Lever à 2H30 du matin. Orion étincelle dans le ciel. Je suis contente. Je ne peux que réussir l’ascension avec cette constellation fétiche qui veille sur moi ! Trois d’entre nous ont déclaré forfait. Nous ne serons que 7 à monter. Frontales allumées, deux groupes se forment tout de suite. Un groupe de « rapides » avec un guide et un groupe de « moins rapides » avec un autre guide. Je choisis le deuxième groupe. Forte de l’expérience du Semeru et de certains adages :

Qui va piano, va longo
Rien ne sert de courir, il faut partir à point

A la surprise de tous, la première partie qui nous paraissait la veille si dure, est avalée sans problèmes. La marche sur le plat incliné permet à tous de reprendre des forces. Orion est toujours là face à nous, légèrement sur la gauche. A notre droite le vide béant et noir de la caldeira. La crête est large, il n’y a pas de danger à … dévaler jusqu’au lac… Par delà la caldeira, loin vers l’ouest, les lumières de la plaine.
La pente s’accentue. Les choses sérieuses commencent. Un pas en avant, deux pas en arrière, nous glissons dans la moraine. Le rythme du groupe devient trop lent pour moi. Je bute constamment sur le guide qui me fait signe de passer.  Je me retrouve seule sur la pente. Pas assez rapide pour le premier groupe, trop rapide pour rester avec le deuxième. Au bout d’un moment, perdant patience, je fais ce qu’il ne faut jamais faire ! Je « fonce » 10 pas pour éviter au maximum de glisser en arrière puis m’arrête quelques secondes pour récupérer mon souffle. C’est ainsi qu’après avoir bataillé un certain temps dans cette moraine sans adhérence je rejoins le premier groupe à l’abri sous un rocher juste en dessous du sommet.
Le groupe reconstitué en entier nous nous installons sur le replat du sommet, face à l’est. Il fait froid. Nous nous serrons les uns les autres. Des gens continuent d’affluer. Bientôt c’est la magie du lever de soleil. A l’est, le sommet du Tambora (2821m), point culminant de Sumbawa, se profile sur l’horizon.



A l’ouest, la vue plongeante sur la caldeira est tout simplement magnifique ! Sans oublier « la silhouette oubliée de l’ouest » du Rinjani qui se détache dans le ciel pour quelques instants.


Nous ne resterons malheureusement pas assez longtemps là-haut. Trop peu vêtus, nos guides indonésiens sont frigorifiés. Il nous faut redescendre rapidement. Un peu dommage et le seul « hic » du voyage, provoquant de la frustration chez certains.
Descente tranquille. Belle luminosité. Les pentes extérieures de la caldeira magnifiques de couleurs jaune, vert, ocre, gris.

Au milieu du replat
Une petite fille en pleurs
Tout juste une dizaine d’années
Trop difficile de monter pour elle
Alors, ses parents et ses frères l’ont laissée là
Toute seule dans la nuit  à les attendre
On lui parle
On lui remonte la fermeture éclair de sa veste
On lui donne une barre de céréales
Un de nos guides reste avec elle
Le temps que ses parents redescendent
Comme si l’ascension d’un volcan
Etait plus importante qu’un enfant !
Inconscience !!

Un bon petit déjeuner au camp de base et nous dévalons le Rinjani du côté Est dans une atmosphère ouatée. Puis la pente s’adoucit et nous cheminons sur d’anciennes coulées de lave recolonisées par la végétation. On se croirait dans une savane africaine mais de profondes entailles nous rappellent que nous sommes bien sur les pentes d’un volcan !










Nous arrivons au village de Sembalunlawang où une « bétaillère » se charge de nous ramener à Senaru. C’est assise à l’arrière, l’estomac au bord des lèvres, le visage tourné vers le ciel que je remarque des arbres au feuillage luisant, à la floraison blanche abondante et à la présence de gros fruits rouges. Ce sont des anacardiers ! J’avoue ne m’être jamais posé la question de l’origine des noix de cajou que l’on grignote en apéritif avec un pastis ! Et bien voilà ! Ces délicieux fruits secs proviennent d’un arbre massif.