Deux livres curieux lus sur une période de six mois. Ils m’ont donné de découvrir un phénomène dont je n’avais pas bien mesuré l’ampleur : la capacité de l’Eglise à « endoctriner » ses fidèles en utilisant des techniques de psychologie des masses à la portée de toutes les organisations.

Cela fait un peu froid dans le dos.

Le premier « La Méthode Bernadette » dont la critique – que je découvre aujourd’hui – a été remarquablement faite et de façon très mesurée par Dominique Bry sur Mediapart
http://www.mediapart.fr/club/edition/comic-strip/article/111208/la-methode-bernadette#

Il s’agit d’une méthode fondamentaliste de catéchisme basée sur le dessin de silhouettes en noir et blanc jouant sur le phénomène de la persistance rétinienne. Développée à Thaon-les-Vosges, cette méthode a eu entre 1900 et 1960, un succès mondial inimaginable à notre époque.

Le deuxième : « Le crépuscule du Purgatoire » par Guillaume Cuchet, éditeur A. Colin, 2005, 253 pages, collection : l’histoire à l’œuvre.

Le titre en lui-même est une invitation à la lecture. Il s’agit en fait d’un livre tiré d’une thèse de Doctorat d’histoire. Un travail d'universitaire parfaitement documenté qui retrace l'histoire de la dévotion aux âmes du purgatoire. L'auteur retrace l'évolution du culte des morts dans notre pays, les craintes de l'Église à propos du spiritisme et la genèse d'une dévotion qui s'épuisera après la première guerre mondiale.

A la fois une dévotion, une source importante de revenus pour le clergé et une organisation de collecte des honoraires de messe dont la basilique N.D. de Montligeon – exclusivement dédié à la célébration de messes pour les défunts – donne une idée étonnante. Au bout du compte, trois certitudes : le clergé a reçu entre 1860 et 1914 des sommes phénoménales d'honoraires de messe qui se sont chiffrés en millions de francs-or d’avant-guerre ; les fidèles ont été heureux d'avoir le sentiment d'aider les âmes du purgatoire ; l’état a « séquestré » 5 millions de francs-or d’honoraires de messe au moment de la loi de 1905 portant séparation de l’Eglise et de l’état.

Cette dévotion et surtout son déclin pose cruellement, même si cela est à peine esquissé dans le livre, la validité pour notre temps des messes pour les défunts - au delà d'un concours volontaire des fidèles à la subsistance du clergé - et de la pratique des indulgences - toujours en vigueur dans le droit canon - qui lui est objectivement imbriqué.

Fascine dans les deux cas la montée en puissance de deux processus et leur déclin tout aussi impressionnant sur une période d’un demi-siècle. L’absence de pérennité questionne sur le discernement du magistère à cet égard. Dans le cas de la Méthode Bernadette, la condamnation a été bien tardive et dans celui de la dévotion aux âmes du Purgatoire on aspire à une suppression pure et simple du concept d’indulgences et à une formulation adaptée à notre époque du dogme du Purgatoire.