Le Conservatoire Botanique National du Sud Atlantique (CBNSA) chargé de protéger les espèces en voie de disparition a lancé, en 2007, un vaste programme de sauvetage d’une plante devenue rarissime partout dans le monde : l’Angélique des Estuaires. Même si l’établissement a bien d’autres sujets d’étude dans ses dossiers que la « Géante Méconnue », les actions nombreuses et médiatisées en faveur de cette plante en ont fait une sorte d’emblème de la protection de la flore dans notre région.
L'Angélique des estuaires, (Angelica heterocarpa, à ne pas confondre avec Angelica archangelica une autre espèce aux vertus médicinales), est une ombellifère (de la même espèce que la carotte), liée aux estuaires des grands fleuves subissant des remontées d’eaux saumâtres dont elle colonise les berges argilo-vaseuses.
Elle est l'une des rares espèces endémiques de la France Métropolitaine. Connue sur les seuls estuaires de la façade atlantique (Loire, Charente, Seudre, Gironde, Adour, Nive) elle est encore localement abondante et bien connue des riverains, mais a pratiquement disparu des estuaires de la Seudre, d’une partie de la Charente et devient rare sur les rives de l’Adour.

 L'Angélique des estuaires est une très grande plante, pouvant atteindre 2,5 mètres de haut. Elle présente une robuste tige creuse, des grandes feuilles 2 à 3 fois pennées et des fleurs blanches en ombelles.

 
Longtemps considérée comme une plante vivace, on sait maintenant que son cycle de vie se déroule sur trois ans.
Durant trois ans, l’angélique accumule les réserves nutritives qui lui serviront à produire une immense inflorescence couverte de centaines de petites fleurs. La floraison qui se déroule entre juillet à aout n’intervient qu’une seule fois. Epuisée par la production de milliers de graines, la plante meurt. Beaucoup de graines seront emportées par les fleuves, d’autres seront déposées sur la vase des berges où elles germeront rapidement, donnant naissance à une nouvelle plante.

(photo mairie-vayres.fr)


Présenté sous cet angle, l’avenir de l’angélique semble assuré. Hélas de nombreuses menaces pèsent sur sa survie comme sur celle de nombreuses espèces végétales et animales qui peuplent les berges des grands fleuves.
Le fragile équilibre de ces milieux est menacé par l’industrie qui y déverse des substances polluantes telles que les métaux lourds, les hydrocarbures, les pesticides… Par l’arrivée et l’implantation de plantes exotiques invasives comme le baccharis sur le littoral ou la jussie à l’intérieur des terres. Par un aménagement des berges inadéquat comme les remblais ou les enrochements qui témoignent d’une artificialisation du milieu. Et aussi par l’inconséquence de certains riverains qui trouvent là un endroit commode pour se débarrasser des encombrants…
A plus long terme, les changements climatiques influeront sur les corridors écologiques que constituent les estuaires par la remontée du niveau marin qui entraînera un déplacement vers l’amont du front de salinité des eaux.
Comme le souligne un responsable du CBNSA « Les espèces ont toujours disparu. Le problème, actuellement, c’est l’échelle de temps. Cela va extrêmement vite : tous les ans des espèces disparaissent. »
Le conservatoire botanique, implanté à Audenge en Gironde, en collaboration avec les autres conservatoires de France (en particulier celui de Brest pour l’angélique) travaille dans les quatre axes suivants :
1 Connaissance : Puisque pour prévenir la disparition des plantes, il faut les connaître, le conservatoire s’emploie à faire le bilan de la biodiversité dans la région Aquitaine et Poitou-Charente. Il participe à la constitution d’une immense base de données relative à la connaissance et à l’évaluation de notre patrimoine biologique.
2 Conservation : Il conserve aussi les variétés menacées en congelant certaines graines pour les réintroduire plus tard dans la nature. (réalisation d’une cryobanque de germes)
3 Assistance technique et scientifique : Il accompagne les collectivités dans leurs projets pour donner un avis, par exemple dans les cas d’implantations de carrières, de routes, de voies ferrées ou d’aménagements de bords de fleuve…
4 Information et éducation auprès du public : organisation de promenades botaniques, expositions, jardins pédagogiques…
Aujourd’hui, outre le plan de conservation par le CBNSA dont elle fait l’objet depuis 2005, l’angélique des estuaires, est protégée par l’article L.411-1 du Code de l’Environnement qui interdit sa destruction.
Nous pourrons donc encore admirer, au cours des promenades en bords de Garonne, ses grandes inflorescences blanches…

(photo mairie-vayres.fr)