« Vols soumis aux aléas climatiques »
« Vols soumis aux aléas climatiques ». Forte de mon expérience de 2009 au Mustang, j’ai pleinement conscience de tout ce que peut sous entendre cette petite phrase anodine. Ce qui n’était pas le cas des autres marcheurs du groupe.
Le lendemain de notre arrivée à Nepalgunj, nous nous précipitons dès 6 heures du matin à l’aéroport en vue de décoller direction Juphal et l’Himalaya.
Une fois les bagages fouillés par les policiers puis entassés dans un coin prêts à être enfournés dans la soute du premier avion, nous nous mettons à attendre le départ.
Si avion il y a…
Si décollage il y a….
Psychologiquement je me suis préparée à l’attente. Une attente que je sais inévitable. La seule inconnue c’est sa durée. Quelques heures, 1 jour, 2 jours… Personne ne le sait. C’est Dame Météo qui commande ici. Seule certitude, soit on part dans la matinée, soit le vol est remis au lendemain.
Pas facile d’accéder aux sommets himalayens. Il doit faire beau à Juphal (2500m d’altitude) et beau sur Nepalgunj ville soumise aux violentes pluies de la mousson. Et entre les deux, il faut que le petit avion passe entre des montagnes ! Beaucoup de conditions à réunir pour un vol réussi.
Difficile de rester concentré sur un livre quand on est ainsi fixé sur l’attente. Mais pas question de s’éloigner de l’aéroport, nous pouvons être appelés à tout instant. Alors nous déambulons par ci par là, alternant des moments à l’intérieur et à l’extérieur à la recherche d’ombre et de fraicheur.
Peu à peu l’aéroport se remplit. Les allées et venues des nouveaux arrivants nous distrait un peu. Plus tard c’est un cheparro (lézard) qui m’occupera quelques minutes, tout perlé de l’averse qu’il vient de faire.

Je finis par m’allonger dans l’aéroport sur un banc pour somnoler, indifférente à la télévision qui gueule à tue tête un feuilleton indien « soap opéra ».
Alors que je finis par réellement somnoler, une main me secoue. « Viens ! Nous partons ! ».
Nous avons de la chance ! QUE 2H30 d’attente !
Ce ne fut pas tout à fait la même chose lors du retour Juphal – Nepalgunj à la fin du trek.
Quelques jours avant d’arriver à Juphal, « Himalaya moquette » rapportait que les vols entre Juphal et Nepalgunj étaient stoppés depuis plus d’une semaine. Aucun créneau de vol possible. Le groupe de marcheurs qui devait nous suivre dans le Dolpo a du se rabattre sur un autre trek, plus bas dans la vallée. A ces nouvelles, la tension et l’inquiétude ont commencé à monter dans le groupe.
Ce qui a finit par aboutir à un repas du soir mémorable. Certains se sont mis à lancer des ultimatums aux guides :
« Je dois être à Paris à la date prévue ! » ; « Je veux être à Katmandou demain soir. »
« Hors de question de payer une nuit supplémentaire à Katmandou » ; « Quel plan B avez-vous prévu ? Comment allez-vous nous redescendre ? »
Parmi ces râleurs, un trentenaire, chef de projet en informatique. Le même qui n’a pas accepté qu’il ait plu aussi souvent durant le trek. Le même qui n’a pas accepté qu’aux cols à 5000m nous soyons dans la purée de pois au lieu de pouvoir admirer la somptueuse chaine enneigée des plus hauts sommets himalayens !
Je finis par sortir de ma réserve et par exploser ! « Arrêtez un peu !! ». Et de dire que oui on peut être bloqué un ou deux jours. Que cela m’était arrivé lors de mon trek au Mustang. Et que personne ne commandait la météo et encore moins nos guides.
C’est dans cette ambiance tendue et dans la division que nous avons entrepris notre dernière matinée de marche jusqu’à Juphal.
En arrivant nous apprenons qu’aucun avion n’a pu arriver ce matin. Que la météo n’est pas bonne sur Nepalgunj. Il reste un espoir jusqu’à 2-3 heures de l’après midi.
Partirons-nous ce soir ??