Kaléïdo'blog

Blog journalistique à plusieurs mains

23 juin 2011

Les larmes du saule blanc

Soleil radieux-
Sous la frondaison du saule
Bitume détrempé
Gouttes d’eau sur le visage
Des promeneurs étonnés

« Normal ! Tous les saules pleurent ». L’affirmation catégorique de ma compagne de marche me laisse sceptique. Je pourrais même dire que mon ego en prend un coup ! Moi qui me targue de connaitre les arbres, j’aurais pu passer à coté d’une telle évidence ! « Tous les saules pleurent » !?
Ce n’est pas le moment d’épiloguer. Nous devons détendre les chiens avant que le stage d’obérythmée ne commence.
De retour chez moi, je surfe sur le Net. Comme pour tout, je dois trier le bon grain de l’ivraie. Il ne manque pas d’explications farfelues. Et dans le genre la meilleure est la suivante : « Quand il fait chaud le saule évacue son trop plein de sève et c’est ce qui goutte ».
La sève des arbres est l’équivalent du sang chez l’homme. Vous vous imaginez voir votre sang s’égoutter quand il fait trop chaud !!
Heureusement je lis une explication qui me semble beaucoup plus rationnelle. Mais impossible de vérifier. Je suis à 500kms du saule en question.
Un an après, mai 2011
Je me promène en bordure d’un lac quand je reçois quelques gouttes sur la peau alors qu’il fait un soleil radieux. Je lève la tête : je suis sous un saule blanc. Je regarde le sol : il est détrempé. Mes neurones ne font qu’un tour. Cette fois-ci j’en aurais le cœur net !
Je sais quoi chercher et je repère très vite les nombreux crachats de coucou sur les branches du saule.


A l’aide d’un petit bâton je tripatouille dans ce manchon d’écume et je mets la main sur les coupables.

 

Assoiffés de sève
Bien à l’abri dans l’écume
Chapelets de larves

 

 


Et voilà ! Mystère résolu ! Il s’agit bien des larves d’un insecte de la famille des cercopes. Probablement Aphrophora salicina. Insecte piqueur-suçeur, sa larve se nourrit de la sève du saule. La sève étant surtout riche en eau, la larve doit en consommer une très grande quantité afin de trouver tous les éléments nutritifs dont elle a besoin pour son développement. Du coup elle rejette par l’anus la sève en excès et de plus elle y injecte de l’air pour former cet amas d’écume que l’on nomme crachat de coucou. Ce crachat spumeux la protège des prédateurs et des rayons de soleil. Et au passage s’égoutte allégrement sur le sol et sur les passants inconscients…
Un mois plus tard, j’ai l’occasion de repasser par ce petit lac.

Je m’arrête un instant. Les saules ne pleurent plus.

 

Il ne reste plus
Comme seules traces témoins
Que ces exuvies

Posté par kaleido-blog à 08:00 - Ecolo - Vos réactions [3] - Articles rédigés par :


Réagissez à l'article

Très intéressant Sherkane ! Merci pour cette leçon sur la nature.

Réaction de brigou, 23 juin 2011 à 15:58

Ah oui, j'aime beaucoup ton article qui m'apprend quelque chose et tu sais rendre ta connaissance accessible. Merci et bravo!

Réaction de plumentete, 23 juin 2011 à 21:16

Encore une nouveauté pour mon savoir, grâce à Sherkane. Très intéressant, merci et bravo.

Réaction de trainmusical, 04 juillet 2011 à 05:03







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=682456&pid=21444570

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :