DSC00693  Dans les rondeurs rouillées du port aux pétroles,

  à l’à-pic des minoteries  vertigineuses des darses creuses,

  dans la  lumière crue des usines corsetées de tôles  ondulées,

  au cœur de la ferraille, coule,  solennel, le Rhin à Strasbourg,

  mon fleuve !

  Les silos posés là, cathédrales comblées de céréales poussiéreuses,   

  s’imaginent veiller, la bouche pleine, les rives d’un cours domestiqué

  comme un chien repu.

31.07.2003 007a  Et pourtant, le soleil du soir ne cesse, couturier de l’éphémère,

  de parer la langue de terre inscrite entre la profondeur du ciel

  et le  temps qui s’écoule, de reflets somptueux.

  Cette nuit encore, le crépuscule a déployé ses habits de lumière

  aux tons de bleu, moirés d’or fin.

  Entre le ciel immense et le fleuve profond, un ruban glaiseux, timide et

  obstiné, abrite,  imperméable aux infinis qui l’entourent,

  l’activité des hommes.

  Perdus entre l’azurrhin  sans borne  et la permanence irréductible

  des  eaux tendues aux noces de l’océan,  ils  domestiquent.

  Et le fleuve de se laisser faire qui charrie délicatement les barges,

  fétus d’acier confiés à la délicatesse de ses profondeurs marines ;

  s’engouffre dans les turbines, trop heureux de retrouver là le plaisir

  des tourbillons espiègles, et féconde enfin les forêts rhénanes, havres

  ineffables des eaux paresseuses faussement endormies.

  La puissance  est à l’œuvre, modeste et pérenne.

   DSC00007L’orgueil des silos n’y fait rien qui, perdus dans cet océan de bleu,

  font illusion en comptant chichement leurs grains de blé.

  Ô mon fleuve, cadeau improbable des dieux,

  je n’aurai de cesse de chanter la splendeur de tes platitudes étonnées,

  ces quelques mètres de digues qui me sont  confiées,

  le temps d’un regard, posé au hasard d’un crépuscule  enluminé.