Semeru, on t’a eu !
Malgré tes nuages de cendre
Et tes grondements

La nuit est courte. Lever à 1H du matin pour un départ à 1H45 sous l’œil protecteur d’Orion étincelant dans le ciel.
Nous démarrons, en file indienne, frontales allumées, pas dans les pas des guides. Le sentier ne pose aucune difficulté majeure tant que nous restons dans la forêt. Au-delà, place à la pente nue, couverte de cendres et de roches volcaniques.
La marche devient plus hachée et beaucoup plus difficile. Il n’y a plus de sentier. Quelques pas et le guide s’arrête un instant, à la recherche des meilleurs passages, scrutant dans la nuit les pentes noires du volcan. Puis la marche reprend le temps de quelques autres pas supplémentaires.
Ce n’est pas le souffle qui peine mais les quadriceps ! Il faut se hisser dans le sable et les cailloux et surtout éviter de glisser et de redescendre !
Le groupe se scinde rapidement en deux. En tête nous sommes quatre avec le premier guide. Pas après pas, arrêt après arrêt nous montons. Aucun repère, aucune idée de ce que nous avons monté et de ce qu’il reste à faire. Nous avançons collés les uns aux autres, en silence, concentrés sur l’effort.
Le jour commence à poindre. Le sommet est proche. Il reste une cinquantaine de mètres à faire. Le guide et mes 3 acolytes me lâchent craignant de ne pas arriver à temps. Pour ma part ces derniers mètres sont très difficiles, comme au Népal lors du deuxième col. Quadriceps fatigués, incapable de faire plus de trois pas d’affilée.
Heureusement le sommet est là et je rejoins mes camarades en cinq minutes. Juste à temps pour le lever de soleil au dessus d’une mer de nuage. Un peu plus loin à une distance respectueuse de nous, le cratère actif du Semeru.




Quelques minutes après notre arrivée un grondement sourd monte des entrailles du cratère. Puis c’est un nuage de cendres et de vapeur d’eau qui s’élève de plus en plus haut dans le ciel avant de se dissiper dans l’atmosphère. Une légère odeur de soufre accompagne cette éruption. Le Semeru vient de nous accueillir à sa façon !




Les éruptions du Semeru sont régulières. Toutes les 20-30 minutes. Tant que c’est le cas il n’est pas dangereux. Parfois son activité volcanique est plus importante et l’accès au sommet est interdit.
Nous avons le temps d’assister à trois belles éruptions avant l’arrivée du deuxième groupe. Nous avons de la chance. Le ciel est clair et il ne fait pas froid.
Le paysage se découvre. Au Nord le sommet des plus hauts volcans de Java émergent de la mer de nuages en un arc de cercle Ouest-Est. L’arc volcanique indonésien ! Vue aussi sur le Bromo et sa caldeira, notre prochaine destination.  




Le deuxième groupe prend le temps de récupérer, d’assister à une éruption et il nous faut redescendre.
C’est maintenant que nous prenons conscience de toute la difficulté de l’ascension ! Si la pente n’est en soi pas très forte, le terrain est plutôt du genre accidenté !!




Alors nous nous laissons glisser dans la moraine. Un jeu et un plaisir. Pas question cependant de faire n’importe quoi. Surtout suivre le guide au risque sinon de se retrouver perdu et de ne pas retrouver le sentier de la forêt.
3H50 pour monter 1100 m de dénivelé dans un terrain difficile. Pas mal du tout !