Kaléïdo'blog

Blog journalistique à plusieurs mains

08 février 2011

También la lluvia

Quand un film grand public est aussi ambitieux et conduit à réfléchir sur un sujet aussi actuel que l’accès à l’eau, il ne faut pas bouder son plaisir et surtout ne pas manquer

También la lluvia : (Même la pluie)

De la réalisatrice espagnole Iciar Bollain sur un scénario de son mari Paul Laverty (le scénariste habituel de Ken Loach), También la lluvia nous entraîne dans les somptueuses montagnes boliviennes.
Sebastian, jeune réalisateur espagnol passionné (Gael Garcia Bernal)

arrive accompagné de son producteur, Costa, (Luis Tosar)

et de toute l’équipe de tournage du film qu’il compte réaliser sur la conquête espagnole de Christophe Colomb, l’évangélisation et l’exploitation terrible des Indiens par les conquistadores.
Le budget dont il dispose n’est pas énorme pour un film d’époque, et la minceur des salaires proposés aux autochtones a été un argument de poids dont le producteur se félicite. Dès l’arrivée on comprend que les villageois recrutés pour faire la figuration ne sont pas prêt à se laisser aveugler par les mirages du cinéma.

Parmi les figurants, Sebastian remarque Daniel (Juan Carlos Aduviri) un indien dont le charisme semble exercer un ascendant sur tous les autres. Il en fera dans le film, Hatuey, le chef indien qui s’oppose et résiste à l’envahisseur espagnol. Mais on s’aperçoit très vite que c’est aussi son rôle dans le conflit qui est en train de se nouer autour d’eux, car Daniel est le leader des indiens dans la révolte qui va se déchaîner pour l’accession à l’eau.

Le film s’inspire de faits réels qui se sont déroulés en 2000, à Cochabamba, la troisième ville de Bolivie, où une multinationale vient d’obtenir du gouvernement le monopole de l’eau, sur les recommandations de la Banque Mondiale ( !). Creuser un puits devient alors un délit et tous, même les plus pauvres, se voient imposer des tarifs qu’ils ne peuvent pas payer. Des premiers heurts se produisent quand des employés de la multinationale viennent cadenasser les puits, désormais illégaux, des habitants. Des manifestations s’organisent et, le pouvoir ne cédant pas, des barricades bloquent la ville. Le président bolivien décrètera l’état d’urgence, la police interviendra violemment, il y aura de nombreux blessés et un tué. La rue finira par obtenir gain de cause, car l’Etat, redoutant une propagation du conflit à tout le pays, cèdera et reprendra à son compte la gestion de l’eau.
Mêlée, bien malgré elle à cette rébellion, l’équipe du tournage va d’abord s’acharner à terminer le film coûte que coûte, mais la situation devient vite ingérable et il est très difficile de rester neutre. Il leur faudra choisir entre soutenir la cause de la population ou poursuivre leur propre entreprise sur laquelle ils ont tout misé. Certains sont révoltés par les événements, car entre temps des liens se sont tissés entre les figurants et l’équipe du film et la situation ambiante ne les laisse pas indifférents. D’autres ont surtout peur et veulent quitter le pays avant que les remous ne les atteignent… D’aucuns n’en sortiront indemnes.
En mêlant habilement les péripéties d’un tournage, les soubresauts d’une rébellion et les exactions des conquistadors, le film nous propose une mise en écho de deux situations identiques à cinq siècles de distance, celle des Indiens Caraïbes de Christophe Colomb et celle des Boliviens d’aujourd’hui. Si les conquistadors avaient l’excuse des mœurs de leur temps, il n’en n’est pas de même de nos multinationales, qui, selon l’expression d’un des protagonistes du film, sont prêts à nous vendre « même la pluie ».
Si on peut reprocher au film un certain angélisme dans l’évolution psychologique des personnages, il n’en reste pas moins que, outre son regard engagé sur des questions actuelles, il a aussi le mérite de poser clairement la question de l’engagement de l’artiste et celle des rapports entre l’art et la vie.
Qu’ajouter pour vous donner envie de voir ce film ? Si ce n’est que les images sont superbes (il a été tourné presque exclusivement en extérieurs en Bolivie dans la selva del Chapare et dans la ville de Cochabamba) et les acteurs tous excellents.
Choisi pour représenter l’Espagne dans la catégorie de l’Oscar du meilleur film étranger, il a déjà fait l’objet de 13 nominations aux Goyas ce qui montre que le cinéma espagnol est en train de s’imposer comme l’un des plus originaux et des plus innovants du moment.
www.tambienlalluvia.com/

Posté par kaleido-blog à 08:00 - Cinéma - Vos réactions [2] - Articles rédigés par :


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Voilà j'ai envie d'aller voir ce film! !!Merci ...

Réaction de Bruyère, 08 février 2011 à 10:40

Mais n'ajoute rien de plus Nerwen, j'ai déjà envie d'aller le voir ce film et je suis en train de chercher s'il passe autour de chez moi. Merci de m'avoir permis de découvrir ce film et de renouer avec le cinéma espagnol.

Réaction de plumentête, 14 février 2011 à 15:25







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