GetAttachmentSi les loups d'un certain Reggiani sont entrés dans Paris, Goupil a fait sont entrée dans Londres depuis belle lurette. Avec d'autres animaux qui s'acclimatent à la vie moderne, leurs habitudes changent en même temps que celles des hommes. Les mouettes font maintenant leurs emplettes sur les décharges publiques plus souvent que dans le sillage des chalutiers pigeons et étourneaux trouvent de plus en plus leur bonheur en ville; j'ai même vu un écureuil finir une boite de Mc Do dans un parc.

Depuis quand les renards font-ils parti de la vie londonienne? Je n'y aurait sans doute jamais réfléchi si Cassy ne m'en avait pas parlé. Or, la semaine dernière c'est un fait divers qui a rappelé les Londoniens à l'ordre que ces bêtes de plus en plus apprivoisées demeurent sauvages. Deux fillettes jumelles de sept mois ont été attaquées dans leurs berceaux au premier étage de leur maison pendant que leurs parents regardaient tranquillement la télévision et que leur frère ainé dormait dans une autre chambre. Il faisait chaud, la porte du jardin arrière avait été laissé ouverte et les femelles sont paraît-il attirées par les sons émis des bébés.

Londres aurait été colonisé par les renards depuis les années trente, voire avant et partout en général, il y a plus de renards urbains que campagnards. Bien sur, il y a la théorie que le renard étant l'enjeu des chasses à courre encore pratiquées par la noblesse anglaise, il aurait trouvé refuge hors de portée des territoires de chasse. Une belle théorie que mon esprit poétique favorise.
En fait, le renard est par nature opportuniste et paresseux; omnivore et carnassier, il peut se nourrir de tout, pourquoi donc chasser des proies insaisissable quand il peut récupérer nos ordures. Son ancien régime de vers, insectes, rongeurs, oiseaux, lapins fait donc place à nos épluchures, repas à moitié consommés ou avariés et,… retenez vos sensibilités, aux couches de nouveaux nés. Ce serait donc la théorie la plus plausible pour les fillettes blessées: le renard ne les aurait pas attaquées (leurs blessures auraient été autrement plus graves) mais aurait cherché à les retourner pour avoir accès au contenu de leurs couches, consistance idéale paraît-il pour de jeunes renardeaux.
Ce qu'on avait donc considéré comme une sorte d'apprivoisement, les renards osant de plus en plus être vu prêt des maisons d'habitations n'est du qu'à nos changements dans le traitement des ordures ménagères.
Je me souviens de la première fois où j'en ai vu un dans le faisceau de mes phares très tard une nuit de gel il y a tellement d'années. Il a marqué une pause, une patte avant relevé, m'a regardé droit dans les yeux avant de se fondre dans la nuit en direction du parc le plus proche.
Souvent, si on se trouve dehors tard le soir, on croit apercevoir un chien à la démarche un peu plus féline, puis le regard se focalise un brin sur une queue plus touffue et un museau plus pointu, mais déjà il a traversé la rue et disparu dans une ruelle dont on ignorait jusqu'alors l'existence.
Les glapissements sont semblables à un aboiement grave. Il y a quelques mois, certains m'ont réveillée. Même ici, près d'un carrefour très empruntés et plutôt bruyant, ils s'enhardissent. Mme Goupil, remarquez, c'était peut-être Mr, s'était retrouvé prisonnière du petit enclos qui fait office de jardin pour mes voisins du rez-de-chaussée. Son partenaire l'attendait dans l'allée du petit parc en sandwich entre l'immeuble et le carrefour. Finalement elle (ou il) a trouvé une issue et ils se sont rejoints sous les arbres pour repartir aussitôt en quête d'autres poubelles.
Un des poème moderne les plus célèbre de Ted Hughes (ex-mari de Sylvia Plath qui a figuré dans certains écrits du printemps des poètes pour vous le situer), s'appelle The thought-fox qui se traduit par le Renard-pensée ou le Renard-esprit selon les traducteurs, un des poèmes les plus étudié par les élèves anglais.
Il y compare la relation de l'écrivain avec le processus d'écriture avec la présence de plus en plus perceptible d'un renard. Je n'ai pas trouvé de traduction en ligne satisfaisante, je vous laisse donc la mienne.
(Ci-joint, recommandé à l'écoute, une vidéo du texte lu en anglais par l'auteur)
http://www.youtube.com/watch?v=WHclDG71OlA)

La Pensée-Renard

J'imagine cette forêt du moment de minuit
Quelque chose d'autre est en vie
A part de la solitude de l'horloge
Et de cette feuille vierge où se meuvent mes doigts.

A travers la fenêtre je ne vois aucune étoile:
Quelque chose de plus près
Et pourtant plus profond au sein des ténèbres
Pénètre la solitude.

Froid, délicat comme la neige sombre,
Le nez d'un renard effleure brindille, feuille;
Deux yeux servent un mouvement, ce maintenant
Et encore maintenant, et ici, et encore là

Imprime des traces nettes dans la neige
Entre les arbres, et avec précaution une ombre estropiée
S'attarde près d'une souche et dans le creux
D'un corps qui vient en effronté

A travers les clairières, un œil,
Une verdeur qui s'élargit, s'approfondit
Brillamment, en se concentrant,
Apparu comme par sa volonté
Jusqu'à ce que, soudain
avec une chaude puanteur vivace de renard
Cela pénètre le trou noir de la tête.
La fenêtre demeure sans étoiles; l'horloge fait tic-tac
La page est imprimée.

Non seulement le Renard appartient profondément à la littérature française depuis Le Roman de Renard, il fait également parti des cartes médecines de Jamie Sams et David Carson. Elles sont supposées nous transmettre une méthode de divination unique et puissante, issue de la Roue de Médecine des Amérindiens. Elle nous enseignerait à reconnaître plus clairement notre chemin sur la Terre-Mère, à partir du symbolisme animal. La médecine dont il est question ici favoriserait la guérison du corps, des émotions, du mental et de l'esprit, en améliorant le lien qui unit chaque être humain au Grand Mystère et à tout ce qui vit.
Les Cartes Médecine constituent à la fois un instrument de connaissance et un jeu passionnant où puiser de précieuses leçons de vie engendrant pouvoir personnel, force et compréhension.

Donc si le Renard apparaît dans votre vie d'une manière ou d'une autre, c'est qu'il est temps pour vous de devenir comme le vent qu'on ne voit pas mais qui est capable de se faufiler et de se sortir de toutes sortes de lieux et de situations. Il serait sage d'observer les actes des autres plutôt que d'écouter leurs paroles. Utilisez votre nature rusée d'une manière positive; demeurez silencieux sur le 'qui' et 'quoi' et 'pourquoi' de vos observations. En apprenant l'art du camouflage, vous testez vos habilités d'invisibilité. Imaginez que vous vous déplacez avec grâce et agilité, sans être remarqué ou empêché par autrui. Vous développerez ainsi l'habileté de savoir instantanément ce qui vient après chaque événement, le moindre soit-il. La médecine du Renard vous apprend l'art de la perception de l'Unité de toutes choses.
Il y a donc beaucoup à prendre ou à laisser en méditant sur le renard, qu'il soit de ville ou bien des champs. Je vous laisse avec

chaleur de solstice -
une rousseur se faufile
au cœur de la nuit

sprite June 2010