Kaléïdo'blog

Blog journalistique à plusieurs mains

22 février 2012

Opération truffes (1)

1ère étape : Un petit tour au marché de Richerenches dans le Vaucluse


Marché pour les professionnels (grossistes et restaurateurs) qui a lieu tous les samedis de décembre à février-mars. Y aller, juste pour le plaisir des yeux. Ne pas s’attarder dans la rue principale où les stands pour touristes s’empilent les uns sur les autres : vins régionaux (parfois plus bio que bio), olives, huile d’olive, tapenades, herbes aromatiques, plants truffiers, truffes….
Préférer trainer dans la rue perpendiculaire. L’odeur des truffes assaille alors nos narines ! C’est là que cela se passe ! C’est là que les tractations ont lieu. A voix basse, au cul des voitures. Difficile de s’approcher, les curieux ne sont pas les bienvenus.
Des groupes compacts d’hommes et de femmes s’agglutinent près des coffres ouverts, attendant leur tour, sac plastique, cabas, sac de jute, plus ou moins lourds plus ou moins remplis serrés contre eux.
Un coup d’œil à droite et à gauche et le vendeur ouvre prudemment son sac. Juste ce qu’il faut pour permettre à l’acheteur de jeter un œil, de sentir les effluves des truffes, voire d’en sortir une pour la canifer. Le verdict tombe vite, très vite.


Ici, un signe de tête négatif, la marchandise ne convient pas : « brumales ! Ça ne m’intéresse pas ». Le vendeur est débouté sans appel. Il tentera sa chance ailleurs, au cul d’une autre voiture.
Là, une bribe de conversation :
- Vous venez d’où ?
- D’Ardèche
- Terrain caillouteux ?
- Oui
- Elles sont toutes déformées mais elles sont de belle qualité
Vient un chiffre lâché à voix basse : « 400 ».
Ailleurs, un bout de papier griffonné et présenté discrètement dans le creux de la main. Se décider et vite. Peu de place au marchandage.
Affaire conclue ? L’acheteur sort son peson du coffre et pèse le sac. Les truffes sont ensuite vidées dans un bac dans le coffre de la voiture et le vendeur repart son précieux papier en main qu’il échangera plus tard contre de l’argent.
Plus loin, une voiture coffre ouvert sans grand monde autour. Je peux m’approcher et regarder. J’arrive même à engager la conversation. C’est un pépiniériste qui achète des truffes pour ensemencer des jeunes plants. Il veut la meilleure qualité. Je le regarde canifer des truffes et trier les meilleures, celles qu’il achètera.

Deux hommes viennent le voir, un sac poubelle noir rempli de grosses truffes. Un rapide coup d’œil, quelques canifages et le pépiniériste les renvoie aussi sec. Il n’achètera pas. Les hommes partis, il appelle son collègue et discute avec lui à voix basse en désignant de la tête les hommes au loin. A ma demande, il accepte de m’expliquer :
« Des espagnols. Leurs truffes ne sont pas fraiches, elles ont au moins quinze jours de frigo. En plus, ils les ont poncées avec du sable pour les rendre plus rondes. »

Ne nous trompons pas ! Sous des dehors de maquignonnage et de foire à bestiaux, le marché de Richerenches est le plus important d’Europe. 30% de la production de truffe française passe par ce marché. 50% des truffes du Sud Est transite ici.
Un marché réputé !

Posté par kaleido-blog à 08:00 - us et coutumes - Vos réactions [2] - Articles rédigés par :


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