04 janvier 2012
Bruegel, le moulin et la croix
C’est un film comme je les aime, avec suffisamment de silence et de mystère, pour que l’on puisse se tapir sur le bord et glisser entre les images insensiblement. On est là, comme en un musée, à regarder un tableau qui s’anime avec dextérité sous notre regard. “Bruegel, le moulin et la croix” est un film polonais de Lech Majewski qui base toute sa mise en scène sur un seul tableau de Pieter Bruegel “ Le portement de croix”, réalisé en 1564 pendant l’occupation des Flandres par les espagnols.
De tous les personnages peints sur ce tableau, au moins cinq cents, le cinéaste a focalisé son attention sur une douzaine que l’on suit au long d’une terrible journée. Les récits s’entrelacent entre le moulin perché, mais tellement haut que l’on note bien l‘impossibilité pratique, le travail du peintre au sein du tableau, les habitants qui se réveillent, vont au marché, les enfants qui se bagarrent, les soldats à la couleur de sang et qui le font couler et puis la Passion du Christ là au coeur des guerres de religions qui occupent cette époque. Tout est dans tout. Le silence, la lenteur, le décor d’êtres vivants même s’ils paraissent inanimés….Il y a l’histoire, mais il y a la peinture, le velouté, le tremblé, l’incertain, les fenêtres, l’arrière-plan, la lumière… Peu de paroles, juste ce qui est nécessaire à la compréhension. La métaphore de l’araignée pour soutenir la toile du film.
Il faut longtemps avant de pouvoir parler à nouveau, revenir dans la réalité et, bien sûr, se poser les questions qui surgissent après , signe que le film poursuit son travail en nous, longtemps après. Chercher à savoir où donc est ce tableau (musée des Beaux Arts à Vienne), et ne plus jamais regarder une roue sans penser à Bruegel et à ce film.
“Bruegel, le moulin et la croix” de Lech Majewski ( 2011- 1h32) avec Rutger Hauer, Charlotte Rampling,Michael York…
15 octobre 2011
Bel exercice de la langue française
Myope comme une taupe, "rusé comme un renard" "serrés commme des sardines"...les termes empruntés au monde animal ne se retrouvent pas seulement dans les fables de La Fontaine, ils sont partout. La preuve: que vous soyez fier comme un coq, fort comme un boeuf, têtu comme un âne, malin comme un singe ou simplement un ,lapin,vous êtes tous, un jour ou l'autre, devenu chèvre pour une caille aux yeux de biche.
Vous arrivez à votre premier rendez-vous fier comme un paon et frais comme un gardon et là,...pas un chat! Vous faites le pied de grue vous demandant si cette bécasse vous a réellement posé un lapin. Il y a anguille sous roche et portant le bouc émissaire qui vous a obtenu ce rancard, la tête de linotte avec qui vous êtes copain comme cochon vous l'a certifié: cette poule a du chien, une vraie panthère! C'est sûr,vous serez un crapaud mort d'amour.
Mais tout de même, elle vous traite comme un chien. Vous êtes prêt à gueuler comme un putois quand finalement la fine mouche arrive.
Bon vous vous dites que dix minutes de retard, il n'y a pas de quoi casser trois pattes à un canard. Sauf que la fameuse souris, malgré son cou de cygne et sa crinière de lion est en fait aussi plate qu'une limande, myope comme une taupe, elle souffle comme un phoque et rit comme une baleine. Une vraie peau de vache, quoi ! Et vous vous êtes fait comme un rat.
Vous roulez des yeux de merlan frit, vous êtes rouge comme une écrevisse, mais vous restez muet comme une carpe. Elle essaie bien de vous tirez les vers du nez, mais vous sautez du coq à l'âne et finissez par noyer le poisson. Vous avez le cafard, l'envie vous prend de pleurer comme un veau.
Vous finissez par prendre le taureau par les cornes et vous inventez une fièvre de cheval qui vous permet de filer comme un lièvre. C'est pas que vous ëtes une poule mouillée, vous ne voulez pas être le dindon de la farce. Vous avez beau être doux comme un agneau sous vos airs d'ours mal lèché, faut pas vous prendre pour un pigeon car vous pourriez devenir le loup de la bergerie.
Et puis, ça aurait servi à quoi de se regarder comme des chiens de faïence.
Après tout, revenons à nos moutons: vous avez maintenant une faim de loup, l'envie de dormir comme un loir et surtout vous avez d'autres chats à fouetter...
PS Auteur inconnu
17 mai 2011
Minuit à Paris
Un régal. Un moment malicieux. C’est ainsi que je qualifierai la séance de cinéma à laquelle je viens d’assister. Je n’étais pas à Cannes mais dans mon cinéma favori , et j’ai regardé le dernier film de Woody Allen “Minuit à Paris”. De très belles traversées de Paris de jour ou de nuit, sous le soleil et sous la pluie, sont offertes à nos yeux qui ne se lassent pas! La musique est envoûtante, les dialogues savoureux, une intrigue cocasse, tous les éléments sont présents pour passer un moment savoureux…et Paris, Paris, Paris!
L’histoire est à rebondissements ou plus exactement s’enfonce dans les méandres de la création artistique ou dans les arcanes du temps. Avec beaucoup de jubilation. C’est l’histoire d’un jeune couple d’Américains venus à Paris pour quelques jours. Gil ( Owen Wilson) est un auteur de séries télé et travaille sur un roman; bohème il se trouve un peu perdu dans le monde d’aujourd’hui. Inez (Rachel McAdams) est riche et frivole. Elle rêve de vivre à Malibu après leur mariage, Gil se verrait bien à Paris ( et dans les années 20 et sous la pluie…!) Nous sommes chez Woody Allen et tout est possible bien sûr. L’espace-temps est élastique: il suffit d’être assis sur des marches d’escalier, au pied d’une église, d’attendre les douze coups de minuit et de se laisser emporter par une voiture d’un autre temps! Gil se retrouve à côtoyer Scott et Zelda Fitzgerald, Hemingway, Gertrude Stein, Picasso et Adriana ( Marion Cotillard) un modèle de peintres, dont il tombe bien évidemment amoureux. Il passe ses nuits dans la féerie de ce passé et se trouve un peu en difficulté dans la réalité diurne. La magie de Paris officie. On se laisse emporter par cette fable, ce conte de fées et la musique de Cole Porter ou Sidney Bechet.
On sort du film avec le sourire, ce qui n’est déjà pas si mal, puis avec une envie irrésistible d’aller à Paris, d’arpenter encore et encore cette ville envoûtante, de marcher la nuit et de trouver ces fameuses marches magiques, d’attendre les 12 coups de minuit et de rêver que oui, tout est possible!
08 février 2011
También la lluvia
Quand un film grand public est aussi ambitieux et conduit à réfléchir sur un sujet aussi actuel que l’accès à l’eau, il ne faut pas bouder son plaisir et surtout ne pas manquer
También la lluvia : (Même la pluie)

De la réalisatrice espagnole Iciar Bollain sur un scénario de son mari Paul Laverty (le scénariste habituel de Ken Loach), También la lluvia nous entraîne dans les somptueuses montagnes boliviennes.
Sebastian, jeune réalisateur espagnol passionné (Gael Garcia Bernal)
arrive accompagné de son producteur, Costa, (Luis Tosar) 
et de toute l’équipe de tournage du film qu’il compte réaliser sur la conquête espagnole de Christophe Colomb, l’évangélisation et l’exploitation terrible des Indiens par les conquistadores.
Le budget dont il dispose n’est pas énorme pour un film d’époque, et la minceur des salaires proposés aux autochtones a été un argument de poids dont le producteur se félicite. Dès l’arrivée on comprend que les villageois recrutés pour faire la figuration ne sont pas prêt à se laisser aveugler par les mirages du cinéma.
Parmi les figurants, Sebastian remarque Daniel (Juan Carlos Aduviri) un indien dont le charisme semble exercer un ascendant sur tous les autres. Il en fera dans le film, Hatuey, le chef indien qui s’oppose et résiste à l’envahisseur espagnol. Mais on s’aperçoit très vite que c’est aussi son rôle dans le conflit qui est en train de se nouer autour d’eux, car Daniel est le leader des indiens dans la révolte qui va se déchaîner pour l’accession à l’eau.
Le film s’inspire de faits réels qui se sont déroulés en 2000, à Cochabamba, la troisième ville de Bolivie, où une multinationale vient d’obtenir du gouvernement le monopole de l’eau, sur les recommandations de la Banque Mondiale ( !). Creuser un puits devient alors un délit et tous, même les plus pauvres, se voient imposer des tarifs qu’ils ne peuvent pas payer. Des premiers heurts se produisent quand des employés de la multinationale viennent cadenasser les puits, désormais illégaux, des habitants. Des manifestations s’organisent et, le pouvoir ne cédant pas, des barricades bloquent la ville. Le président bolivien décrètera l’état d’urgence, la police interviendra violemment, il y aura de nombreux blessés et un tué. La rue finira par obtenir gain de cause, car l’Etat, redoutant une propagation du conflit à tout le pays, cèdera et reprendra à son compte la gestion de l’eau.
Mêlée, bien malgré elle à cette rébellion, l’équipe du tournage va d’abord s’acharner à terminer le film coûte que coûte, mais la situation devient vite ingérable et il est très difficile de rester neutre. Il leur faudra choisir entre soutenir la cause de la population ou poursuivre leur propre entreprise sur laquelle ils ont tout misé. Certains sont révoltés par les événements, car entre temps des liens se sont tissés entre les figurants et l’équipe du film et la situation ambiante ne les laisse pas indifférents. D’autres ont surtout peur et veulent quitter le pays avant que les remous ne les atteignent… D’aucuns n’en sortiront indemnes.
En mêlant habilement les péripéties d’un tournage, les soubresauts d’une rébellion et les exactions des conquistadors, le film nous propose une mise en écho de deux situations identiques à cinq siècles de distance, celle des Indiens Caraïbes de Christophe Colomb et celle des Boliviens d’aujourd’hui. Si les conquistadors avaient l’excuse des mœurs de leur temps, il n’en n’est pas de même de nos multinationales, qui, selon l’expression d’un des protagonistes du film, sont prêts à nous vendre « même la pluie ».
Si on peut reprocher au film un certain angélisme dans l’évolution psychologique des personnages, il n’en reste pas moins que, outre son regard engagé sur des questions actuelles, il a aussi le mérite de poser clairement la question de l’engagement de l’artiste et celle des rapports entre l’art et la vie.
Qu’ajouter pour vous donner envie de voir ce film ? Si ce n’est que les images sont superbes (il a été tourné presque exclusivement en extérieurs en Bolivie dans la selva del Chapare et dans la ville de Cochabamba) et les acteurs tous excellents.
Choisi pour représenter l’Espagne dans la catégorie de l’Oscar du meilleur film étranger, il a déjà fait l’objet de 13 nominations aux Goyas ce qui montre que le cinéma espagnol est en train de s’imposer comme l’un des plus originaux et des plus innovants du moment.
www.tambienlalluvia.com/
25 janvier 2011
Au-delà
Trois histoires enchevêtrées composent ce film de Clint Eastwood.
On est très rapidement dans le vif du sujet avec Marie ,journaliste française, incarnée par Cécile de France, que l’on voit submergée par la vague géante d’un tsunami. On la voit se noyer puis être ramenée à la vie. Elle, elle s’est sentie mourir et a vécu ce que l’on nomme une expérience de mort imminente. Elle ne sera plus la même après, hantée par ce qu’elle a pressenti à cet instant là. Marie s’éloigne de son métier de journaliste télé où elle ne semble plus assez efficace et décide d’écrire un livre sur Mitterrand et…se retrouve à faire des recherches sur précisément ces expériences hors du commun où l’on frôle la mort.
La deuxième histoire nous conduit à Londres auprès de jumeaux d’une dizaine d’années préoccupés par leur mère qu’ils se doivent de protéger pour ne pas être séparés d’elle .L’un des garçons va mourir dans un accident , renversé par une voiture. L’autre jumeau voit sa vie basculer sans son double, se retrouve dans une solitude mentale extrême et tente par différents moyens d’entrer en relation avec cette moitié de lui-même.
Le troisième récit se situe à San Francisco où Matt Damon se met dans la peau de George , un homme capable d’entrer en contact avec les morts. Un don qui l’empêche de mener une vie normale, de rencontrer des gens sereinement. Il passe beaucoup de temps couché à écouter des textes de Dickens. Il essaie aussi de prendre des cours de cuisine italienne, le moment le plus détendu du film...
On passe d’une vie à l’autre, tournant autour de cet après la mort, de cet au-delà qui interroge. Chaque personnage semble enfermé dans son questionnement, son mal être. Les destins se croiseront à la fin du film, donnant un peu d’apaisement. On se laisse transporter au sein de ces histoires. Croyant ou pas cela n’a aucune espèce d’importance. On se laisse prendre au jeu très soft des acteurs, à la simplicité et l’évidence du film. Et l’on repart avec un lot de questions et d’incertitudes au fond de la poche. Un bon film donc.
“Au-delà” (Hereafter) film de Clint Eastwood sorti en salles le 19 janvier 2010 avec Cécile de France, Matt Damon, George et Frankie McLaren…
11 décembre 2010
Le nom des gens
Excepté le titre du film que je n’arrive pas à mémoriser – mais il est vrai que c’est souvent sur les noms que la mémoire bute - “Le nom des gens” est un bon film. Décalé, tonique, pertinent, drôle, intelligent et aussi en phase avec l’actualité sur l’identité nationale: beaucoup de qualificatifs élogieux pour ce film qui m’a fait passer une très bonne soirée.
On y retrouve Jacques Gamblin incarnant le personnage d’Arthur Martin (comme celui des cuisines), légèrement paumé par sa rencontre avec Sara Forestier – Bahia Benmahmoud – jeune femme extravertie qui place haut l’engagement politique puisqu’elle n’hésite pas à coucher avec des gens de droite pour les convertir à ses propres opinions, de gauche donc. Et, d’après elle , elle obtient de bonnes reconversions! Bahia rencontre donc Arthur, quadragénaire discret, champion toute catégorie dans l’art des conversations anodines et sans risque avec sa famille, dont la mère a passé toute sa vie à occulter la déportation de ses parents juifs. Bahia a une mère française bourgeoise qui a renié ses origines et s’est mariée avec un immigré algérien. Lors d’un repas tout ce petit monde se retrouve et la scène est à l’image du film avec des vérités qui sont dites mais toujours avec humour.
Grâce à la mise en scène intelligente, des retours en arrière narratifs et visuels intéressants, ce film évoque la déportation des juifs, la guerre d’Algérie, la politique d’immigration, Jean-Marie Le Pen, les élections présidentielles ( avec Bahia en larmes car elle s’est sentie obligée de voter Chirac…), l’islam, le socialisme….sans oublier la mémoire et l’héritage que l’on reçoit de nos parents.
Un film un peu dingue mais que je qualifierai de rafraichissant!
“Le nom des gens” film français de Michel Leclerc
02 novembre 2010
Les Petits Mouchoirs
Titre du troisième film de Guillaume Canet, en tant que réalisateur, film qui m'a véritablement émue jusqu'à sortir mon petit mouchoir...
Facile, hein, comme titre ?
Du tout ! On met un petit mouchoir sur quelque chose dont on ne veut pas parler. Comme les " little white lies" en Anglais.
Et tous ces petits secrets, ces rancunes, ces espoirs , cette tendresse accumulés finissent un jour par exploser. Pour le meilleur et pour le pire .
" Les Petits Mouchoirs" aurait pu s'intituler " Vincent, Max, Marie, Véro et les autres" à l'instar du film de Claude Sautet.
Sauf, sauf, que c'est du Guillaume Canet et que ce n'est pas pareil du tout !
Certes, une bande de copains en vacances, certes un joli port au Cap Ferret, le Rosé, les huîtres...
Et aussi un formidable non-acteur, un ostréiculteur de la région appelé Jean-Louis, qui par sa présence dépasse de loin les vrais acteurs.
Il s'agit d'amitié, d'amour mais le film va plus loin dans l'intime, dans les actes manqués, jusqu'à la mort même.
On parle beaucoup dans ce film, on fume, on boit, on rit, on pleure, on fait l'amour puis on arrête tout.
Et le spectateur est malgré lui entraîné dans ce tourbillon d'êtres vrais et se reconnaîtra dans certaines scènes.
Canet n'invente rien, il regarde autour de lui et montre les gens comme ils sont, non pas des héros, mais des personnes avec leur sensibilité et leur égoïsme, leurs chagrins, leurs remords et aussi leur formidable envie de vivre et d'être ensemble.
Je ne vais pas vous raconter l'histoire, car il y en a une, sinon plusieurs...Je vous laisse à votre découverte !
Quant aux acteurs ils sont tous formidables, François Cluzet ( déjà extraordinaire dans " Ne le dis à personne !" du même G.Canet) Marion Cotillard, Jean Dujardin, Benoît Magimel, Valérie Bonneton.....
Un seul regret : que Guillaume Canet ne fasse aucune apparition dans son film !
Il dit s'y refuser : il cloisonne le métier d'acteur et celui de réalisateur.
11 octobre 2010
Cinéma et regard
Nous sommes prévenus dès le début du film: “ c’est une histoire de bruit et de fureur qui ne signifie rien…” C’est le dernier film de Woody Allen: “Vous allez rencontrer un bel et sombre étranger” qui a pour objet la peur de vieillir et celle qui la suit rapidement, celle de mourir. Il y est aussi question de l’insignifiance de nos vies ou de l’inutilité de notre existence.
Comédie où l’on parle beaucoup – on est chez Woody Allen – , on ne réfléchit guère et où l’on se voile la face tranquillement à l’image du personnage sexagénaire incarné par Anthony Hopkins qui a décidé d’être jeune et de vivre ainsi ( vêtements, amusements, remariage avec une jeunette…). Nous assistons aussi à un chassé-croisé entre les couples,, une humiliation, une escroquerie, l’emprise d’une voyante: tout y passe à un rythme soutenu!
A la fin du film, les personnages sont encore plus déboussolés qu’au début et le spectateur a souri!
Mais, si l’on ne doit voir qu’un seul film en cette saison, il n’y a pas à hésiter , ce sera évidemment “Des hommes et des Dieux”. On en a beaucoup parlé, le Grand prix du jury du festival de Cannes 2010 lui a été attribué. Xavier Beauvois le réalisateur revient sur le destin des moines de Tibhérine disparus en Algérie en 1996. Avec beaucoup de douceur, il filme le quotidien d’une vie passée dans un monastère perché dans les montagnes du Maghreb. Huit moines chrétiens vivent là auprès d’habitants musulmans. La terreur s’est installée dans la région: on propose une protection aux moines qu’ils refusent . Ils décident de rester malgré tout…
“C’est un film très accessible. Le message des moines est très simple. Il est passé au-delà de la division entre croyants et non- croyants. Il est rare dans notre société de voir des gens intelligents, passionnés, qui sont curieux de la beauté des autres, de leur religion.” confie Xavier Beauvois lors d’une interview. Les visages sont scrutés et chaque regard est porteur d’intensité. Le doute est là , bien présent, et la résistance, la peur, l’espoir aussi. Il y a des scènes que l’on n’oublie pas.
Sortant de ce film l’émotion au bord des yeux, je me mis à penser à un autre film vu récemment: “Poetry” du coréen Lee Chang-dong, où le personnage principal une grand-mère d’une soixantaine d’années suit pour la première fois des cours de poésie et , se préparant à écrire son premier poème, pose sur le monde qui l’entoure un regard neuf. “A quoi sert d’écrire une ligne de texte? En quoi les mots, les images,ou les sons peuvent-ils changer le monde? Quand j’ai commencé à écrire dans les années 1980, les étudiants se soulevaient contre la dictature, la société coréenne était malade de tous les maux: comment ne pas douter alors du pouvoir de l’écriture? Aujourd’hui, quelle signification a encore la poésie? Peut-elle modifier notre vision du monde et améliorer notre vie? “Poetry” est né de la rencontre de ces préoccupations.” confiait récemment le réalisateur du film à un magazine.
Dans cette société où l’on a du mal à trouver des valeurs qui aident à vivre, il y a des films (des livres) qui nous aident à trouver un bon angle de vue.
06 juillet 2010
L'illusionniste
Une longue silhouette, aux pantalons trop courts, qui déambule de ville en village, de train en bateau pour rejoindre une scène de music hall où il exerce son métier d’illusionniste: voilà Tatischeff, le personnage du film d’animation “L’illusionniste” dans lequel on a aucun mal à reconnaître Jacques Tati. Personnage un peu lunaire, qui pose souvent ses mains à l’arrière du dos en silence, et qui semble venu d’un autre monde.
Presque sans paroles, ou seulement quelques mots murmurés, on suit malgré tout la vie de cet homme d’un autre âge qui extrait un lapin (parfois rebelle) de son chapeau devant une salle pratiquement vide où les applaudissements sont rares. On est à la fin des années cinquante lorsque le music-hall s’apprête à vivre des transformations. Les groupes de rock font leur apparition sur les scènes et les artistes “d’avant” ont des difficultés à trouver leur public. Un illusionniste en voie de disparition: un comble! Il est obligé de s’expatrier à Londres, puis en Ecosse où il rencontre Alice, une jeune fille qui voit en lui un vrai magicien et qui décide de le suivre. Une vraie tendresse filiale va s’instaurer entre eux faite de délicatesse et d’attentions.
Le scénario de Sylvain Chomet est basé sur un script de Jacques Tati écrit en 1959 mais jamais réalisé. Le scénariste, qui a déjà réalisé “Les triplettes de Belleville”, nous émerveille avec des décors aux couleurs somptueuses et à la lumière rasante, des détails affinés qui laissent place à une vraie poésie visuelle. Il faut se laisser emporter par les images, la musique et cette douce mélancolie. Et ce jusqu’au bout!
14 juin 2010
La tête en friches
« Elle lit comme elle respire » Elle c’est Margueritte, avec deux « T », parce que son père ne savait pas comment ça s’écrivait.
Margueritte vit avec les livres depuis toujours. Alors elle fait la lecture à Germain. Parce que les mots, il les utilise, mais pour les lire, c'est une autre histoire. Le problème c’est que plusieurs mots mis bout à bout, ça devient des phrases, et les phrases dans des livres, ce n'est pas pour lui.
Entre cette petite bonne femme de 85 ans et 40kg toute mouillée, et cet homme un peu rustre de 120 kg et de 30 ans son cadet, il va y avoir les mots. Ceux qu’elle lui lit jour après jour, ceux qu’il retient parce qu’il les trouve beau.
Alors bien sûr, vous allez me dire que c’est plein de bons sentiments. Oui ! Et alors ? Un peu de douceur dans ce monde de brutes, c’est pas à la mode, je sais, mais moi ça me fait kiffer !
Alors vous allez me dire que Depardieu en fait des tonnes, comme toujours, et qu’on ne voit que lui. Oui, Et alors ? Moi j’aime cette générosité de jeu. Il ne fait pas semblant, il donne tout ce qu’il a dans le ventre quand il joue. Oui ! Voilà, Il joue ! C’est son rôle d’acteur, il joue sans retenue.
Si vous n’aimez pas Depardieu, fermez les yeux. Ce n’est pas un film qui se voit, c’est un film qui s’écoute. Alors pour ne rien rater du dialogue improbable entre Margueritte et Germain, écoutez, vous qui aimez les mots.
Vous qui aimez les lire autant que les écrire, vous ne pourrez pas rester insensibles à cette tête en friches. Et si vous êtes un émotif, vous ferez comme moi : vous irez de votre petite larme , juste après le mot FIN, quand Germain raconte Margueritte et son amour des livres, avec pour musique la belle mélodie de Laurent Voulzy.
"La tête en friches" un film de Jean Becker, un film qui coule comme une eau de source et vous désaltère le cerveau!























