SCAN VIVEMENT

Marie-Sabine Roger nous avait régalé avec son roman " La tête en friche", adapté au cinéma par Jean Becker avec notamment  Gérard Depardieu !

Elle récidive en nous racontant avec chaleur et drôlerie une histoire d'une justesse rare sur notre époque.

Ses personnages sont des paumés, des jeunes quelque peu désoeuvrés et on se demande bien ce qu'ils vont devenir.

Il ya  Olivier, surnommé le Mérou, glandeur de première, qui passe ses journées au bord du canal à boire des canettes de bière, qu'il jette à l'eau dans l'objectif ultime d'arriver à y construire une pyramide.

Et son pote Cédric, qui ne s'intéresse pas à grand'chose depuis que sa petite amie l'a largué.

Et puis, Alex...

Alex, le garçon manqué dont elle a l'apparence, qui bosse à l'usine à poules et poussins et loge provisoirement ( ça fait 3O ans qu'elle fait dans le "provisoire", changeant de ville, de mec, de job, jamais d'attaches !) chez Bertrand et Marlène. Bertrand aussi travaille à l'usine, pas Marlène.

Marlène, elle, se morfond toute la journée à "garder"  Gérard, frère de Bertrand, surnommé " Roswell" .Elle rêve de vacances, de montagne et surtout elle veut larguer " le neuneu" ( "y en a bien qui abandonne leur chien !")

Gérard ne ressemble à rien, il est cabossé de partout physiquement  et dans sa tête aussi, ça tourne fou ! Il s'exprime, si l'on peut dire dans un langage propre ou " Oui" se prononce "  Hhhui" et se limite à " Oké-scheff" et " Sschupper"

Mais Gérard se marre tout le temps et Alex va lui tendre la main, le sortir, lui parler. Et puis tout ce petit monde va se rencontrer, se cogner et finalement se mettre debout et avancer. Et petit à petit, chacun va arriver, d'abord à trouver un rêve, un but et ensuite, avec plein de vilains accrocs, le réaliser !

Et cela donne des pages bouleversantes, drôles et touchantes comme quand Roswell se met à chanter et réciter des poésies que sa maman (décédée) lui apprenait quand il était petit:

Nous sommes toute la vie

Quel jour sommes-nous

Nous sommes tous les jours

Mon amie

Mon amour

Nous nous aimons et nous vivons

Nous vivons et nous nous aimons

Et nous ne savons pas ce qu'est la vie

Et nous ne savons pas ce qu'est le jour

Et nous ne savons pas ce qu'est l'amour"

J'ai pour ma part retenu cette citation de Guillevic dans le livre :

"Il y a des monstres qui sont très bons

Qui s'assoient contre vous les yeux clos de tendresse

Et sur votre poignet

Posent leurs pattes velues"

Ne pas se fier aux apparences, croire en l'avenir en rappelant que " Dans les maternités il n'y a que des princesses et des princes charmants dans les petits berceaux en plastique ! Pas un seul nouveau-né qui soit découragé, déçu, triste ou blasé, pas un seul qui arrive en disant : " Plus tard je bosserai en usine pour un salaire de misère. J'aurai une vie de chiotte et ce sera super. Tra-la-lère"

editions La Brune 19 Euros