23 mai 2011
Les facteurs du ciel
Si je vous dis : « les premières heures de la poste aérienne internationale », vous pensez à l'Aéropostale, bien entendu...
celle de Mermoz, de Guillaumet, et bien sûr celle qu'a si bien raconté Antoine de St Exupéry. Mais qui se souvient de la naissance de cette incroyable épopée ?
Le 18 février 1911, un pilote inconnu, Henri Péquet, transporte un sac de courrier de 15 kilos, entre Allahabad et Naini (au nord de l'Inde). Un petit saut de puce au-dessus du Gange, un vol de 27 minutes exactement. On avait déjà transporté des lettres par avion, lors de meetings aériens, mais jamais pour un service postal régulier. Quelques jours plus tard, quelques londoniens reçoivent du courrier qui a voyagé depuis l'Inde par train, par bateau, mais aussi par avion ! Elles portent la mention « first aerial post » (premier courrier aérien) et sont les toutes premières d'un genre qui va se populariser tout au long du vingtième siècle. À cette date, l'avion devient un moyen de transport postal comme un autre, comme avant lui le cheval (dès 500 ans av. J.C. chez les perses), le train (1830 en Gde-Bretagne), le paquebot (1835 en France), sans oublier … le ballon et le pigeon !
Eh oui, on a tendance à l'oublier pourtant l'épisode est célèbre : envahis par les prussiens, en 1870, les Français passèrent par les airs pour communiquer entre zones libres et zones occupées. Depuis le ciel de Paris, ce furent près de deux millions de messages qui s'envolèrent vers la province, à bord de montgolfières et autres dirigeables, alors que des pigeons voyageurs assuraient le vol retour. Des microfilms (appelés à l'époque ''pigeongrammes'') étaient fixés à la queue des volatiles. Leur contenu était ensuite projeté par des lanternes magiques aux Parisiens assiégés, ainsi tenus informés de la situation dans le reste du pays. Du James Bond sous le Second Empire !
Mais revenons en 1911. Cette année-là, on recense d'autres vols postaux en Grande-Bretagne, en Italie, aux États-Unis. Deux ans plus tard, un avion chargé de lettres relie Villacoublay à Pauillac, en Gironde. Le courrier, posté la veille dans la capitale, est embarqué le jour-même sur un paquebot partant pour les Antilles. Gain de temps : 15 jours !
Malgré cette avancée remarquable, l'avion n'a pas encore les faveurs des autorités postales mondiales. Un moyen rapide, certes, mais pas assez sur, ni assez régulier.
Mais d'énormes progrès verront le jour pendant la Première Guerre Mondiale et la paix revenue, l'avion devient un des moyens les plus fiables d'acheminer du courrier. Si l'aviation commerciale se développe dans l'entre-deux-guerres, c'est uniquement grâce à l'aéropostale, aux États-Unis encore plus qu'ailleurs.
Dès mai 1918, les dirigeants de la poste fédérale se lancent dans l'aventure aérienne et posent les premiers jalons du réseau américain, portés par leur foi dans l'avion et l'exigence de leur activité. Le courrier doit passer, coûte que coûte ! L'US Air Mail Service apprivoise l'Amérique. Peu importe les Rocheuses, New York est relié à San Francisco en 1920. Plus fort : la poste américaine inaugure les vols de nuit. On installe sur les aérodromes des phares géants, les « plus importantes sources de lumière artificielle jamais produites par l'homme » Le courrier posté le soir à New York est distribué dès le lendemain matin à Chicago.
Après avoir étendu sa toile à travers tout le pays, l'US Air Mail Service passera le relais aux compagnies privées, qui continueront à étendre et populariser le service postal et surtout l'activité passagers.
Ailleurs aussi, les « facteurs du ciel » défrichent les continents, dessinant sur le Globe les routes aériennes bientôt empruntées par les passagers. Les Anglais rêvent de relier par les airs Londres à ses lointaines possessions : Karachi en 1929, Singapour en 1933, Hong Kong en 1936. le courrier est prioritaire, un seul passager inaugure l'escale hongkongaise, inconfortablement assis au milieu de 16 sacs postaux ! Les Hollandais relient Amsterdam à Batavia (Jakarta), les Belges Bruxelles à Léopoldville (Kinchasa au Congo), et les Français Paris à l'Indochine (en 1931) ou à Madagascar (en 1934). Et surtout, tous participent à la formidable épopée de l'Histoire de l'aviation commerciale : la conquête aéropostale de l'Amérique du Sud.
C'est l'aventure de l'Aéropostale chère à St Exupéry. Un projet insensé porté par Pierre-Georges Latécoère puis Marcel Bouilloux-Laffont : une liaison postale entre Toulouse et Santiago du Chili ! Plus de 13000 km par-delà le désert saharien, l'Atlantique Sud et enfin le massif des Andes ! Avec un matériel poussif et des pilotes dévoués : Mermoz, Guillomet, Vachet ou St Exupéry, tous embauchés par Didier Daurat, directeur d'exploitation, qui leur dit :
« n'oubliez pas que la fantaisie, l'héroïsme, n'ont pas de sens ici. Vous êtes des ouvriers. Pas d'éclat, pas d'exploit possible. Le public doit toujours ignorer votre nom sinon par une ligne dans le journal, le jour où vous serez assez maladroits pour vous faire tuer. »
Une mystique du courrier se développe. Quel que soit le temps, le précieux chargement doit passer, et à l'heure prévue. En 1929, le courrier circule entre Toulouse et Santiago, par avion et par bateau. L'aventure se poursuivra sous les couleurs d'Air France, en 1933, héritière de l'Aéropostale.
À la veille de la Seconde Guerre Mondiale, le monde entier est relié par les airs. L’Atlantique Nord – la voie royale – est « vaincu » le 20 mai 1939 par la PanAm, qui relie New York à Marseille avec 820 kg de courrier !
L'âge d'or de la poste aérienne est pourtant révolu. En 1938, le transport aérien du courrier représente 50% des recettes du trafic aérien. Il ne pèse plus que 9% en 1950, 4% en 1970, et à peine 1% de nos jours.
















