Quand le vin est tiré…

Le gouvernement a délivré ses arbitrages au regard de la loi portant sur la nouvelle organisation du marché de l’électricité (Nome), qui oblige EDF à céder 25% de la production électronucléaire à ses concurrents. la loi Nome devrait entrainer une hausse de l’ordre de 30% en cinq ans du tarif règlementé de l’électricité.

Dure loi du commerce et de la libre concurrence non-faussée chère à tout ce que comptent notre pays et l’Europe en penseurs et politiciens libéraux ? Permettez-moi d’imaginer…

On ne se souvient même plus comment était venue la réputation du vin des coteaux de l’Escoudrouillère. Toujours est-il que la culture de la vigne avait supplanté avoine et sarrasin qui étaient d’un maigre rapport. Il fallait trouver une solution en matière de fabrication de cuves, tonneaux et comportes pour résoudre le problème du stockage et continuer à vendre le vin à petit prix. pour le bonheur du consommateur et la rentabilité de la viticulture locale.imagesCAS18D3M

Producteurs et consommateurs étudièrent diverses possibilités. les tonneliers qui fournissaient la futaille, non sans se concurrencer sauvagement, tout en s’entendant pour maintenir le tonneau à un prix prohibitif, tentèrent vainement de s’opposer à la création d’une coopérative de tonnellerie. Peine perdue, l’intérêt général l’emporta aux dépens de leurs calculs boutiquiers.

Tout baignait si l’on peut dire sur les coteaux de l’Escoudrouillère: propriétaires des châtaigneraies, bucherons, viticulteurs, sans oublier les ouvriers tonneliers, chacun gagnait honnêtement sa vie. Et le vin n’était pas un produit de luxe. Il convenait cependant de ne   pas abuser, tout comme la lumière qu’il ne faut pas  laissée allumée sans raison…

Quant aux artisans tonneliers, leur bosse du commerce les orientait vers d’autres sphères autrement plus juteuses. Devenus des marchands,  ils ne cessaient de diversifier leurs activités et ne regrettaient  pas le temps où ils faisaient dans le tonneau.

Jusqu’au jour où … Jusqu’au jour où crise financière aidant, la bonne santé de la tonnellerie finit par leur porter ombrage. Usant de leurs appuis en haut lieu, ils purent enfin briser le monopole du tonneau, plus exactement s’introduire dans le capital de la société, entrainant un renchérissement du produit. Consommateurs, producteurs de vin, tous comprirent qu’un mauvais coup venait de leur être porté. cependant, l’enthousiasme du départ avait disparu, emporté par les divisions catégorielles, les  ouvriers tonneliers étant considérés comme des nantis, notamment en raison du prix de faveur auquel ils pouvaient acquérir leurs tonneaux. De plus, organisés en comité, ils bénéficiaient de sorties organisées à des prix ridiculement bas. Autant de raisons qui mirent fin au service public du tonneau : la tonnellerie redevenait enfin une entreprise ordinaire qui se devait de distribuer des dividendes aux actionnaires .

Ils ne restait plus aux buveurs de vin qu’à couper d’eau leur breuvage pour en diminuer le cout alors que les viticulteurs assistaient impuissants à l’inexorable progression des friches remplaçant leurs vignes jadis si belles dont subsistent seulement des “cheyrouillers” (tas de pierres).cheyrouiller-chronique

Certes , le lecteur comprendra que j’ai pris quelques libertés avec la véritable histoire de la viticulture locale. Cet accommodement est-il plus injustifiable et scandaleux que celui qu’on s’apprête à faire subir à l’EDF pour le bien exclusif de quelques privilégiés de la fortune.

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J’allais oublier : les barrages produisant depuis des dizaines d’années la précieuse électricité tout au long de la vallée de la Dordogne pourraient eux aussi tomber dans le giron du privé qui, chacun sait, est passé maitre en matière de sécurité ! Comme en témoignent les malheurs du Japon …

Milladiou de Milladiou ! Va-t-on se moquer du monde encore longtemps ?