Ainsi concluait une conteuse que j'ai entendue un jour, raconter la légende d'Ys

Je réfléchis à cette phrase: "...pour que demeurent vivantes nos mémoires"

La mémoire de quoi? du passé qui nous a enchantés ou au contraire qui nous a blessés? de la leçon qu'on peut en retirer? (il faut savoir tirer les leçons du passé, dit-on...)

Pourquoi est-il bon que nos mémoires demeurent vivantes? Y-a-il obligation ou intérêt à dire, à garder trace? Y-a-il un héritage, une expérience de vie à transmettre absolument ? Faut-il parler à ceux qui nous suivent de ce qu'ils n'ont pas connu? Pourquoi transmettre les horreurs, les blessures, les difficultés de tous ordres? Ne vaut-il pas mieux les oublier définitivement? (mais qui peut prétendre que tout cela ne survit pas dans la mémoire de nos corps?) Ceux qui nous suivent n'ont-ils pas assez avec leurs déchirures de tous ordres, celles qu'ils doivent vivre dans le présent, sans encore ajouter dans leur sac à dos les histoires de leurs ancêtres?

La transmission est-elle nécessaire pour que l'Histoire et les (nos) histoires ne se répètent pas? N'est-il pas vrai que les histoires finissent toujours par se répéter jusqu'à redevenir l'Histoire... Il y a de cela tant et tant d'exemples... pourquoi les génocides se répètent-ils encore et encore?

N'a t-on pas à construire le présent pour que le futur soit le meilleur possible? Garder la mémoire vivante, n'est-ce pas risquer de ruminer sans cesse de vieux aliments cent fois vomis?

Garder la mémoire vivante ne répare rien, et surtout pas l'irréparable. Pourquoi retourner cent fois vers le feu qui a brûlé, consumé jusqu'à l'essence même d'un l'être humain?

Les paroles de mémoire sont si souvent comme des paroles minuscules qui viennent se perdre dans le fracas des fureurs et des colères, des tempêtes et des tsunamis..
Parler, raconter? Quand la gorge est serrée et ne peut pas prononcer les paroles qui déchirent?
Écrire, témoigner? Quand l'encre se dilue dans les larmes que l'on cache pourtant pour qu'on ne se moque pas d'elles?
Pourquoi certains lancent-ils sur le Net des mots émouvants qu'ils ne confieraient à aucun de leurs proches?
Et pourquoi donc les enfants se taisent-ils le plus souvent et ne "transmettent"-ils pas ce qui les blesse, sinon par une somatisation que leur entourage est incapable de "lire" le plus souvent?

Voilà bien des questions, que j'ai conscience de mélanger d'ailleurs...je ne fais qu'ouvrir un coffre qui recèle bien des interrogations, certaines qui sont comme des culs de sac, d'autres des entonnoirs vers des portes qui libèrent...

Il n'est pas je crois, de réponses sur mesure...