. Vous vous imaginez voir votre sang s’égoutter quand il fait trop chaud !!
Heureusement je lis une explication qui me semble beaucoup plus rationnelle. Mais impossible de vérifier. Je suis à 500kms du saule en question.
Un an après, mai 2011
Je me promène en bordure d’un lac quand je reçois quelques gouttes sur la peau alors qu’il fait un soleil radieux. Je lève la tête : je suis sous un saule blanc. Je regarde le sol : il est détrempé. Mes neurones ne font qu’un tour. Cette fois-ci j’en aurais le cœur net !
Je sais quoi chercher et je repère très vite les nombreux crachats de coucou sur les branches du saule.
A l’aide d’un petit bâton je tripatouille dans ce manchon d’écume et je mets la main sur les coupables. 
Assoiffés de sève
Bien à l’abri dans l’écume
Chapelets de larves
Et voilà ! Mystère résolu ! Il s’agit bien des larves d’un insecte de la famille des cercopes. Probablement Aphrophora salicina. Insecte piqueur-suçeur, sa larve se nourrit de la sève du saule. La sève étant surtout riche en eau, la larve doit en consommer une très grande quantité afin de trouver tous les éléments nutritifs dont elle a besoin pour son développement. Du coup elle rejette par l’anus la sève en excès et de plus elle y injecte de l’air pour former cet amas d’écume que l’on nomme crachat de coucou. Ce crachat spumeux la protège des prédateurs et des rayons de soleil. Et au passage s’égoutte allégrement sur le sol et sur les passants inconscients…
Un mois plus tard, j’ai l’occasion de repasser par ce petit lac.
Je m’arrête un instant. Les saules ne pleurent plus.

Il ne reste plus
Comme seules traces témoins
Que ces exuvies
21 mai 2011
Une pie, tant pis ! Deux, tant mieux !
J’ai été amenée à m’intéresser aux pies grâce à deux spécimens particulièrement
fidèles et un rien intéressés, qui, chaque matin, viennent profiter de la distribution de croquettes au chat libre de ma résidence. Il ne m’a pas fallu longtemps pour m’apercevoir qu’une pie, souvent deux, venaient se percher sur le toit du garage, pour attendre les restes. Impatiemment, elles faisaient des allées et venues le long de la gouttière et poussaient même quelques "tchack-tchack-tchack-tchack-tckack" criards, qui avaient le don d’intimider le chat. Celui-ci, dégoûté de tant de hardiesse, ne tardait pas à délaisser sa pitance pour laisser le champ libre aux deux gourmandes….
J’ai pris l’habitude, pour éviter les contrariétés animalières, de leur réserver une poignée de croquettes que j’ai lancées, de plus en plus près de moi, avec l’arrière pensée de faire des photos de ces très beaux oiseaux…
Au début, la méfiance était de rigueur, ensuite elles m’ont laissé approcher à moins de deux mètres, si j’avais les mains vides, mais pas question de le faire si j’avais l’appareil dans les mains… Patience, patience et les choses s’améliorent un peu : j’arrive à voler quelques clichés quand elles sont occupées à picorer les croquettes généreusement distribuées… J’aimerai les fixer en vol quand on peut les admirer, ailes déployées, mais ceci est une autre histoire et pour l’instant, je « cale »…

Tout le monde reconnaît la pie à son plumage blanc et noir irisé de reflets métalliques bleu-vert, sa longue queue et son puissant bec. Les deux sexes sont identiques, même si le mâle est un peu plus grand (61 cm d’envergure contre 56 chez la femelle). De la famille des corvidés, elle peut vivre jusqu’à 15 ans. C’est un oiseau intelligent
Un couple de pies est uni par des liens solides et au moment de la parade nuptiale, le mâle offre de la nourriture à la femelle. Si l’offrande est acceptée, le couple construit un nid en cinq ou six semaines.
Dans un arbre, à quelques mètres du sol, dans une structure volumineuse faîte de solides branchages et constituant à la fois, l’assise et le toit, les oiseaux, bâtissent une coupe de boue tapissée de brindilles, de racines, et d’herbes. La structure est pourvue d'une entrée latérale protégeant le nid contre les attaques d'autres corvidés.
La pie bavarde est peu prolifique. La femelle pond et couve de cinq à neuf œufs gris-vert, tachetés de brun. Pendant cette période, elle est nourrie par le mâle. Puis, après l’éclosion (au bout de 16 à 21 jours) les deux parents nourrissent les petits qui quitteront le nid lorsqu’ils seront âgés d’environ un mois. Les familles restent unies jusqu’à l’automne…

La pie est un des nombreux exemples de victime de préjugés néfastes. Ne dit-on pas « bavarde comme une pie », « curieuse comme une pie » ou « voleuse comme une pie » ? Cela à cause de son chant qui n’a rien de mélodieux (tout le monde ne peut pas avoir la voix du rossignol), et de son habitude de subtiliser les objets brillants qui l’attirent et dont elle orne son nid, peut-être dans le but de séduire Madame…
Les amoureux de la nature lui reprochent de piller les nids de passereaux, oubliant qu’elle est elle-même victime des coucous et des corneilles qui détruisent ses petits. Plusieurs travaux sérieux menés en Angleterre et en Allemagne, montrent qu'il n'y a pas de corrélation entre la densité des petits passereaux et celle de la pie bavarde. Les pies ne représentent donc pas une menace réelle pour les effectifs des autres oiseaux. Son régime alimentaire est en effet constitué à 94% d'invertébrés dont 86 % d'insectes. Et il faut ajouter à ce menu des fruits, des graines, des petits rongeurs et divers déchets organiques d'origine humaine (elle apprécie le pain, la viande, les céréales, les fruits, les noix…)

Contrairement à une opinion communément répandue, la population des pies est globalement en régression. Certes, depuis une cinquantaine d’années, celle des pies citadines a augmenté et il n’est pas rare de les côtoyer dans les parcs et les jardins notamment au début de l’été, au moment de l’apprentissage du vol par les jeunes …
Il faut dire que leur situation à la campagne était devenue carrément sinistre. Toujours classée, en France, comme « oiseau nuisible » la pie peut être chassée ou piégée. En France, les piégeurs sont organisés en association, agréée en 2003 au titre de la protection de l’environnement par le Ministère de l’écologie…
D’après « Le monde de l’Ornithologie » "on estime à 2 225 000 couples reproducteurs la population des pies en France. Pour la seule saison 99-2000, les statistiques officielles font état de 180 000 pies piégées et 220 000 tirées… Et ce chiffre est largement sous-estimé puisque tous les oiseaux tués ne sont pas déclarés, loin de là. Si l’on estime à 500 000 le nombre de pies réellement tuées, on voit que l’on dépasse largement 10 % de la population détruite. Or à partir de 8 % de destruction, une population est vouée à décliner puis disparaître…
…Chaque année les associations scientifiques demandent le retrait de certaines espèces de la liste des animaux dits « nuisibles », et chaque année cela est refusé, comme en 2006 pour la martre, la belette, et le putois. La pie a la chance d’avoir réussie à se rabattre sur les villes où elle retrouve une – relative – sérénité. Au fond, la pie est bonne fille… Bien que nous ne le méritions pas, elle nous fait l’honneur, pas toujours désintéressé il est vrai, de vivre à nos côtés et d’accepter notre voisinage… Pour nous citadins, c’est l’occasion d’observer à notre porte la vie quotidienne d’un remarquable oiseau qui lutte courageusement pour sa survie…"
(jour de grand vent par vent arrière...)
Pour terminer sur une note plus optimiste, je vous livre quelques dictons « météorologiques » liés à la présence très ancienne de la pie dans nos campagnes :

Une pie au printemps, annonce le mauvais temps
Quand la pie bâtit bien haut,
Bon signe pour un été chaud.
Mais, si par malheur, elle bâtit bas,
Du mauvais temps tu verras.
Pie dans la ferme,
neige à court terme
Quel temps qu'il fasse, en fait d'oiseau,
préfère la pie au corbeau
23 avril 2011
Canal des Moines
En ce weekend de printemps , deux communes donnaient leur fête relative à l’agriculture – Bétaille dans le Lot – et foire aux chèvres à Aubazine en Corrèze.
De la première qui met en avant la vente de matériel agricole, le repas avec spectacle, et le concours de bovins limousins, je donnerais ces images 

Pas vraiment du cru, le bestiau… Belles fesses, on m’appelle Empereur !
L’ancien et le nouveau cohabitent et s’exposent en toute fraternité…
Manifestement, Aubazine vise le grand public, celui des villes et les vacanciers comme en attestent les plaques minéralogiques des véhicules garés sur des km tout au long des flancs escarpés d’Aubazine.
La gent caprine elle-même parait blasée sur l’intérêt qu’on lui porte…

En fait, émission de télévision aidant (des racines et des ailes) , les visiteurs de la foire empruntaient par centaines la route les conduisant au Canal des Moines, ce qui constituait un excellent intermède aux bruits de la foule qui vaquait entre les étals diversifiés qu’on voit dans toutes les foires du genre.
Ce monument, haut lieu du village , a été construit par les moines au XIIème siècle.
Un certain Etienne d’Obazine fonde alors un monastère d’hommes qui est aussitôt affilié à l’ordre cistérien et a généré au fil des siècles le bourg actuel d’Aubazine. Le site ne dispose que de sources. Les cistériens, grands spécialistes de la maitrise de l’eau, construisent un canal pour alimenter le vivier du monastère, irriguer prairies et jardins et alimenter trois moulins.
A 500 m de là, subsistent ls vestiges d’un monastère de femmes sur les bords d’un torrent sauvage et irrégulier: le Coyroux. 
Le canal des moines, classé au titre des monuments historiques depuis 1966, est un ouvrage d’art et de technique exceptionnels unique en Europe dans sa conception et sa hardiesse
Epousant tous les contours du versant rocheux et escarpé de la vallée du Coyroux, ce canal constitue un véritable défi témoignant de la grande audace des moines.
Caractéristiques techniques: d’une longueur de 1 500 m avec une pente de 0,5%, le canal lui-même et la chaussée digue qui le longe sont retenus par des murs relativement épais et talutés
Certains passages présentent quelques petites difficultés pour les promeneurs,notamment si le sol est mouillé .
Par temps ensoleillé et face aux couleurs tendres de ce début de printemps, le
Au retour, vous redécouvrez le bourg d’Aubazine…*
là où la fête bat son plein : le groupe folklorique de Lanteuil, commune voisine s’en donne à coeur joie !
Et je ne résiste pas au plaisir de montrer en pleine action les “socques” que j’évoquais dans un sujet récent . 
Tout comme, l’âne qui ne dit mot mais n’en pense pas moins, je considère qu’il est l’heure de regagner nos pénates.
*http://www.ville-aubazine.fr/spip/spip.php?page=article&id_article=2
21 avril 2011
Modeste arachnophile
Hier, sur mon balcon, dans la lumière du chaud soleil d’avril, j’ai surpris une éclosion. Une sortie de nid… Un nid sur un balcon, me direz-vous, quel est le volatile assez téméraire pour s’être installé, là ?
Détrompez-vous, il ne s’agit pas d’un nid d’oiseau, mais bien du cocon de soie abritant des centaines de bébés épeires diadèmes dont j’avais admiré la mère, l’été dernier.
Beurk ! Allez-vous vous écrier, des araignées !
Oui, je l’avoue, j’aime les araignées des jardins dont j’observe (et photographie) curieusement la vie, au fil des saisons, parmi mes pots de fleurs et autres jardinières… 
Pour en revenir aux petites épeires, tout juste sorties du cocon, elles restent groupées en une minuscule grappe mais s’éparpillent au moindre effleurement : chaque individu essayant de trouver un abri. Si l’alerte ne se confirme pas, elles se regroupent pendant quelques jours encore. Aujourd’hui, par exemple, comme il souffle un petit vent froid, elles sont restées serrées les unes contre les autres, sans doute pour conserver une certaine chaleur.
Au soleil, il n’est pas rare de voir les bébés orbitèles (autre joli nom des araignées à toile géométrique) s’écarter du groupe comme pour prendre timidement leur indépendance. Sur le nombre, peu échapperont aux prédateurs qui les guettent. Ceux qui réussissent à trouver un abri sûr, sont aptes à construire leur première toile. A ce stade elle n’est pas plus grande qu’une pièce de monnaie et ne permet d’attraper que des moucherons microscopiques. Mais de moucheron en moucheron, l’araignée va grossir pour atteindre, par mues successives, sa taille adulte en été.
C’est en cette saison que l’on peut admirer les grandes toiles géométriques très régulières que l’épeire diadème (aussi appelée épeire porte-croix en référence aux petites taches blanches, en forme de croix, sur son abdomen) reconstruit chaque matin.
Selon les spécialistes le travail prend environ une heure, l’araignée utilisera 20m de fil pour une toile de 40cm de diamètre. L’ancienne toile est « recyclée » de façon extraordinaire : l’araignée en fait une boulette qui est avalée et digérée pour se retrouver dans les différentes fabriques de soie, à l’intérieur de l’abdomen, sous forme de liquides prêts à être de nouveau employés. La toile neuve est ainsi fabriquée à 90% avec les matériaux provenant de l’ancienne !
En effet l’araignée utilise deux sortes de fil pour construire sa toile. La première spirale ne sert que d’échafaudage pour donner des points d’appui. Elle est constituée de soie ordinaire. Ce fil part du centre où les rayons sont très serrés pour aboutir à la circonférence par des tours de plus en plus amples. Une fois la toile terminée, l’épeire détruira l’échafaudage en l’avalant, ne laissant que la partie centrale qui lui servira de lieu d’affût.
Une deuxième spirale, plus serrée, constituée de soie collante sert de piège pour capturer les insectes volants qui s’y laisseront prendre. Selon le célèbre entomologiste, J.H. Fabre, si l’araignée ne s’empêtre pas dans ses fils collants c’est grâce à la présence sur ses pattes d’une substance huileuse qui neutralise l’adhérence.
On observe aussi un espace vide entre la spirale gluante et le centre de la toile. Cette « zone libre » est très commode pour passer en un éclair d’un côté à l’autre de la toile en cas de danger.
Postée au centre de la toile ou à l’affut sous une feuille, mais toujours reliée par un fil appelé fil « d’alerte », notre araignée perçoit les moindres vibrations et va localiser l’endroit où un insecte vient de se prendre au piège. Les âmes sensibles peuvent passer le paragraphe suivant, mais qu’elles n’oublient pas que l’araignée détruit avant tout les insectes nuisibles que nous traquons à l’aide d’insecticides et autres désinsectiseurs.
Ayant repéré sa proie, l’araignée va la mordre pour l’engourdir grâce à son venin, puis elle la transformera en cocon en l’enroulant d’un fil de soie très serré et l’emportera dans son repaire pour savourer son festin à la manière de la plupart des araignées, c'est-à-dire en injectant l’intérieur de sa victime des sucs digestifs, puis en avalant la « soupe » ainsi obtenue…
La grosse épeire diadème que j’ai observée l’été dernier était une femelle. En effet, les mâles, sont beaucoup plus gringalets (trois fois plus petits que la femelle) et ils n’ont pas la vie facile, car la belle a l’habitude de profiter de l’accouplement pour le ficeler comme un vulgaire insecte, le mordre et lui injecter son venin. Aussi, chez les épeires, a-t-il l’habitude, pour arriver à ses fins, d’amadouer sa partenaire en lui offrant, prudemment, un insecte proprement emballé, afin d’assouvir momentanément l'appétit aveugle de cette vorace.
Pour protéger sa ponte, la femelle va tisser un cocon gros comme un œuf de pigeon, composé de deux enveloppes. Une, intérieure, destinée à garder la chaleur autour des œufs et une enveloppe extérieure chargée de protéger le nid de l’humidité. Celui-ci reste ensuite livré à lui-même car la mère meurt d’épuisement après l’avoir réalisé. L’épeire diadème ne vit qu’une seule saison alors que la tégénaire noire qui fréquente ma maison peut vivre quatre ans.
Il ne me reste plus qu’à souhaiter que mes bébés orbitèles vous donnent envie de regarder désormais les araignées d’un œil plus bienveillant en les considérant plutôt comme des auxiliaires que comme des ennemies.

14 avril 2011
Précieuse Angélique
Le Conservatoire Botanique National du Sud Atlantique (CBNSA) chargé de protéger les
espèces en voie de disparition a lancé, en 2007, un vaste programme de sauvetage d’une plante devenue rarissime partout dans le monde : l’Angélique des Estuaires. Même si l’établissement a bien d’autres sujets d’étude dans ses dossiers que la « Géante Méconnue », les actions nombreuses et médiatisées en faveur de cette plante en ont fait une sorte d’emblème de la protection de la flore dans notre région.
L'Angélique des estuaires, (Angelica heterocarpa, à ne pas confondre avec Angelica archangelica une autre espèce aux vertus médicinales), est une ombellifère (de la même espèce que la carotte), liée aux estuaires des grands fleuves subissant des remontées d’eaux saumâtres dont elle colonise les berges argilo-vaseuses.
Elle est l'une des rares espèces endémiques de la France Métropolitaine. Connue sur les seuls estuaires de la façade atlantique (Loire, Charente, Seudre, Gironde, Adour, Nive) elle est encore localement abondante et bien connue des riverains, mais a pratiquement disparu des estuaires de la Seudre, d’une partie de la Charente et devient rare sur les rives de l’Adour.
L'Angélique des estuaires est une très grande plante, pouvant atteindre 2,5 mètres de haut. Elle présente une robuste tige creuse, des grandes feuilles 2 à 3 fois pennées et des fleurs blanches en ombelles.
Longtemps considérée comme une plante vivace, on sait maintenant que son cycle de vie se déroule sur trois ans.
Durant trois ans, l’angélique accumule les réserves nutritives qui lui serviront à produire une immense inflorescence couverte de centaines de petites fleurs. La floraison qui se déroule entre juillet à aout n’intervient qu’une seule fois. Epuisée par la production de milliers de graines, la plante meurt. Beaucoup de graines seront emportées par les fleuves, d’autres seront déposées sur la vase des berges où elles germeront rapidement, donnant naissance à une nouvelle plante. 
(photo mairie-vayres.fr)
Présenté sous cet angle, l’avenir de l’angélique semble assuré. Hélas de nombreuses menaces pèsent sur sa survie comme sur celle de nombreuses espèces végétales et animales qui peuplent les berges des grands fleuves.
Le fragile équilibre de ces milieux est menacé par l’industrie qui y déverse des substances polluantes telles que les métaux lourds, les hydrocarbures, les pesticides… Par l’arrivée et l’implantation de plantes exotiques invasives comme le baccharis sur le littoral ou la jussie à l’intérieur des terres. Par un aménagement des berges inadéquat comme les remblais ou les enrochements qui témoignent d’une artificialisation du milieu. Et aussi par l’inconséquence de certains riverains qui trouvent là un endroit commode pour se débarrasser des encombrants…
A plus long terme, les changements climatiques influeront sur les corridors écologiques que constituent les estuaires par la remontée du niveau marin qui entraînera un déplacement vers l’amont du front de salinité des eaux.
Comme le souligne un responsable du CBNSA « Les espèces ont toujours disparu. Le problème, actuellement, c’est l’échelle de temps. Cela va extrêmement vite : tous les ans des espèces disparaissent. »
Le conservatoire botanique, implanté à Audenge en Gironde, en collaboration avec les autres conservatoires de France (en particulier celui de Brest pour l’angélique) travaille dans les quatre axes suivants :
1 Connaissance : Puisque pour prévenir la disparition des plantes, il faut les connaître, le conservatoire s’emploie à faire le bilan de la biodiversité dans la région Aquitaine et Poitou-Charente. Il participe à la constitution d’une immense base de données relative à la connaissance et à l’évaluation de notre patrimoine biologique.
2 Conservation : Il conserve aussi les variétés menacées en congelant certaines graines pour les réintroduire plus tard dans la nature. (réalisation d’une cryobanque de germes)
3 Assistance technique et scientifique : Il accompagne les collectivités dans leurs projets pour donner un avis, par exemple dans les cas d’implantations de carrières, de routes, de voies ferrées ou d’aménagements de bords de fleuve…
4 Information et éducation auprès du public : organisation de promenades botaniques, expositions, jardins pédagogiques…
Aujourd’hui, outre le plan de conservation par le CBNSA dont elle fait l’objet depuis 2005, l’angélique des estuaires, est protégée par l’article L.411-1 du Code de l’Environnement qui interdit sa destruction.
Nous pourrons donc encore admirer, au cours des promenades en bords de Garonne, ses grandes inflorescences blanches…

(photo mairie-vayres.fr)
08 janvier 2011
Insolite
Sur les hauteurs de la station de Combloux en Haute-Savoie, un hébergement hors du commun… une maison bulle est installée.
A deux kilomètres du centre du village, une jeune femme accueille les visiteurs au milieu de ses animaux. Depuis cet été Lulu, le bouc et Jojo l’ânon d’un mois, leur font la fête.
A 1000 mètres d’altitude, avec l’extraordinaire chaîne du Mont Blanc en toile de fond, la bulle domine la Vallée de l’Arve et sa brume. Ici, tout est transparent. On retrouve la nature à l’état pur.
Lovée dans un petit vallon entouré de bois de sapins qui dégagent cette odeur enivrante de chlorophylle, à l’abri de tous les regards, la bulle apparait tel un OVNI venu atterrir au milieu d’un champ de neige. Tout est immaculé aux alentours.
Concept d’hébergement étonnant, cette sphère de quatre mètres carrés de diamètre, entièrement transparente, permet de dormir avec la voûte céleste en guise de plafond. 
Grâce à un système de ventilation placé à l’extérieur, on retrouve le confort d’une chambre d’hôtel. Conçue pour fonctionner été comme hiver, la bulle est opérationnelle.
Révolutionnaire de par sa conception, ce mode d’hébergement ne peut que séduire les aventuriers et les amateurs d’insolite. Dépaysement assuré pour un séjour champêtre ou une soirée dégustation.
19 décembre 2010
Une petite goutte ?
L’abondance des fruits de cet été, notamment les prunes chez des amis qui nous ont approvisionné pour nos confitures, pruneaux secs et autres fruits au sirop ou encore reine-claude à l’eau de vie, m’a ramené à mon enfance …
Eau de vie ? L’abondance de fruits m’a incité à demander à Michel si je pouvais emplir un fruit en vue de me transformer à mon tour en bouilleur de cru occasionnel.
Il m’a rappelé la règlementation en vigueur que j’ai corroboré par un petit tour sur le Net.
La croyance populaire confond bouilleur de cru et distillateur ambulant. En basse Corrèze, je connais deux distillateurs dont les alambics sont fixes, et un autre qui se déplace pendant une grande partie de l’hiver.
En matière de droit, le propriétaire récoltant bénéficie d’un privilège accordé par Napoléon: il est exonéré de taxes pour la distillation de dix litres d’alcool pur ou 20 l à 50° . Ce degré est celui de l’eau de vie contenue dans la bonbonne emportée à 18 heures - cherchez pas, c’est la loi ! – par le bouilleur de cru récoltant ou amateur. Vous et moi, si l’envie vous prend de bénéficier d’un produit, on ne peut plus naturel .
Notez que ce privilège est en voie d’extinction. Transmissible ou héréditaire, à partir de 1 960 , au motif fallacieux de limiter le fléau de l’alcoolisme dans nos campagnes ou plus prosaïquement sous la pression des importateurs d’alcools forts et producteurs français de spiritueux, le législateur a interdit sa transmission entre générations, la limitant aux conjoints survivants . Ainsi, les privilégiés de l’exonération ( en matière d’eau de vie …) tendent à se réduire comme peau de chagrin. Cependant , l’Etat , magnanime, a consenti le droit à la procuration à un tiers qui bénéficie ainsi du fameux privilège.
Toutefois, le quidam ordinaire peut faire distiller des fruits, à la condition de s’acquitter des droits aux Douanes : environ 7,50 euros par litre d’alcool à 50°.
Il faudra ajouter à cela la “façon” , soit environ 3,00 euros le litre demandée par le distillateur ambulant. Elle est destinée à rembourser ses frais de fonctionnement et lui accorder une rétribution. A ma connaissance, cela ne conduit pas à la fortune …
L’alambic utilisé ici fonctionne au mazout, mais encore certains chauffent au bois comme on pourra le voir sur la vidéo :
http://www.wat.tv/video/distillateur-ambulant-9vsg_2g1c9_.html
D’autres infos sur:
Je me souviens d’André, distillateur ambulant dans les années 50. J’avais accompagné mon père à Saint-Palavy pour faire l’eau de vie de marc produite à partir des peaux, rafles et pépins restant après qu’on ait pressuré la vendange et obtenu le vin pour l’année à venir (fallait pas gâcher! ).
Nous avions chargé les comportes emplies du produit à distiller, sans oublier la bonbonne qui allait recueillir les précieux 20 litres de marc, garni la charrette de bonnes buches pour chauffer l’alambic, et nous voilà partis au pas paisible des vaches pour trois km de marche. Avons-nous passé la journée auprès de l’alambic , ou mon père est-il revenu le soir chercher la “gnole” ? Je ne me souviens pas… En revanche, je me souviens qu’il était de tradition de gouter , pour les hommes seulement, le produit coulant dans le décalitre contenant l’appareil qui mesurait le degré d’alcool.. Et si vous vous laissiez tenter par une dégustation dés les première gouttes, quand le degré était le plus élevé, l’ivresse traitresse vous guettait, et au retour, vous auriez droit à la soupe à la grimace!
En quelques images, voici le procédé observé pour obtenir ma prune 2010:
D’abord, les prunes , celles-ci, Agen sont idéales pour les pruneaux secs et les confitures, la reine claude, mirabelle ou autre vulgaire prune “bleue” appelée par ici “prune à cochons”. Notez qu’aujourd’hui, il se perd des quantités considérables de prunes car le prix de vente ne suffit pas à rémunérer la cueillette. Alors, on attend qu’elles tombent, voire on facilite leur chute en secouant l’arbre énergiquement et on emplit les paniers vidés dans les bidons qui seront fermés hermétiquement dés que les fruits auront fermenté et on attendra le passage du distillateur ambulant.
Mais me direz-vous, que peut-on faire de cet alcool que d’aucuns classeraient dans le tord boyau cher à Pierre Perret ?
J’en tiens une petite goutte à votre disposition pour trinquez si vous consentez à me rendre visite …
Et il y a tous les produits qui demandent l’intégration d’une proportion d’eau de vie
* ratafia avec le jus de raisin de la treille derrière la maison
* ratafia des mures généreusement octroyées par les ronces de ma haie
* vin de pêche à partir des feuilles du pécher
* liqueur de coings –nouvelle expérience- à la teneur en alcool plus importante
* eau de coings , excellent médicament parait-il, je ne sais plus pourquoi, mais qui se laisse boire sans raison particulière …
* abricots et prunes à l’eau de vie
* cerises idem. Celles-ci sont de 2002, mais elles ne sont pas aigries, je m’en suis assuré ce matin très tôt…
Bien sûr, la liste n’est pas exhaustive: reste encore la genibrette ( liqueur de genièvre) , l’orange piquée de 40 grains de café, ou encore les grains de muscat, sans oublier l’ineffable vin de noix .
Il est à noter que j’atténue la teneur en alcool en imitant la méthode de Maman. Je prépare une tisane (tilleul ou autre), j’ajoute du sucre en poudre et j’y intègre l’eau de vie en quantité suffisante pour obtenir, en théorie, un produit ne dépassant pas les 20°. C’est suffisant pour garantir la conservation sur un an, voire beaucoup plus .
A votre santé !!!
01 décembre 2010
Appelez-moi Nordmann
Je vous écris depuis les paysages vallonnés de mon Morvan natal, première région française productrice de sapins de Noël grâce à ses sols
granitiques et ses hivers rudes.
J’ai une pensée émue pour mes semblables qui, dans des temps pas si lointains, étaient, pour Noël, coupés en catimini dans les forêts. Cette époque est bien révolue. J’en suis la preuve.
Plan de Nordmann
(PhotoVincent Houis)
Je suis né chez un pépiniériste spécialisé où mon producteur m’a acheté à l’âge de quatre ans. Quand ma taille eut atteint 20 à 30 cm de haut, on m’a installé dans ma parcelle définitive. Sur un hectare, 8000 plants sont, en moyenne, repiqués. Une parcelle de sapins de Noël n’est pas une forêt mais une terre agricole qui monopolise les sols entre cinq et quinze ans.
Là, ma vie et celle de mes compagnons a été rude ! Voyez plutôt: aucun arrosage la première année ! Soit nous nous adaptons, soit nous périssons, ou soit encore nous finissons sous la dent d’un vorace chevreuil !
J’ai survécu ! L’avenir s’offrait à moi ainsi qu’à mes compagnons rescapés. Dès la deuxième année les employés du producteur entrent en action pour les opérations de taille. Deux fois par an ils vont nous inspecter et travailler du sécateur pour structurer notre forme. Un bel arbre de Noël doit être parfaitement conique et terminé par une flèche élégante. Nos branches basses sont élaguées pour dégager notre pied. Si, au cours de ce travail, des sujets tordus ou malades sont détectés par les ouvriers, ils sont impitoyablement arrachés et broyés sur place pour servir de compost !
Epicéas, Sapins bleus et Nordmann (Photo Vincent Houis)
Entre les mois de juillet et d’octobre les sapins prêts à être coupés pour les fêtes sont repérés, étiquetés selon leur taille, leur qualité, et leur essence. Là vous pourrez choisir entre un épicéa ou un sapin de Nordmann. Au fil des ans l’épicéa perd du terrain sur le marché des arbres de Noël, bien qu’il soit moins cher car de pousse plus rapide, il a la mauvaise habitude de perdre très rapidement ses aiguilles.
Pour savoir si votre sapin vient de France, ce qui est recommandé en termes de développement durable, il suffit de lire les étiquettes.
En toute modestie, j’espère bien obtenir celle ornée d’un petit lutin « Légende du Morvan » qui n’est décernée qu’aux plus beaux sujets et garantit que la production a été faite dans les respects des hommes et de l’environnement.
Cela me consolera de ne pas avoir été arraché dès le mois d’octobre, ceux qui ont eu cette chance seront vendus en motte et pourront (peut-être) poursuivre leur vie de sapin dans un jardin, une fois les fêtes de Noël passées.
Ce qui va suivre se déroule dans un entêtant parfum de résine : nous allons être coupés à la débroussailleuse, puis regroupés.
Nos pieds seront taillés dans une espèce d’énorme taille-crayon afin que nous puissions être fichés plus tard dans un socle en bois ou une buche qui nous garantira une bonne stabilité.
Puis nous serons chargés dans des remorques, conduits dans des fermes ou des coopératives, emprisonnés dans d’étroits filets et expédiés dans toute la France avant de nous retrouver sur vos marchés où vous viendrez nous choisir.
(Photo Denis Omnes)
Mais peut-être serais-je laissé dans ma parcelle d’origine avec les sujets d’exception, ceux qui seront conservés une quinzaine d’années, jusqu’à atteindre une dizaine de mètres de hauteur et réservés à des fêtes dans des lieux prestigieux. Je connais quelques petits ambitieux qui rêvent des lustres de l’Elysée et d’autres, carrément mégalos, du sapin de Noël du Rockefeller Center à Central Park (27m de haut) !
Pour moi, je reste simple !
(Photo: Pixibank.com)
Pour écrire cet article, j'ai emprunté les renseignements techniques au très intéressant reportage d'Aurélie Laglantine pour "Mon Jardin & ma Maison"
27 octobre 2010
Automne
J’ai retrouvé un dossier sur l’automne contenant des poèmes (sans
prétention) que j’utilisais avec les enfants de ma classe. J’ai eu envie
de les partager avec vous en les illustrant de quelques unes de mes
photos.
La libellule rouge
ouvre
la saison d’automne
Kaya Shirao
À pas menus, menus,
Le bel automne est revenu
Dans le brouillard, sans qu’on s’en doute,
Il est venu par la grand’route
Habillé d’or et de carmin.
Et tout le long de son chemin,
Le vent bondit, les pommes roulent,
Il pleut des noix, les feuilles croulent….
Raymond RICHARD
On voit tout le temps, en automne,
Quelque chose qui vous étonne,
C'est une branche tout à coup,
Qui s'effeuille dans votre cou.
C'est un petit arbre tout rouge,
Un , d'une autre couleur encor,
Et puis partout, ces feuilles d'or
Qui tombent sans que rien ne bouge.
Lucie Delarue-Mardrus
L'automne au coin du bois
Joue de l'harmonica
Quelle joie chez les feuilles !
Elles valsent au bras
Du vent qui les emporte
On dit qu'elles sont mortes
Mais personne n'y croit
L'automne au coin du bois
Joue de l'harmonica.
Maurice Carême
Voici l’automne
Et je m’étonne
Que les arbres de mon jardin
Pleurent feuilles soir et matin.
Qu’elles soient marron, jaunes ou rouges,
Au moindre souffle d’air, elles bougent,
Et s’arrachent au premier vent
Qui les emporte méchamment.
Pas la peine d’être aussi belles
Pour ne pas rester éternelles.
Jean Glauzy
Quand automne en saison revient,
La forêt met sa robe rousse
Et les glands tombent sur la mousse
Où dansent les petits lapins.
Les souris font de grands festins
Pendant que les champignons poussent.
Ah, que la vie est douce, douce,
Quand l'automne en saison revient !
Samivel
Le ciel creuse des trous
entre les feuilles d’or…
Louis Aragon
Matins frileux
Le vent se vêt de brume ;
Le vent retrousse au cou des pigeons bleus
Les plumes…
Émile Verhaeren
...Et que j’aime ô saison que j’aime tes rumeurs
Les fruits tombant sans qu’on les cueille
Le vent et la forêt qui pleurent
Toutes leurs larmes en automne feuille à feuille
Les feuilles
Qu’on foule
Un train
Qui roule
La vie
S’écoule
Guillaume Apollinaire









































