Kaléïdo'blog

Blog journalistique à plusieurs mains

27 juillet 2012

Les lectures des otages

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On entre sur la pointe des pieds dans les récits de Yôko Ogawa. Avec l’envie d’être une petite souris et de se cacher dans un coin du livre, de se laisser tout simplement recouvrir des mots et du phrasé de cette auteur japonaise, puis de rester cachée là et de n’en pas ressortir.

Le dernier livre traduit en français aux éditions Actes Sud par Martin Vergne, “Les lectures des otages” n’échappe pas à cette étrange attraction. Huit récits sont la chair du livre. Les  récits de huit touristes étrangers pris en otage et dont, après la mobilisation médiatique, le sort est oublié lentement. Seule une ONG garde un contact avec eux par le biais d’un micro introduit dans le lieu d’emprisonnement. Chacun d’entre eux entreprend de rédiger, avec des moyens de fortune, puis de raconter à ses compagnons  un souvenir marquant de sa vie.

Ecrivons un souvenir, n’importe lequel, et racontons-le. Pas en le disant tel qu’il s’impose au souvenir, mais en l’écrivant d’abord avec précision, ainsi il aura plus de chances d’être transmis correctement. Nous avons tout le temps de nous concentrer sur l’écriture. Nous n’avons pas besoin de vouloir lutter les uns contre les autres à qui écrira le mieux. Ce qui nous est nécessaire maintenant, c’est de réfléchir consciencieusement et de tendre l’oreille. Nous n’avons pas besoin de chercher à savoir quand nous serons libérés. Le futur, quel qu’il soit, n’abîmera jamais le passé enfermé au fond de chacun de nous. Il nous suffit de le recueillir doucement, de le réchauffer sur notre paume et de le lancer sur l’embarcation des mots. Et nous tendrons l’oreille au sillage de ces embarcations.

C’est donc un récit à plusieurs voix qui se déroule dans ce livre mais avec les lignes forces de l’importance de la mémoire, le bouleversements d’une rencontre, la solidarité toute simple, celle qui se joue à l’échelle d’homme, sans oublier la force de l’écriture.Certains récits offerts vont ainsi nous embarquer dans un univers de simplicité et de grandeur dont on aura beaucoup de mal à se remettre. Dans “ La salle des propos informels B”, un des otages raconte qu’il est entré par hasard dans ce lieu où se déroulent toutes sortes de réunions comme celle venant au secours de langues qui disparaissent, et que là il a en quelque sorte trouvé son chemin vers l’écriture.  Un autre évoque le jour où, enfant, il a laissé entrer “la fille d’à côté” malgré l’interdiction de sa mère et où il assiste alors à la fabrication d’un consommé pour une vieille dame mourante:

"Le morceau fut entièrement haché. Du seul fait de ce changement de forme, l'aspect de la viande était totalement différent. La vigueur brute s'était retirée à l'intérieur pendant qu'au contraire le sang diffusait vers l'extérieur, la fraîche couleur écarlate prenant une teinte plus sombre de garance. Après l'intervention de la fille, la viande s'étalait sur la planche à découper comme un ascète en contemplation."

Comme les autres livres de Yôko Ogawa déjà lus, celui-ci résonne longtemps après avoir lu les dernières lignes. Il incite à se poser et à choisir à notre tour cet instant important de notre passé, un peu charnière, à le réchauffer et tout simplement avec les mots de tous les jours , à le coucher sur le papier pour qu’il vogue à son tour.

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Yôko Ogawa “Les lectures des otages” (Actes Sud février 2012)

Posté par Bruyere à 10:29 - Lectures - Vos réactions [2] - Articles rédigés par :

Commentaires sur Les lectures des otages

    Merci pour ce retour de lecture Bruyère, qui me donne envie de lire ce livre.

    Posté par cassy, 30 juillet 2012 à 16:21 | | Répondre
  • Merci Bruyère pour cette présentation d'un livre qui semble en effet bien intéressant.

    Posté par trainmusical, 02 août 2012 à 10:08 | | Répondre
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