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La dette de la France qui, il y a quelques mois encore était – aux dires de nos gouvernants – parfaitement gérable, apparaîtrait aujourd’hui comme un vrai problème.

Dans l’industrie automobile où j’ai fait une grande partie de ma carrière, les problèmes de qualité remontaient lorsque les processus industriels étaient - intentionnellement ou non - mis sous pression. La comparaison était celle de la marée. A marée haute, on ne voit pas les récifs et lorsque celle-ci baisse, les écueils sont plus visibles.

La crise économique peut être assimilée à une baisse de la marée et le premier écueil, celui des finances de la Grèce. La presse, économique ou non, nous abreuve de la théorie des dominos en parlant des difficultés à venir pour le Portugal, l’Italie, l’Espagne et… la France.

Jusqu’ici discussions d’éditorialistes et d’experts en tous genre ; le petit monde de la paperasse suppute. Restent deux décisions qui nous amènent un peu plus dans le réel et laissent deviner combien les banquiers tiennent nos gouvernements à la gorge pour ne pas dire plus…

La première tient au communiqué du 3 mai de la BCE décidant de “suspendre l'application, dans le cas des titres de créance négociables émis ou garantis par l'État grec, du seuil minimum de notation du crédit requis pour l'éligibilité des actifs admis en garantie des opérations de crédit de l'Eurosystème.”

En termes simples cela veut dire que sans ce communiqué aucune des banques allemandes ou françaises – les principales concernées - n’auraient été en mesure de “fourguer” à la BCE les créances de l’état grec qu’elles ont en portefeuille. Aujourd’hui, c’est ce mauvais papier qui garantira leurs emprunts auprès de la BCE. Une superbe opération de blanchiment !

Le deuxième cadeau fait aux banquiers tient au fait que le “marché” s’attendait à une hausse du taux directeur de la BCE – aujourd’hui 1% – de façon à réduire le niveau des liquidités dans le système. Que nenni ! Cette augmentation irait à l’encontre de l’intérêt de nos prêteurs en réduisant la marge superbement confortable qui est la leur aujourd’hui. Voyez la publicité de la Banque Postale qui aujourd’hui nous propose des prêts personnels à 4,90 % ! Emprunter à 1% pour prêter à 4,90 % vous donne une marge de 3,90 %. Un découvert bancaire à 12 %, une marge de 11, etc...

Last but not least, le plan européen prévoit la création d'un fond de 500 milliards d'Euros sous forme de garanties d'emprunt des états membres. Je serai à la place des grecs, je continuerai comme par le passé, puisque la garantie de l'Europe est là ! Les contribuables allemands ne voulaient pas payer pour les grecs. Dommage ! Nous sommes tous solidaires. Les marchés vont sûrement être contents. D'ailleurs la Bourse ne s'y trompe pas qui fait monter les valeurs bancaires d'environ 20 %.

Quant à la BCE, elle joue contre son camp puisqu'elle accepte le principe - de manière indirecte - de faire tourner la planche à Euro. L'inflation est maintenant un des moyens, avec la rigueur vis à vis des peuples,  pour minimiser la dette collective.

Peut-être fallait-il en passer par là pour se donner un peu de temps pour la résorption des déficits. L'avenir dira si cette nouvelle perfusion aura soigné le malade ou si au contraire elle aura contaminé le corps entier.

Par ces trois mesures, la France et l’Allemagne pourront continuer à emprunter à des taux plus bas, la dette de nos pays augmentera donc moins vite. Une solution “gagnant-gagnant” ? Pour les banques et les états, sans aucun doute. Pour les consommateurs finaux que nous sommes cela dépendra en fait de nombreux facteurs dont la tenue ou non de l’Euro.

Peut-être avez-vous remarqué que le prix de l’essence flirte à nouveau avec les 1,5 €. Tient, tient… Quant à l’Ipad, Apple, qui nous le promet pour le 28 mai, a décidé que le prix en euro serait le même que celui facturé aux USA en $; pour Apple 499 $ valent au 28 mai 2010, 499 € ; circulez, il n’y a rien à voir !

Il y en aurait qui anticiperaient une chute drastique de l’Euro ? Qu’est-ce qu’on va vendre comme Airbus !

Dans l’ancien temps lorsque les rois étaient tenus à la gorge par les banquiers vénitiens ou italiens, ils s’arrangeaient pour les empoisonner.

Nous sommes aujourd’hui plus civilisés, Dieu merci ! Il est tellement plus simple de faire payer les petits. Ah, au fait, il nous reste encore des bulletins de vote, ce serait peut-être le moment de commencer à réfléchir sur la bonne façon de les utiliser.

Au delà du marketing.

Situation pénible, je vous l’accorde, c’est tellement plus simple de faire l’autruche !