Hier, sur mon balcon, dans la lumière du chaud soleil d’avril, j’ai surpris une éclosion. Une sortie de nid… Un nid sur un balcon, me direz-vous, quel est le volatile assez téméraire pour s’être installé, là ?
Détrompez-vous, il ne s’agit pas d’un nid d’oiseau, mais bien du cocon de soie abritant des centaines de bébés épeires diadèmes dont j’avais admiré la mère, l’été dernier.

Beurk ! Allez-vous vous écrier, des araignées !
Oui, je l’avoue, j’aime les araignées des jardins dont j’observe (et photographie) curieusement la vie, au fil des saisons, parmi mes pots de fleurs et autres jardinières…

Pour en revenir aux petites épeires, tout juste sorties du cocon, elles restent groupées en une minuscule grappe mais s’éparpillent au moindre effleurement : chaque individu essayant de trouver un abri. Si l’alerte ne se confirme pas, elles se regroupent pendant quelques jours encore. Aujourd’hui, par exemple, comme il souffle un petit vent froid, elles sont restées serrées les unes contre les autres, sans doute pour conserver une certaine chaleur.

Au soleil, il n’est pas rare de voir les bébés orbitèles (autre joli nom des araignées à toile géométrique) s’écarter du groupe comme pour prendre timidement leur indépendance. Sur le nombre, peu échapperont aux prédateurs qui les guettent. Ceux qui réussissent à trouver un abri sûr, sont aptes à construire leur première toile. A ce stade elle n’est pas plus grande qu’une pièce de monnaie et ne permet d’attraper que des moucherons microscopiques. Mais de moucheron en moucheron, l’araignée va grossir pour atteindre, par mues successives, sa taille adulte en été.

C’est en cette saison que l’on peut admirer les grandes toiles géométriques très régulières que l’épeire diadème (aussi appelée épeire porte-croix en référence aux petites taches blanches, en forme de croix, sur son abdomen) reconstruit chaque matin.

Selon les spécialistes le travail prend environ une heure, l’araignée utilisera 20m de fil pour une toile de 40cm de diamètre. L’ancienne toile est « recyclée » de façon extraordinaire : l’araignée en fait une boulette qui est avalée et digérée pour se retrouver dans les différentes fabriques de soie, à l’intérieur de l’abdomen, sous forme de liquides prêts à être de nouveau employés. La toile neuve est ainsi fabriquée à 90% avec les matériaux provenant de l’ancienne !
En effet l’araignée utilise deux sortes de fil pour construire sa toile. La première spirale ne sert que d’échafaudage pour donner des points d’appui. Elle est constituée de soie ordinaire. Ce fil part du centre où les rayons sont très serrés pour aboutir à la circonférence par des tours de plus en plus amples. Une fois la toile terminée, l’épeire détruira l’échafaudage en l’avalant, ne laissant que la partie centrale qui lui servira de lieu d’affût.
Une deuxième spirale, plus serrée, constituée de soie collante sert de piège pour capturer les insectes volants qui s’y laisseront prendre. Selon le célèbre entomologiste, J.H. Fabre, si l’araignée ne s’empêtre pas dans ses fils collants c’est grâce à la présence sur ses pattes d’une substance huileuse qui neutralise l’adhérence.
On observe aussi un espace vide entre la spirale gluante et le centre de la toile. Cette « zone libre » est très commode pour passer en un éclair d’un côté à l’autre de la toile en cas de danger.
Postée au centre de la toile ou à l’affut sous une feuille, mais toujours reliée par un fil appelé fil « d’alerte », notre araignée perçoit les moindres vibrations et va localiser l’endroit où un insecte vient de se prendre au piège. Les âmes sensibles peuvent passer le paragraphe suivant, mais qu’elles n’oublient pas que l’araignée détruit avant tout les insectes nuisibles que nous traquons à l’aide d’insecticides et autres désinsectiseurs.
Ayant repéré sa proie, l’araignée va la mordre pour l’engourdir grâce à son venin, puis elle la transformera en cocon en l’enroulant d’un fil de soie très serré et l’emportera dans son repaire pour savourer son festin à la manière de la plupart des araignées, c'est-à-dire en injectant l’intérieur de sa victime des sucs digestifs, puis en avalant la « soupe » ainsi obtenue…

La grosse épeire diadème que j’ai observée l’été dernier était une femelle. En effet, les mâles, sont beaucoup plus gringalets (trois fois plus petits que la femelle) et ils n’ont pas la vie facile, car la belle a l’habitude de profiter de l’accouplement pour le ficeler comme un vulgaire insecte, le mordre et lui injecter son venin. Aussi, chez les épeires, a-t-il l’habitude, pour arriver à ses fins, d’amadouer sa partenaire en lui offrant, prudemment, un insecte proprement emballé, afin d’assouvir momentanément l'appétit aveugle de cette vorace.
Pour protéger sa ponte, la femelle va tisser un cocon gros comme un œuf de pigeon, composé de deux enveloppes. Une, intérieure, destinée à garder la chaleur autour des œufs et une enveloppe extérieure chargée de protéger le nid de l’humidité. Celui-ci reste ensuite livré à lui-même car la mère meurt d’épuisement après l’avoir réalisé. L’épeire diadème ne vit qu’une seule saison alors que la tégénaire noire qui fréquente ma maison peut vivre quatre ans.
Il ne me reste plus qu’à souhaiter que mes bébés orbitèles vous donnent envie de regarder désormais les araignées d’un œil plus bienveillant en les considérant plutôt comme des auxiliaires que comme des ennemies.