28 juillet 2011
Correspondance de guerre –4-
Dimanche le 13.12.1914
Chers parents,
Juste au moment que je viens de recevoir le colis que vous venez de m’envoyer, c’est à dire la chemise, je prends la plume à la main pour vous dire de mes nouvelles. Je vous dirai que nous avons changé de place, nous sommes descendus plus en arrière dans une petit patelin entre Lilles et Arras dont je ne peux vous le dire parce que je ne sais pas comment il s’appelle. Enfin, je sais que nous sommes bien, nos chevaux de l’escouade sont logés dessous le hangar de l’école et nous nous couchons dans le couloir de l’école et puis le soir nous allons nous chauffer au poêle de l’école et donner des instructions à l’institutrice, qu’elle se trouve de posséder un âge inférieur au notre, c’est à dire 18 ans, ce qui peut pas y avoir plus offrable pour nous. Elle nous coud nos boutons et nos tuniques et culottes et enfin tout ce que nous avons à réparer, et puis elle nous raconte ses vers et fables qu’elle sait, ce qui nous intéresse le plus à nous.
Je vous dirai qu’à présent que l’on est au repos, il n’y a pas de retard du tout, j’ai reçu la lettre ainsi que le mandat hier soir et le colis aujourd’hui et je suis bien content de l’avoir reçu quoique, à présent que l’on est au repos, l’on peut faire laver mais quand on est sur le front, que l’on retourne une fois tous les 8 jours pour se reposer, l’on a pas envie de laver du tout.
Je vous dirai qu’aujourd’hui j’ai reçu 5 lettres, une de mon frère, qu’il est toujours bien portant et qui me raconte sa situation, ce qui me plait le plus, et il n’a pas l’air d’être bien malheureux s’il y a 2 mois qu’ils sont retranchés sans bouger, ça n’a rien de sale pour eux. L’autre de Fernand, l’autre de vous et l’autre de Constance qui m’envoie un passe montagne, mais je ne l’ai par reçu encore. J’attends de l’avoir reçu pou lui faire savoir de mes nouvelles. Et l’autre de St Colomb qui m’apprend bien des nouvelles ainsi que vous cette fois-ci. Voilà ce qui me plait et qui me fait passer un moment de contentement, quoique je ne me fais pas de bile, ça n’y fait rien quand on reçoit des nouvelles de chez soi, c’est chez soi, l’on se rappelle du temps jadis et de la vie que je menais quoique jeune encore. Jamais je me repentirai de n’avoir abuser tout ce que j’ai pu, que de soirs que j’ai passé autour de ce pauvre Lauzun, que tant de fois vous auriez voulu savoir où j’étais et que vous en avez jamais rien su, et que vous en saurez jamais rien du tout. Où j’étais et où je passais mon temps, pas un jeune homme de 18 ans n’a jamais passé une si belle période comme votre fils a fait et il ne s’en repend pas, parce qu’à présent il s’en passe pas beaucoup de l’amusement, mais que voulez-vous, il faut un temps pour l’autre.
Je suis toujours en bonne santé et je vous dsire de même.
Votre fils qui ne s’en fait pas
Amédée S
8ème cuirassier
4ème escadron
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Ce sont des lettres touchantes, d'autant plus que ce qui est écrit laisse percevoir tant de choses non-dites entre les lignes. Il semble qu'il n'y ait eu que deux pôles opposés: d'un côté l'attente, de l'autre, le front et ses horreurs! Et dans les familles, l'angoisse présente à chaque instant ![]()
D'accord avec Mésange !
Et touchant cette naïveté, de regrets de jeune homme.
Et qui se veut rassurant " vore fils qui ne s'en fait pas !"
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