Au tout début de ce 21ème siècle, il avait l’allure d’un vieil oiseau déplumé. La foudre vengeresse l’avait décapité. Plus loin, à la plantation d’un arbrisseau,il souriait: ce n’est pas demain la veille qu’il lui ferait de l’ombre. Puis, le temps avait passé…

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Le sapin voisin s’était élancé vers le ciel et faisait l’orgueil de Maurice, l’occupant des lieux. Celui-ci vantait son bel arbre, susurrant que l’autre là-bas, le sapin de “la” Marie lui faisait honte.

Tour à tour, Marie et Maurice sont partis vers un autre monde où, peut-être évoquent-ils leur passage sur cette terre et le bon temps passé à l’ombre de leurs arbres respectifs.

Et au grand dam du sapin déplumé, l’extrémité de ses branches dépérissait, signe d’une mort prochaine. S’était-il réjoui, le grand échalas de voir s’ériger, à quelques petits pas, un abri pour cet engin bruyant et fumant,  l’automobile ? Il n’avait pas été sans remarquer le regard sournois du remplaçant de Marie qui le toisait  comme s’il estimait déjà le métrage des planches futures… 

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    A trois lieux du vieux sapin, il y  a ces noyers plantés  juste après-guerre quand le petit garçon, campé à côté de la petite mal assurée sur ses gambettes, mais néanmoins fière de son ruban,  pose tout à côté de la Marquise qui en pince pour son jeune maitre.

Il y  a trois ans à peine, en 1948 c’était les noces de la maman de la petite fille, évènement s’il en est!

Et passe le temps…

2012, la petite au ruban est une mamie comblée, mais hier, sa petite fille, le visage ruisselant de larmes, lisait à l’église un mot d’adieu à son arrière grand-mère, la jeune mariée d’hier qui s’est éteinte à 83 ans.

                         numérisation0270          Oui, le temps a passé, le nouveau propriétaire a imposé son sceau: il a érigé un mur surmonté par un symbole que n’eut pas forcément aimé le planteur de noyers du temps jadis. Il n’aurait pas aimé le panneau “voie privée” interdisant le passage de ce chemin communal emprunté par de si nombreuses générations quand la marche à pied était encore le mode de locomotion le plus usité…  

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Du côté du vieux sapin, ça bougeait aussi…numérisation0053

Le 20ème siècle s’achevait quand s’annonçait une mutation… observée par le vieux sapin.

Il n’imaginait pas encore que, désormais, ses jours étaient comptés!

Il avait déjà vu, posée à ses pieds cette machine tonitruante, ne se  doutant pas qu’elle mettrait un jour un terme à sa vie.

beau-sapin--nostalgieC’est fini: il vacille un instant avant de s’abattre à grand fracas. Il ne reste rien de sa splendeur, fut-elle finissante, comme en ce début de 21ème siècle. Rien, si ce n’est les planches qui sèchent en attendant de finir en étagères… Le petit garçon de la photo en noir et blanc est devenu un retraité qui a un jour jugé que sa sécurité était menacée par le vieux sapin.

 

Plus loin, dans le domine réservé de Gastounet, le jeune cèdre tente de justifier sa réputation d’arbre à croissance rapide

neige--14-fev-2012Ephémère, la neige donne au jeune cèdre et au sapin d’un noël précédent l’impression de vie éternelle.Que savent-ils de la vie, ces jeunots, eux qui ne peuvent même pas se targuer d’une expérience supérieure à une décennie… Exagération de la comparaison ? Ils ne représentent guère plus que l’instant où le chien noir agace Gastounet, le jars qui est lui aussi, au regard de Carlita, sa compagne, un mâle à l’âge respectable…

Tout n’est que temporaire en ce bas monde, n’en déplaise au sapin voisin qui, ce matin, sous la mince couche de neige, parait nous narguer. neige-14-02-2012

Selon le Dictionnaire ,  fugace, fugitif, momentané, passager, précaire, temporaire, transitoire sont autant de synonymes  du mot éphémère.

Serions-nous, arbres, maisons et êtres humains, au regard de l’éternité  des éphémères ?

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