Une très belle exposition de cet artiste qui vit aujourd’hui à Paris.

Où çà ? A Erstein, 20 kilomètres au sud de Strasbourg, siège français de l’entreprise Würth spécialisée dans la visserie, la boulonnerie et les fixations industrielles, mais dont les fondateurs sont des passionnés d’art contemporain et des mécènes. Le musée est sur la zone industrielle du site qui occupe 3400 personnes en France et 63000 en Europe. L’emplacement d’un musée de cette qualité dans une zone industrielle d’un bourg de province parfaitement sans intérêt (position personnelle…) est jubilatoire de surréalisme !

L’amour de l’art fait partie des valeurs de l’entreprise et il est passionnant de comprendre comment les exigences artistiques et les exigences économiques ont finalement un nombre non négligeable de points en communs : la vision, l’exigence de qualité, l’engagement, la cohérence, les racines, etc…

Pour vous partager l’enthousiasme qui a été le mien, j’ai repris quelques uns des textes explicatifs établis par le musée Würth sur l’œuvre exposée et des photos qui illustrent ces propos.

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« Que je peigne ou que j'écrive, j'essaie de créer une vision intérieure. »

Gao Xingjian

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Le temps
Face à un système collectif totalitaire, Gao Xinjian a choisi comme défense de se recentrer sur l'individu, notion qu'il considère comme une valeur universelle. L'échelle de temps privilégiée dans son œuvre est celle vécue par l'individu : l'instant. Gao fixe sur le support une succession d'instants qui construisent une identité, une mémoire et qui permettent à chacun d'éprouver une expérience esthétique. La technique de l'encre de Chine, au travers des lavis, taches et traits permet à l'artiste de suggérer des temporalités différentes au sein d'une même œuvre.

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Histoire

Gao Xingjian subit durant la Révolution culturelle chinoise (1966-1976) la volonté de contrôle des esprits et de la création artistique par le régime. Cette vision d'un destin collectif déterminé par les objectifs politiques d'un régime totalitaire est, pour lui, vouée à l'échec et à la destruction. Ses œuvres sont traversées par des motifs évoquant une civilisation menée vers la ruine, l'inconnu ou la mort. Cependant, Gao Xinjiang ne conçoit pas l'acte de création comme un propos politique, mais plutôt comme une quête de la beauté car elle se transmet au-delà des générations, tandis qu'un art politique reste contextualisé et donc périssable.

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Esquisse
« Dans mes carnets de notes, j'expérimente. C'est une phase de travail qui précède la réalisation de l'œuvre même. Au crayon, au fusain, à l'encre, je cherche l'amorce de l'image ; le trait, la tache juste qui lanceront le processus imaginaire. J'étudie aussi les possibilités de l'encre du papier, la bonne humidité du support pour accomplir l'effet recherché. Au moment de travailler, il faut tout oublier. »

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Ombre et lumière
« L'art contemporain occidental a oublié que la subtilité de la vision de l'art vient de la lumière et que sans la lumière, point d'âme. J'utilise le noir, le gris ou le blanc, mais le résultat n'est jamais vraiment noir grâce à la lumière. La lumière est l'âme de l'encre. »

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La quête
La notion de quête est au cœur du travail littéraire et pictural de Gao Xingjian. Son roman “La Montagne de l'Âme” relate le voyage initiatique d'un homme qui quitte la capitale chinoise pour fuir les violences politiques de la Révolution culturelle. Les errances du personnage constituent un double voyage à la fois géographique, à travers des régions reculées attachées à leurs traditions millénaires, et intérieur,
au travers d'une réflexion philosophique sur l'individu. L'évocation de la quête apparaît chez Gao Xingjian comme un éloge de la fuite ; dans ses œuvres, la fuite
est toujours conçue comme une quête de liberté : elle est moteur de la création et permet à l'artiste de se sentir « vivant ».

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La nature
Gao Xingjian est un marcheur solitaire pour qui la nature est à la fois une référence directe à la campagne chinoise qu'il aimait parcourir mais aussi une évocation des paysages intérieurs qui l'habitent. En arpentant la nature, le rythme de la marche devient source de méditation pour l'homme, sa pensée se libère. De même, ce sont les scansions de la musique répétitive de compositeurs tels que Bach, Messiaen, Glass ou Schnittke qui permettent à l'artiste d'atteindre la concentration à laquelle il aspire. Dans l'acte de création, il retranscrit le souffle et les rythmes puisés dans le paysage.
Ainsi l'exploration des quatre éléments, la terre, l'eau, le feu et l'air, au moyen de l'encre de Chine participe de la volonté de Gao Xingjian de retrouver l'essence du paysage.