20 juillet 2011
Correspondance de guerre –3-
Laval sur Tourbe 26 octobre 1914
Chers parents
Ne recevant pas d’autres nouvelles, je viens vous donner des miennes et je vous dirai qu’elles sont toujours excellentes, je me porte toujours très bien, et je pense que vous êtes de même, et je viens par la même occasion vous importuner un peu. Ne pouvant pas dépenser l’argent, l’on ne peut rien acheter non plus et à présent que je suis assez monté pour voir venir l’hiver sans crainte, je serai content que vous m’envoyez quelque chose pour bouffer avec mon pain et si c’était possible de m’envoyer quelques prunes dans un colis ainsi qu’un peu de fromage, et si c’était possible, y mettre au milieu un petit flacon d’eau de vie, si vous aviez quelques boites de conserve de reste en mettre une, et aussi un peu de camphre en poudre pour priser, et en tablette dans un petit sachet, pour mettre sur la poitrine car il parait que ça préserve des épidémies et je vous promets que ça n’est pas étonnant qu’il y en ait car on n’a pas toujours de bonnes odeurs.
Et aussi si vous pouviez y ajouter quelques boites d’allumettes.
Les choses vont toujours la même chose, nous sommes toujours au milieu des bois dans la terre comme les vieux gaulois, et les boches ne sont pas trop récalcitrants depuis une huitaine de jours, à part quelques coups de canons et de fusils de temps en temps et qui ne sont du reste pas dangereux, et c’est tout.
Mais dans le nord ce n’est pas la même chose et il parait que ça barde autant pour ceux qui sont là-bas, que ça le faisait pour nous il y a 3 semaines, mais que voulez-vous, c’est à chacun son tour, et en attendant la classe arrivera.
Il parait qu’il y a beaucoup de poilus qui n’auraient pas donné de leurs nouvelles depuis longtemps et qui ont écrit dernièrement chez eux et leur ont fait savoir qu’ils étaient prisonniers de guerre.
Dans la prochaine lettre, vous me direz s’il y en a tellement qui manquent, que je le souhaiterais de tout cœur pour eux.
Guère rien plus à vous dire pour le moment. En attendant de recevoir le petit colis, votre fils affectionné qui vous embrasse
Gabriel: ce n’est plus que 698 au jus
















