16 juin 2011
Communiquer autrement (4) Les besoins
Nous avons vu jusque là que nos émotions et sentiments nous invitaient à prendre conscience de nos besoins.
En matière d’études sur les besoins, impossible de ne pas citer le psychologue Abraham Maslow et sa célèbre pyramide des besoins, il s’agit en fait d’une étude sur la motivation dans laquelle il utilise cette classification.
Maslow classe les besoins en 5 catégories :
Les besoins physiologiques (indispensables à notre survie biologique, boire, manger, dormir, etc.)
Le besoin de sécurité (celui d’avoir un abri, d’être à l’abri des agressions, de pouvoir assumer son quotidien matériel, etc.)
Le besoin d’appartenance auquel est associé celui d’aimer et d’être aimé d’un conjoint, d’un groupe dans lequel on est reconnu. Ce besoin est également souvent associé au besoin de reconnaissance sociale mais ne peut se confondre avec lui.
Le besoin d’estime, avoir confiance en soi et être reconnu des autres, avoir une activité sociale (dans le travail, les loisirs, la vie associative, etc..) qui soit valorisante à nos propres yeux et selon nos critères personnels.
Le besoin de s’accomplir, le besoin d’engagement, de trouver du sens à ce qu’on fait, d’accomplir une œuvre quelle qu’elle soit.
Pour Maslow, il est important de ne pas chercher à satisfaire un niveau de besoin avant d’avoir satisfait les précédents.
En CNV, on dit que les émotions sont là pour nous alerter sur nos besoins, pour qu’on en prenne conscience et qu’on puisse les communiquer à l’autre. La contre partie est qu’on puisse aussi avoir conscience que l’autre en face de nous, celui-là même qui manifeste une émotion plus ou moins forte, a également des besoins. Il est donc nécessaire de décrypter ce qui se passe en nous pour prendre conscience de nos besoins et y répondre.
Et c’est là que ça se corse un peu ! Prendre conscience de nos besoins, les exprimer et y répondre ce n’est pas la porte ouverte à la tyrannie et à l’égoïsme, bien au contraire. L’objectif est toujours d’avoir une communication plus saine, plus respectueuse de soi et de l’autre et de ne pas répéter indéfiniment les mêmes conflits, les mêmes comportements qui reproduisent toujours les mêmes voies sans issue.
Pour cela il faut avoir dépassé le stade de l’esclavage affectif et bien se demander à qui appartient le problème.
La première prise de conscience indispensable à toutes les autres c’est qu’être dans une relation positive avec l’autre ce n’est pas faire passer ses besoins avant les nôtres. Hors c’est souvent le cas dans les relations, qu’elles soient de couple ou parentales.C’’est le meilleur moyen pour faire de l’autre un fardeau, un poids trop lourd à porter quand il ne devrait être qu’un autre avec lequel partager dans la joie. En effet si chaque fois que l’autre est mécontent nous pensons en être responsable et devoir agir pour changer cet état d’insatisfaction chez lui, nous nous rendons responsable d’un poids énorme tout en ne lui laissant guère d’autonomie ! Et au passage, on ne s’occupe pas de nos propres besoins et donc on se met la plupart du temps dans une position d’attente vis-à-vis de l’autre supposé comprendre à demi-mots, voire sans mots, nos besoins et nos attentes. Ainsi on entre dans un cercle vicieux de dépendance affective où personne ne s’occupe de ses propres besoins et où les attentes vis-à-vis de l’autre sont démesurées. Voilà ce n’est pas très joyeux mais je viens de vous décrire le premier temps d’une relation de dépendance, voire de tyrannie affective, celui qu’on appelle la soumission, soumission au désir de l’autre.
La phase suivante n’est pas beaucoup plus joyeuse, on l’appelle d’ailleurs la Phase Exécrable : Force et Pouvoir ! Généralement dans cette phase, on réalise qu’endosser la responsabilité des besoins et désirs des autres revient très cher. Cela soulève en principe tristesse et colère et entraine des réactions plutôt violentes et excessives. On veut absolument faire entendre ses besoins et ses attentes, on revendique plus qu’on ne s’exprime positivement et on écarte les attentes de l’autre, voire on s’en moque car elles engendrent toujours peur et culpabilité. Bref, une période délicate où on est plus proche du sale gosse capricieux que d’un conjoint aimable pour ne parler que des incidences dans le couple !
Enfin, on peut arriver avec un peu de volonté, de l’amour pour soi et pour l’autre, tout au moins de la bienveillance, un peu de patience et l’envie d’aller mieux à une phase de libération affective où on recherche la coopération.
A partir de ce moment là, on a pris conscience de ses besoins (besoins d’écoute et de respect, de soutien, de considération, de trouver du sens à ce qu’on vit et fait, de cohérence, de liberté, de mouvement, de confiance, d’information, de contribuer à, besoin d’aimer et d’être aimé, etc etc) Alors on peut les exprimer à l’autre sans violence et entendre les siens sans se sentir menacé, on peut poser une demande sans exiger qu’elle soit satisfaite, on peut répondre à la demande d’un conjoint par bienveillance et gentillesse, par envie de lui faire plaisir et de prendre soin de la relation et non par peur de le perdre ou par obligation et devoir. Nous avons autant conscience que nous ne pouvons assouvir nos besoins au détriment d’autrui que du fait que nous ne sommes pas responsables de l’ensemble de ses besoins ou sentiments.
Ce jour là on se sent plus léger parce qu’on ne porte que la responsabilité de nos choix et de nos actes et que nous pouvons poser des demandes respectueuses de nous-même et de l’autre.
Je vous propose de parler des conditions de cette demande et des possibles modalités de résolution des conflits dans le prochain article.
















