05 juin 2011
Le train d’Yvette
Comme une rivière irriguant une vallée, le passage du train, en cette fin de 19ème siècle, pouvait donner naissance à une petite ville, en tout cas fortifier l’économie balbutiante.
Le tracé de la voie ferrée pouvait se heurter, comme aujourd’hui pour autoroutes ou voies rapides, à l’hostilité des édiles et des populations locales.
Lors de la création de la ligne reliant Brive la Gaillarde à Toulouse via Capdenac, le passage par les vallées de la Tourmente et de la Sourdoire pouvaient être envisagées. Deux châteaux les surplombaient: Curemonte
et Turenne
Selon Jean Lalé dans son livre sur Curemonte,
“La ligne de chemin de fer Brive-Toulouse par Capdenac aurait du passer par la vallée de la Sourdoire. Suivant là quelques exemples célèbres: Orléans et Tours entre autres, les riverains, et la municipalité de Curemonte la première, s’y sont farouchement opposés. Sur son tracé actuel, elle a semé la prospérité, faisant même naitre une localité qui n’existait pas: Les Quatre-Routes du Lot.
La commune des Quatre Routes a été créée autour de la gare de chemin de fer récemment établie. Son territoire provient du démembrement des communes de Cazillac, Condat, Cavagnac et Strenquels. La gare, place essentielle où l’on expédiait tous les biens agricoles produits dans les environs (bestiaux, noix, arbres fruitiers). L’économie de la commune s’est ainsi rapidement développée par le regroupement des populations environnantes, services, commerces, notamment bars, restaurants et autres lieux de réjouissance dont l’activité culminait les jours de foire. Négoces, professions libérales ont rapidement vu le jour ainsi que des industries de transformation (vêtements, menuiserie, pépinière fruitière et ornementale).
On dit ( http//:fr.wikipedia/Wiki/Les_Quatre-Routes-du-Lot ) que cette expansion fulgurante n’est pas sans rappeler, par son côté romanesque, l’imagerie de l’Ouest américain.
Au fil de l’histoire, la commune s’est enrichie avec l’afflux d’immigrés (Espagnols, Italiens, Portugais) fuyant le totalitarisme ou la guerre. plus tard, il y aura même, à l’appel de l’industrie locale du bois, une communauté turque qui se stabilisera. Et au cours de la seconde guerre mondiale, la commune hébergera un fort foyer de résistance.
Mais dans les années 70, un fort ralentissement économique s’est fait ressentir, portant le taux de chômage à 15,6%. La gare de chemin de fer n’est plus ce qu’elle était encore dans les années 50 du 20ème siècle.
La décrépitude du panneau à l’intention des usagers en témoigne… Et la gare située en amont –Turenne Gare, quasiment abandonnée, est
.
dans un état plus lamentable encore…
Pour avoir un témoignage de ces années cinquante, j’ai rencontré Yvette qui était dans sa prime jeunesse, employée par l’usine de confection des Quatre-Routes, puis suite aux premiers licenciement annonçant le déclin de cette industrie locale, est “montée” à Brive pour une activité similaire.
Et bien sûr, le train était le seul moyen de locomotion pour se rendre à la cité gaillarde éloignée de 26 km. La différence de salaire - 16 000 francs grimpant à 19 000 F -devait permettre de payer la carte hebdomadaire SNCF délivrée chaque lundi matin par le chef de gare. Le train tractée par la locomotive
était quasiment plein les jours de semaine, embarquant hommes et femmes pour œuvrer dans les entreprises industrielles ou du bâtiment. Et Yvette se rappelle de ces voyages journaliers qui donnaient l’occasion aux jeunes de plaisanter tout au long du chemin. Plus tard, la micheline remplacera la loco
Ici en gare de Brive.
Mais déjà, la mutation économique commençait, marchant de pair avec la désertification rurale liée à la rentabilité insuffisante des propriétés agricoles? Une importante coopérative agricole achetant et expédiant les produits fermiers locaux avait fermé ses portes dans les années quarante.
Vers la fin des années cinquante, Yvette rejoindra son mari entré à la RATP sur concours. Elle débutera son séjour parisien de plus de trente ans dans les profondeurs du métro. Elle y exercera notamment la profession chère à Gainsbourg…
Veuve à quarante ans de son mari conducteur de rame, elle poursuivra son activité à la RATP pour terminer chef de poste dans le RER . Et là, c’était le travail en surface, voyant enfin ciel et nuages. Ce ciel bleu du Quercy qui lui avait tant manqué quand elle travaillait en sous-sol…
Yvette coule aujourd’hui une retraite bien méritée dans l’immédiate proximité des Quatre-Routes où elle y a tant de souvenirs…
Le déclin économique de cette localité (la population en nombre est quasiment stable) qui s’apprête pour mai 2012 à fêter son 100ème anniversaire va de pair avec celui de sa gare. Néanmoins, la ligne Brive-Toulouse par Capdenac a été maintenue par l’action soutenue des cheminots, usagers, élus qui refusent de voir disparaitre cette voie d’irrigation quasiment aussi naturelle que la Tourmente qui, avant de rejoindre la Dordogne, serpente dans la vallée précédant les Quatre-Routes du Lot.
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un bien joli reportage où l'amour de ton pays, ta région se fait sentir à chaque mot. Toutes ces lignes de desserte locale ne devraient-elles pas connaitre une nouvelle embellie à l'heure où flambe le prix de l'essence et où on parle de plus en plus de transports propres? Chez moi en Ardèche (rare département de France à ne pas avoir de gare!!!) les bus sncf connaissent un certain regain de succès, eu égard à la modicité des tarifs pour les abonnés...
Très intéressant ! Quel courage, cette Yvette !
Yvette mérite sa retraite, quelle courageuse femme !
Merci Catsoniou pour cet intéressant reportage.
Des photos et documents très interessants, un texte captivant comme tu as le don d'écrire. Découverte d'une région, et d'un personnage passionnant qu'est Yvette.
Merci catsoniou!
Merci d'une Capdenacoise née dans le lot et petite fille de cheminot.
Grâce à toi, moi qui vit maintenant bien plus au sud, je respire un peu de mon enfance.
Je t'en suis reconnaissante
)
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