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A 25 km de la maison le barrage de Gambsheim sur le Rhin ; deux immenses écluses, une usine hydroélectrique. A cet endroit, le Rhin fait le double de sa largeur habituelle. Je suis passé là cent fois lorsque je randonne dans le nord de l’Alsace ; sans rien voir ; le nez dans le guidon, comme trop souvent !

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Et puis l’autre jour, une tâche noire au dos d’une des bornes kilométriques qui ponctuent le fleuve attire mon attention ; cela m’intrigue, je monte sur la digue et découvre que des bornes intermédiaires ont été posées là sur une longueur d’à peu près 3 kilomètres, pour – je suppose – égayer la promenade dominicale des touristes venus voir les écluses.

Côté fleuve, le nom d’un grand fleuve du monde, de l’autre une photo - incrustée dans le béton - d’une des extrémités de l’Europe des six.

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Pour la géographie, je réapprends les fleuves : le Tigre, 1950 km ; le Nil, plus long fleuve du monde avec 6 670 km à travers le Burundi, le Rwanda, l’Ouganda, le Soudan et l’Egypte, l’Amazone, le Styx – chercher l’intrus -, l’Amour, le Gange, aujourd’hui d’actualité avec ces millions de pèlerins qui viennent cette année encore s’y baigner en masse, le Mékong, le Niger, le Danube, l’Indus, la Volga, le Missouri, le Zaïre, le Yang-Tsé, et le Rhin, à cet endroit, majestueux, mais qui, avec ses 1320 km, rivalise assez mal avec ces monstres sacrés.

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L’illusion est curieuse, le temps est beau mais il fait frais avec un solide vent du nord. Au verso des noms des fleuves, visibles des péniches qui remontent ou descendent le Rhin, des photos de lieux qui bornent notre continent : Gibraltar, Schwedt sur la frontière Oder-Neisse, Pithio en Grèce, la pointe de la Orchilla sur l’île de Hierro au sud-ouest de l’Espagne, Duncansby Head au nord-ouest de l’Angleterre, Stagen au Danemark, la pointe St Mathieu en France, Dunquin en Irlande, Santa Caesare en Italie.

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Je me déplace de borne en borne fasciné par ces terres lointaines que je découvre étonné, dans l’ambiance aujourd’hui marine, avec le vent et le froid de ce bord du Rhin qui comme tout paysage, change au fil des heures et du temps qu’il fait. Les photos m’impressionnent, car symboliques des frontières entre terre et mer ; elles font voyager.

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J’en oublie l’Alsace ; je suis aux extrémités de la terre, le long des fleuves ; j’imagine les pays qu’ils traversent, ce que j’en connais ou ce que j’en imagine ; je vibre au mystère de ces eaux puissantes évoquées en écho de celles qui coulent ici. Me reviennent des souvenirs de lieux sauvages au Nord de l’Irlande ou de l’Ecosse où se déroulent les noces mystérieuses de la terre, de l’eau et du vent.

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Ramené sur terre par le froid, j’enfourche mon vélo pour les derniers 25 kilomètres qui  me restent à parcourir tout étonné d’être parti, loin, très loin sans même m’en être rendu compte.

La dernière heure fut longue, le vélo n’avançait pas, il collait à la route alors que je venais pendant près d’une demi-heure de prendre les ailes du vent. Il faut alors s’appliquer un peu plus, retrouver le rythme des jambes qui déroulent sans excès mais sans faiblesse la puissance apaisée qui au travers de la forêt de la Robertsau – mille fois traversée - m’amènera à la maison où je recueillerai le fruit de cette après-midi de printemps.

Ces expériences là ne doivent pas se perdre, elles sont l’essence même de la vie ! Partir, voyager, qui n’en rêve à longueur d’année ?

Plus je vais, plus j’ai l’évidence qu’il ne faut pas grand chose pour s’envoler loin et que parcourir le monde se fait aussi à partir de chez soi, pour peu qu’on en ait un peu l’ambition !