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C’est un film comme je les aime, avec suffisamment de silence et de mystère, pour que l’on puisse se tapir sur le bord et glisser entre les images insensiblement. On est là, comme en un musée, à regarder un tableau qui s’anime avec dextérité sous notre regard. “Bruegel, le moulin et la croix” est un film polonais de Lech Majewski qui base toute sa mise en scène sur un seul tableau de Pieter Bruegel “ Le portement de croix”, réalisé en 1564 pendant l’occupation des Flandres par les espagnols.

De tous les personnages peints sur ce tableau, au moins cinq cents, le cinéaste a focalisé son attention sur une douzaine que l’on suit au long d’une terrible journée. Les récits s’entrelacent entre le moulin perché, mais tellement haut que l’on note bien l‘impossibilité pratique, le travail du peintre au sein du tableau, les habitants qui se réveillent, vont au marché, les enfants qui se bagarrent, les soldats à la couleur de sang et qui le font couler et puis la Passion du Christ là au coeur des guerres de religions qui occupent cette époque. Tout est dans tout. Le silence, la lenteur, le décor d’êtres vivants même s’ils paraissent inanimés….Il y a l’histoire, mais il y a la peinture, le velouté, le tremblé, l’incertain, les fenêtres, l’arrière-plan, la lumière… Peu de paroles, juste ce qui est nécessaire à la compréhension. La métaphore de l’araignée pour soutenir la toile du film.

Il faut longtemps avant de pouvoir parler à nouveau, revenir dans la réalité et, bien sûr, se poser les questions qui surgissent après , signe que le film poursuit son travail en nous, longtemps après. Chercher à savoir où  donc est ce tableau (musée des Beaux Arts à Vienne), et ne plus jamais regarder une roue sans penser à Bruegel et à ce film.

Bruegel, le moulin et la croix” de Lech Majewski ( 2011- 1h32) avec Rutger Hauer, Charlotte Rampling,Michael York…