Petite réflexion sur les péchés capitaux. Aujourd'hui, place à "la Paresse"

Le plaisir de ne rien faire est devenu suspect dans notre société occidentale, qui a coloré l’inaction de péché. Tous nous courons vers des objectifs aussi nombreux que variés et souvent mal définis. A tel point que nous ne savons plus nous arrêter. La paresse est dévalorisée, considérée comme méprisable, et donc rejetée dans une société où la moindre seconde doit être rentabilisée. Celui qui ne fait rien, est traité de fainéant. L’idée de l’action est tellement présente dans notre vie quotidienne que le mot faire apparaît dans toutes les situations, même pour qualifier les moments de détente : qu’est-ce que tu fais ce WE, ou durant ces vacances ? On fait la sieste, on fait une pause, on fait même une méditation. Comme si, quand on a un peu de temps devant soi, on se refusait avec véhémence, de passer du faire au ressentir.

Au sens littéral du mot, le fai-néant ne fait rien. Il est dans l’inaction au présent. Le langage en a fait un réfractaire à l’action, donnant bien sûr à cette attitude un sens moral. Comme si le simple fait d’arrêter la machine allait nous empêcher de la remettre en marche. Or une paresse constructive permet à l’individu de se recharger, de se ressourcer, de reprendre contact avec le plus intime, le plus riche de lui-même. Elle lui donne une énergie nouvelle à brûler dans une action consentie et consciente. L’activité sera d’autant plus efficace et fructueuse que le repos qui l’a précédée a été profond et nettoyant toutes les scories accumulées par une activité frénétique.
La peur de l’ennui est souvent à la base de cette course incessante. Et plus que l’ennui la confrontation avec son être solitaire, moment qui risque d’être pénible, si son moi intérieur n’est pas habitué à se ressourcer dans la solitude et surtout le silence. Ce dernier apparaît alors comme un vide qu’il faut absolument combler.

Bien des parents s’empressent de remplir les moments d’inaction de leurs enfants par des activités diverses, surtout quand ces derniers, peu habitués à ne rien faire, déclarent : je m’ennuie. Comment s’étonner alors qu’ils se gavent avec tant d’avidité des histoires touts faites des séries télévisées ou que les images de synthèse de leurs jeux vidéo exercent sur eux une telle fascination ? Alors qu’il serait si simple et bénéfique de leur laisser des pages blanches sur lesquelles écrire leurs scénarios intérieurs et faire émerger leur créativité, leur imaginaire. Et leur donner le goût du silence, de l’observation…
En définitive, pour chacun d’entre nous, le moment présent est le seul qui existe vraiment. Autant le vivre en intensité…