17 juin 2011
Les mots d'Ingrid B.
Enfin, enfin, j'ai terminé la lecture tant attendue du livre d'Ingrid Betancourt " Même le silence a une fin !"
Enfin, car ce n'est pas un "livre de chevet", c'est un récit bouleversant qui vous poursuit après lecture, vous remet en question, assez "dur" à lire d'une traite ! Car la détention d'Ingrid B. ne fut pas une partie de plaisir, les conditions souvent atroces, les tensions entre les gardiens Farc et les prisonniers parfois insoutenables.
Les multiples changements de campement, les longues marches dans la jungle, les insectes, serpents et autres caïmans complètent une histoire hallucinante.
Le courage, la détermination et la générosité d'Ingrid, sa foi en Dieu et dans les hommes, son inébranlable force de caractère forcent l'admiration.
Malgré d'autres versions écrites par Clara, sa co-détenue ou encore par son ex-mari ! A vérifier, je ne prendrai pas position sur ce plan.
Laissons la parole à Ingrid :
" Je suis devenue un être complexe. Je n'arrive plus à sentir une émotion à la fois, je suis partagée entre des contraires qui m'habitent et me secouent. Je suis maîtresse de moi-même, mais petite, fragile, humble car trop consciente de ma vulnérabilité et de mon inconséquence. Et ma solitude me repose...."
" ....car n'est-ce pas cela que Dieu offrait en récompense dans le Cantique des Cantiques, le repos. Il faut vieillir pour apprécier la paix..."
" Dans la jungle, on ne pouvait pas contrer le manque de considération d'autrui. Il n'y avait pas d'antidote à l'agressivité et au "sans-gêne" J'étais instinctivement contre la brutalité, j'avais cru qu'il était possible de s'expliquer. J'ai vite compris que raisonner était vain lorsque l'autre tenait à imposer son bon vouloir. Nous vivions en huis clos, sans lois et sans juges "
" La Jungle a fait de nous des cancrelats; La cohabitaiton obligatoire tourna au supplice. Clara, enceinte, fait l'unanimité contre elle. L'enfer, c'est les autres !"
" Je me découvrais dans le miroir des autres. La haine, la jalousie, l'envie, l'avarice, l'égoïsme, c'est en moi que je les observais. J'ai été choquée de m'en rendre compte et je n'aimais pas ce que j'étais devenue ! Maintenant quand j'écoutais les critiques des autres à mon égard, je me taisais. Moi aussi j'avais couru aux marmites pour avoir les meilleurs morceaux, moi aussi j'avais envié une paire de chaussettes ou une écuelle plus grande et accumulé des petits stocks de nourriture pour assouvir ce qui ne peut que s'apparenter à l'avarice "
" il y avait dans notre psychologie de prisonnier, une tendance masochiste à croire que ceux qui luttaient pour notre liberté le faisaient pour des raisons opportunistes : nous ne pouvions pas croire que nous étions encore dignes d'être aimés"
Ingrid parle des liens d'amitié tissés au fil des années de détention avec Lucho, un politicien colombien, arrêté bien avant elle, avec Marc ( plus ou moins une amitié amoureuse mais qui s'arrêtera à leur libération), avec ses gardien(ne)s. Ils ( elles ) lui apprennent la couture, le tissage. Elle leur apprend le Français. Quand tout va bien et que le chef de camp est permissif...
Elle n'évite pas le sujet délicat de Clara. Clara l'a suivie de son plein gré dans sa campagne et dans l'expédition qui leur vaudra leur emprisonnement. Ingrid et Clara n'étaient pas des amies, elles ne le sont pas devenues. Et pourtant Ingrid sera la marraine du bébé né dans la jungle, elle s'en occupera jusqu'à ce qu'il soit confié aux gardiennes. Clara et elle seront complices dans diverses tentatives d'évasion, toujours rattrapées !
Pour conclure, je dis ici mon admiration devant la ténacité de cette femme, son amour des autres et son instinct de survie absolument incroyable.
Vous apprendriez, vous,, un dictionnaire poar coeur en pleine jungle, le ventre vide ? Vous liriez la Bible en souffrant d'un hépatite grave jusqu'à ce que vos yeux se ferment de fatigue ?
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Ah ça...comment savoir ce que nous ferions "si"...
Parfois, je me dis que je me laisserais mourir. Et d'autres, je suis étonnée par moi-même, parce finalement, on arrive à supporter des choses qu'on n'aurait jamais cru pouvoir supporter.
Comme Sel j'imagine que je préfèrerai me laisser mourir. La mort étant plus douce que la souffrance physique et morale, à mon sens. Mais nous ne savosn pas de quoi nous sommes capable dans les situations extrêmes, et j'espère que nous n'aurons pas à le savoir.
J'ai vraiment envie de lire ce livre, grâce à toi
)
je ne sais pas ce que je ferais dans une telle situation et comme Cassy je ne tiens pas à le savoir. oui en effet ce récit force l'admiration comme forcent l'admiration toutes les personnes qui ont survécu à des situations extrêmes sans perdre leur humanité, je pense aux survivants des camps de la mort (que ce soit en 39/45 ou plus récemment en Afrique ou en Europe de l'Est. Je me souviens d'un professeur d'histoire qui nous racontait que certains ont survécu en se racontant les histoires que leurs parents racontaient quand ils étaient enfants et qu'une femme, employée dans une société de haute-couture avant d'être déportée a évité de sombrer dans la folie en se souvenant de chaque étoffe travaillée et de chaque nom de clientes....
En tout cas merci pour ton article qui donne envie de lire ce livre
Tu me donnes envie de lire ce livre! Merci de nous avoir fait partager ta lecture et tes impressions
C'est dans l'avant-dernier paragraphe des mots d'Ingrid que je trouve la plus grande force: observer en soi les défauts dont on se croyait épargné doit être extrèmement avilissant. D'autant plus si on a, avant le début de la détention, une certaine estime de soi-même.
Dans ces conditions, survivre nécessite de se forger une carapace qui peut donner de soi-même une image qui laissera des traces par la suite et donner lieu à d'autres versions comme le dit Amanda.
pour ma part, cet article me renvoie une image d'Ingrid Betancourt différente de celle que j'avais auparavant...
Et cela m'amène à avoir une pensée pour les journalistes otages en Afghanistan.
Merci pour le partage et tes impressions sur ce livre.
J'ai un cousin qui fut otage il y a plus de 20 ans en Irak. Pas évident à tenir le coup.
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