Du 1er au 30 avril se déroule à Bordeaux, une manifestation intitulée « Itinéraire des Photographes Voyageurs ».

Chaque année, depuis vingt ans, les œuvres d’une vingtaine d’artistes sont exposées dans différents lieux à travers la ville. Elles ont en commun le thème du voyage.
Cette année, pour sa vingtième édition, le festival rend hommage à l’une des voyageuses les plus étonnantes du XXème siècle : Ella Maillart. Elle avait inauguré la première exposition en 1991 et c’est sa rétrospective « Sur les routes de l’Orient » qui a ouvert cette année, l’exposition à la Base sous-marine.
Cette exposition privilégie la facette « photographe » de cette femme étonnante, tour à tour, sportive de haut niveau (elle a pratiqué le ski en compétition, et la voile en participant notamment aux Jeux Olympiques de Paris en 1924), journaliste, photographe, cinéaste, écrivain et ethnologue, en quête de vérité, elle va parcourir les régions les plus reculées de l’Asie, dans des conditions qui relèvent de l’aventure la plus pure.
Sur les murs de béton de la Base sous-marine, les photos en grand format alternent avec les photos ordinaires des petits carnets de voyage, annotées par la photographe, en vue de ses récits futurs et avec des panneaux explicatifs lumineux qui retracent la vie extraordinaire de cette grande voyageuse.
Née à Genève en 1903, Ella Maillart se passionne dès son jeune âge pour les récits d’aventures et les cartes géographiques. De santé délicate, elle pratique les sports comme une thérapie. A vingt ans elle a déjà connu plusieurs aventures à bord de voiliers de plus en plus importants, aventures qu’elle racontera plus tard dans un livre « La vagabonde des mers ».
A partir de 1925 elle exerce différents métiers, entre autres, dactylo, voyageur de commerce, modèle d’un sculpteur à Paris, actrice au Studio d'art dramatique à Genève, professeur de français au Pays de Galles, doublure sportive dans des films à Berlin… "Excepté quand j'étais en mer ou quand je faisais du ski, je me sentais perdue, je ne vivais qu’à moitié… »
Dès 1930 ses aventures « sérieuses » vont commencer. Empruntant des chemins jamais répertoriés sur des cartes, traversant des régions interdites sans autorisation, elle va se consacrer à l’exploration des cultures ancestrales en train de se transformer, suite aux bouleversements mondiaux, pendant l’entre-deux-guerres. Elle raconte en images – et plus tard dans ses récits – sa découverte de l’inconnu, de la liberté extrême et aussi la découverte de soi-même. « Dans ce désert immense, sous ce ciel vibrant, il semble que l'âme se concentre, et pendant un instant avec force, je me sens loin de tout, séparée de tout ce que je sais, et comme arrivée au bout de moi-même. »
Voici le détail des pays parcourus et les titres des récits qui s’y rapportent :
1930 : la Russie soviétique raconté dans « Parmi la jeunesse russe »,


1932 : le Turkestan « Des Monts célestes aux Sables rouges ».

1934 : la Mandchourie occupée par les Japonais, comme journaliste pour Le Petit Parisien.

1936 : le Liban
1937 : De Pékin au Cachemire, en empruntant la Route de la Soie. « Oasis interdites »

1939 : l'Iran et l’Afghanistan. « La voie cruelle »
Ella Maillart passe les années de la deuxième guerre mondiale en Inde, où elle suit l’enseignement de maîtres spirituels. Expérience qu’elle relate en 1950 dans « Croisières et caravanes » "… J'étais au début d'un voyage tout nouveau qui devait me conduire plus avant vers la vie complète et harmonieuse que je cherchais instinctivement. Pour entreprendre ce voyage, il me fallait apprendre d'abord à connaître les 'terres inconnues' de mon propre esprit." Elle raconte cette période déterminante de sa vie dans son livre « Ti-Puss ou l'Inde avec ma chatte » (1952).
Elle rentre en Europe en 1946 et en 1951 se rend au Népal qui vient de s’ouvrir aux étrangers. « The Land of the Sherpas »
De 1957 à 1987 elle organise des voyages culturels pour des groupes de touristes à qui elle fera découvrir différents pays d’Asie.
De 1989 à 1997 Le Musée de l'Elysée à Lausanne, auquel Ella Maillart a confié ses négatifs, organise une première exposition rétrospective de ses photographies. L'exposition deviendra itinérante et sera montrée dans de nombreuses villes en Europe. Elle s’accompagne d’un nouveau livre, La Vie immédiate (1991), qui réunit quelque 200 photographies.

Ella Maillart nous a quittés le 27 mars 1997, à l’âge de 94 ans, mais celle qui affirmait «Le sort m’a donné des yeux qui aiment voir» nous a laissé une œuvre qui témoigne d’un monde disparu et nous enrichit dans la connaissance de l'histoire de notre temps.