03 mars 2010
LIBERTE
Ce sont les premières images du film qui resteront associées, presque malgré moi, au dernier film de Tony Gatlif “Liberté”. Une séquence fixe où l’on a les yeux à hauteur d’une barrière de barbelés; en fond, des baraquements qui induisent que c’ est un camp d’internement. Soudain la musique, et les fils de fer barbelés se mettent à vibrer comme les cordes d’une guitare, au rythme de ce que l’on entend. Et l’impression que tout est dit, là, dans ces images: l’aspiration à la liberté malgré tout ce qui peut la réduire.
Tony Gatlif, cinéaste (Gadjo Dilo, Exils….) parle de la condition tsigane pendant la seconde guerre mondiale. On est en 1943, une famille tsigane sillonne les routes et chemins forestiers afin de rejoindre un village connu où ils pourront travailler pour les vendanges et pour jouer de la musique. Mais la guerre est passée par là, nous sommes en zone occupée et le regard porté sur eux a changé. Même s’ils trouvent aide et soutien auprès de Théodore (Marc Lavoine) maire du village et de Mademoiselle Lundi (Marie-José Croze) l’institutrice résistante, ils réalisent que d’autres qui les employaient autrefois leur sont devenus hostiles. Les lois de Vichy interdisent le nomadisme. La milice fera son office, la famille sera arrêtée et mise en camp d’internement avec d’autres. Des images fortes empreintes de silence où l’on voit la longue file d’hommes, femmes, enfants, gamelles à la main patientant pour qu’on leur serve à manger. Le maire tente alors de faire sortir la famille: pour une vente symbolique il leur octroie une bâtisse familiale, ils ne sont donc plus nomades! L’échappée ne sera que de courte durée.
Il faut parler aussi de Taloche, incarné par James Thierrée ( petit fils de Charlie Chaplin), ce personnage décalé, simplet, un peu farfadet peut être, qui court, se roule dans la terre, grimpe aux arbres, libère l’eau… Un personnage magnifique qui participe grandement à l’émotion donnée par ce film qui est drôle aussi et tragique.
Un petit remerciement à Tony Gatlif d’avoir tourné près de chez moi dans les collines du Forez….ce qui me lie un peu plus à ce film…
Et puis si vous allez voir ce film restez jusqu’au bout en silence ( et non comme ces imbéciles de voisines que j’ai eues qui se sont mis à discuter avant la fin, grrrrr…) pour écouter Catherine Ringer chanter, de sa voix si particulière, “ Si quelqu’un s’inquiète de notre absence/ Dites lui qu’on a été jetés du ciel et de la lumière/ Nous les seigneurs de ce vaste univers”. Sur l’écran s’affiche alors le nombre de tsiganes déportés dans les camps de concentration et qui ne sont jamais revenus.
(Et si après vous avez envie d’en savoir davantage sur cette extermination des tsiganes pendant la seconde guerre mondiale, voici un site qui vous renseignera:
http://www.cercleshoah.org/spip.php?article26 )
12 février 2010
In the air
Il est peut être intéressant ou curieux de se poser la question de savoir pourquoi on va voir tel ou tel film au cinéma. Qu'est-ce qui motive notre choix? Une critique entendue à la télé, un article lu dans une revue spécialisée, le bouche à oreille, le résumé, le réalisateur, l'horaire qui correspond, la présence d'acteurs....
Tout ce préambule pour dire que je suis allée voir le dernier film où joue George Clooney, uniquement parce qu'il y a George Clooney dedans!!! Et ce qui est amusant, c'est que dans la file d'attente de mon cinéma préféré, je n'étais pas la seule dans cette situation, à l'écoute des conversations attrapées çà et là... Et bien tant pis, même si ce n'est guère glorieux, j'assume ma démarche! Et le film, me direz-vous?
"In the air" de Jason Reitman aborde la problématique de vivre seul, libéré de toute entrave, ou de fonder un foyer. Ryan Bingham ( George Clooney...) est partisan de la solitude. Son travail consiste à virer des gens pour le compte de grosses sociétés qui n'ont pas le cran de le faire elles-mêmes. Il sillonne donc les Etats- Unis en avion comme il se doit et accumule des miles, ce qui semble son unique but dans la vie. Il rêve de devenir le premier homme à dépasser les dix millions de miles parcourus en avion! Il croise et recroise le chemin d'Alex au même style de vie que lui, accrocs tous deux aux hôtels de première classe.
L'histoire n'est pas très alléchante - et il est vrai qu'à la simple lecture du résumé je ne me serais pas déplacée - mais le charme de Clooney fait son effet....Les dialogues sont bons; on sourit , on rit même parfois.
On arpente de nombreux aéroports, on essaie de se repérer dans la géographie des Etats- Unis ,il y a de belles vues d'avion notamment sur les arrivées dans les villes où se rend notre héros. On va d'un hôtel à l'autre, tous assez semblables malgré tout.
Deux femmes (Vera Farmiga et Anna Kendrick) partagent les errances du héros et tiennent bien leur place dans ce film très américain. On est de plein fouet dans une vie déshumanisée où l'on se met à licencier des individus par ordinateur interposé, où on quitte quelqu'un par texto, ou les liens familiaux sont oubliés, où l'on ne s'attache à personne.
Et voir "George le séducteur se faire larguer par une fille dont il tombe imprudemment amoureux, c'est un moment en forme de revanche qui se savoure, quel que soit le sexe du spectateur." (Aurélien Ferenczi, Télérama)
04 février 2010
Gainsbourg (Vie héroique)
On a tous une mélodie de lui qui trotte dans la tête : « La chanson de Prévert », « La javanaise » ou bien « Je suis venu te dire que je m’en vais », à chacun ses références.
On a tous des images sulfureuses ou scandaleuses en mémoire du personnage.
On connait tous des noms de femmes liées à lui.
On sait son talent.
Joann Sfar, réalisateur du film " Gainsbourg (vie héroïque)", nous offre une vision personnelle, légèrement fantasmée de Lucien Ginzburg, puis de Serge Gainsbourg pour aboutir à Gainsbarre. Venu de la bande dessinée, il réalise une vision kaléidoscopique de cet homme aux multiples facettes : des pans de vie sont offerts, repassés au filtre des souvenirs.
Du petit Lucien, escorté de son double imaginaire, dans sa famille, dans ses cours de dessin, dans sa cachette en forêt (il était juif), à ses rencontres avec Gréco - le passage avec le chat est savoureux - , Brigitte Bardot incarnée par Laetitia Casta qui fait juste ce qu’il faut. Toute la première moitié du film est vraiment excellente, avec de réelles trouvailles cinématographiques en lien avec l’univers de la BD. Dans la seconde moitié, tout va vite, très vite mais pouvait-il en être autrement avec un homme tel que Gainsbourg pris de vitesse par Gainsbarre.
Eric Elmosnino incarne le chanteur avec beaucoup de talent, souvent flanqué d’un double aux grandes oreilles et aux ongles démesurés, avec lequel il doit composer. Il passe du jeune homme épris de peinture au musicien consacré tout en traversant des amours tumultueuses dans des volutes de fumées et d’alcool.
Quelques mots pour finir du réalisateur, Joann Sfar :
« Je ne veux pas voler des secrets, ou capturer le « vrai » Gainsbourg. J’essaie de raconter pourquoi je l’aime tellement. L’intimité dont je peux parler, ce sont les raisons secrètes et profondes pour lesquelles depuis mon enfance Serge Gainsbourg m’émeut à ce point. Il a touché, dans mon cœur et dans celui de millions de gens, des zones vierges, fragiles, je voudrais parler de ça, pas de ses secrets réels, mais des raisons poétiques pour lesquelles nous parvenons si facilement à nous identifier à lui. Je crois que comme tous les grands artistes, et sans doute sans le vouloir, Gainsbourg a influencé en permanence les mœurs, l’art et le politique. Il a trouvé une vitesse nouvelle, une mélodie russe sur des beats africains. »
« J’ai voulu parler d’un homme, comme on faisait dans les épopées, quand on le prend en enfance et qu’on lui tient la main jusqu’à son triomphe. Il est question de famille, de rapport au pays natal, d’amour et de la façon dont on soigne les blessures du monde. Donc oui, dans cette perspective, le Gainsbourg de la télévision n’apparaît pas au début du film, loin de là !!! Mais dès la première image du film, pour moi, c’est Gainsbourg. Pas un Gainsbourg absolu, vrai, juste, reconnaissable, juste mon Gainsbourg. »
Est-ce que vous avez vu ce film ? Donnez votre avis !
03 février 2010
Mr NOBODY
Jaco
Van Dormael est LE cinéaste belge célèbre et primé notamment pour «
Toto le héros » avec Michel Bouquet et surtout « Le Huitième Jour » avec
Daniel Auteuil et l’acteur trisomique Pascal Duquenne, éblouissant de
sincérité.( Prix d’interprétation à Cannes pour les deux !)
Après quelques années de pause, Jaco Van Dormael nous revient avec « Mr Nobody »
Un film ? Non ! Plusieurs.
Une histoire ? Non ? Multiples.
Un acteur ? Oui, Jared Leto, inconnu mais sublime.
Un thème ? Oui, le hasard
Une réflexion ? Sur le temps réel, perçu et le surréel ( je n’ose dire surréalisme.)
Attention les yeux, le film est une interconnexion de séquences virevoltantes. On va même sur la planète Mars. J’ai bien aimé le début, tout en poésie : des séquences de champs de coquelicots, une feuille morte emportée par un vent capricieux, une chanson des Andrew Sisters ( « Mr Rainman » )
– Jaco a un faible pour les airs surannés, souvenez-vous des chansons de Luis Mariano dans « Le Huitième Jour "
-
J’ai bien aimé la séquence sur le quai d’une gare : un petit garçon dont
les parents se séparent doit choisir : soit il se met à courir et
rattrape sa mère déjà dans le train et part vivre avec elle , soit il
reste auprès de son papa sur le quai, la regarde s’éloigner et choisit
de vivre avec lui.
Après…
Après, flash-back après flash-back ( j’ai arrêté de compter le nombre de
fois qu’on revoit les coquelicots, la feuille, la gare et que l’on nous
rejoue la chanson)..
Après, c’est parti pour un parcours vertigineux où on voit la vie du
héros s’il a choisi sa mère, entrecroisée avec celle qu’il a, s’il a
choisi son père. Parcours différents, lieux, amours ( belles scènes de
lit mais 1OO fois répétées )
Vertigineuse montée à bord d’une fusée en route vers Mars…
Images folles, monstrueuses, grimage du héros âgé de 152 ans, vivant dans une bulle ….
« Ameno subway » : entrelacement des rails dans un vacarme insupportable.
J’ai envie de dire : « J’avais compris, Jaco, fallait pas me le redire, me le repasser.
Oui, la vie dépend en partie du hasard et en partie de ce que nous en faisons.
Mais là, Jaco, tu en fais un peu beaucoup »
Mais peut-être n’ai-je pas tout compris…
Par exemple, pourquoi pendant 2 secondes montrer Pascal Duquenne,
propulsé dans cette histoire, juste tel qu’il est en « handicapé » dont
la mère excédée ne le supporte pas ? Pour faire plaisir à Pascal ?
Si vous allez voir ce film, n’hésitez pas à me donner un autre avis…
Sinon, courez voir « Le Concert » ! C’est un régal !
28 janvier 2010
INVICTUS
Dans la nuit qui m'environne,
Dans les ténèbres qui m'enserrent,
Je loue les Dieux qui me donnent
Une âme, à la fois noble et fière.
Prisonnier de ma situation,
Je n'ai pas gémi ni pleuré.
Meurtri par les tribulations,
Je suis debout bien que blessé.
En ce lieu d'opprobres et de pleurs,
Je ne vois qu'horreur et ombres
Les années s'annoncent sombres
Mais je ne connaîtrai pas la peur.
Aussi étroit soit le chemin,
Bien qu'on m'accuse et qu'on me blâme
Je suis le maître de mon destin,
Le capitaine de mon âme
Je ne peux que citer dans son intégralité le poème de William Henley qui se faufile à plusieurs reprises dans le film de Clint Eastwood « Invictus ». Poème souvent cité par Nelson Mandela comme un texte qui l’a aidé à traverser ses vingt-sept années d’emprisonnement.
En 1994, l’élection de Nelson Mandela consacre la fin de l’Apartheid, mais l’Afrique du Sud reste encore profondément séparée sur le plan racial et économique. Mandela va miser sur le sport et particulièrement le rugby pour créer une brèche dans les comportements. Il porte ses espoirs sur l’équipe nationale de rugby pour la coupe du monde de 1995 qui a lieu sur son territoire. L’équipe n’est pas très bonne et c’est là une des idées du film : « montrer que les grands gestes peuvent s’appuyer sur un brin de naïveté ou de folie » ( Jacques Morice, Télérama).
Voila, brièvement, le propos du film, adapté du roman de John Carlin « Playing the enemy ».
Cette division, Clint Eastwood la montre en longs plans dès le début du film où l’on voit deux terrains de jeux séparés par une route : d’un côté, de jeunes enfants noirs, pieds nus jouant au foot sur un terrain caillouteux ; de l’autre de jeunes rugbymen blancs, en tenue adaptée, s’entrainant sur une pelouse. Sur la route passe la voiture de Mandela acclamée par les noirs, sous les regards inquiets des blancs.
On est alors plongé dans cette époque comme au cœur d’une mêlée avec les souffles, les raclements de pieds, les poussées des uns et des autres. Et Nelson Mandela, incarné avec charisme par Morgan Freeman, nous délivre son extraordinaire acte de foi en l’humanité. Matt Damon, capitaine de l’équipe des Springboks, est lui aussi bien implanté dans le rôle de celui qui doit emmener ses hommes vers la victoire, sachant qu’il a plus que la confiance du président.
Ce film a généré pour moi beaucoup d’émotion, de joie, de force. Et aussi l’idée que l’on doit se battre avec soi-même, et aller puiser en soi des ressources que l’on ne se savait pas posséder.
Et puis il m’a donnée envie d’aller un peu plus loin dans ma pêche aux informations sur ce pays. Ne pas en rester là. Si cela vous dit, un article de Courrier international sur le sujet :
http://www.courrierinternational.com/article/2010/01/12/mandela-revu-et-corrige-dans-invictus
À mon avis, c’est un bon film qui ne laisse pas indifférent puisqu’il renvoie à soi.
30 décembre 2009
MAX ET LES MAXIMONSTRES
Très sympa cette soirée au cinéma avec mon fils de vingt-trois ans pour voir « Max et les Maximonstres ».
Mes
enfants ont été baignés dans la bonne littérature de jeunesse – on
n’est pas instit pour rien - . Ils ont côtoyé Maurice Sendak depuis
longtemps et Max et les Maximonstres est un classique des classiques !
Chaque année je l’ai raconté dans ma classe de Grande section de
maternelle et chaque fois le succès était assuré !
Alors le film ? Eh bien nous n’avons pas été déçus du tout !
Petit
résumé : Max ne se sent guère aimé par sa famille et son entourage.
Alors après une dispute avec sa mère, il s’enfuit, s’embarque sur un
bateau qui dérive au milieu d’une tempête et s’échoue sur une île
peuplée de monstres géants et poilus. t Contre toute attente, Max
devient leur roi ! Un titre qui lui donne du bonheur mais aussi des
responsabilités pas toujours faciles à assumer ! Max va évoluer au
contact de ces êtres, surtout face à Carol qui est un peu son double…
Le
réalisateur, Spike Jonze (« Dans la peau de John Malkovich ») développe
alors par des scènes drôles et touchantes, violentes parfois, la vie de
Max auprès de ces monstres, cette nouvelle famille qu’il s’est donnée !
Et l’on se laisse emporter dans cet imaginaire enfantin, dans ce
véritable film d’aventures qui offre une compréhension du monde de
l’enfance.
La représentation des monstres est fidèle à l’album de
Maurice Sendak, les images sont belles et le film représente vraiment un
« plus » par rapport au livre.
Ma scène préférée restera l’empilement de tous les monstres pour dormir ensemble et avoir moins peur…
C’est
une histoire tendre et déchirante, un brin nostalgique pour moi, et qui
donne beaucoup de plaisir à la regarder…avec ses enfants.
«
Max et les Maximonstres » film américain De Spike Jonze (2009) avec Max
Records, Catherine Keener, Tom Noonan…, adapté du livre jeunesse de
Maurice Sendak

















