A ceux qui en ont assez de respirer les odeurs d’essence, même virtuelles, du Paris/Dakar argentin, je propose de nous intéresser à une course d’un tout autre genre qui débutera le 10 janvier et dont bien peu de médias parleront car aucun des grands constructeurs automobiles n’y sera impliqué. Il s’agit d’une course spectaculaire qui, au-delà de la compétition, représente une certaine idée du sport, de la nature et du respect de l’environnement. Je veux parler de La Grande Odyssée Savoie/Mont Blanc, une course de chiens de traîneaux, une des dernières au monde, car, dans le Grand Nord, les motos neige ont remplacé les traîneaux !

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Cette course imaginée par Nicolas Vanier et Henry Kam est devenue une réalité en janvier 2005 lors de sa première édition. Elle réunit chaque année 25 des meilleurs mushers* au monde, avec au total 280 chiens, huskies, malamutes, samoyèdes, alaskans huskies, groenlandais, esquimaux du Canada, tous véritables marathoniens des neiges. Cette fois, six Français seront au départ. Avec leurs chiens, les mushers, ou conducteurs d’attelage, vont parcourir plus de 800 km à travers la Savoie et la Haute-Savoie, et ils grimperont plus de 25.000m de dénivelé positif en cumulé. Ils parcourront les massifs du domaine franco suisse des Portes du Soleil et de la vallée de Haute-Maurienne Vanoise, en passant par Megève et Notre-Dame-de-Bellecombe avec une arrivée à Val Cenis Lanslebourg. Sont prévues dix étapes dont sept contre la montre et un challenge de vitesse. Comble de la difficulté : la moitié des étapes s'effectueront de nuit.

Un équipage comporte de 14 à 16 chiens et une grande complicité les unit à leur musher. Cette complicité, indispensable car dans la nature, la survie du musher en dépend, est acquise par de longues années d’entraînement et de soins . Le 10 janvier, sur la ligne de départ, la frénésie sera à sont comble, les chiens s’exciteront et à les voir tirer sur leurs traits, bondir et hurler d‘enthousiasme, on pourra se demander qui, des hommes ou des chiens seront les plus impatients de s’élancer sur la piste…

Le musher pilote son attelage à la voix, il ne dispose ni de fouet, ni de rênes et il lui est bien sûr interdit, sous peine d’élimination immédiate, d’infliger de mauvais traitements à ses chiens. Il court souvent à côté de son attelage dans les montées et les passages difficiles, ce qui rend cette épreuve d’endurance très physique.
La course est encadrée par un ensemble de règles précises. Des points de contrôle sont prévus pour les chiens fatigués, mais également tout un arsenal de mesures propres au monde du sport : des contrôles anti-dopage pour les chiens et leurs maîtres et des balises GPS pour éviter toute erreur d'orientation.

A l’aube de sa 5ème édition la grande Odyssée Savoie-Blanc, n’a plus rien à envier aux grandes courses canadiennes mythiques, l’Iditarod et la Yukon Quest.
Après la course, les seules traces qui resteront dans la nature seront celles des pas des mushers, de leurs chiens et de leurs traîneaux dans la neige, traces qui s'effaceront au premier coup de vent ou à la première chute de neige...

Et pour terminer, laissons parler Jack London, dans un extrait de Croc Blanc:
« Sur la glace du fleuve, et comme un défi au néant du Wild, peinait un attelage de chiens-loups. Leur fourrure, hérissée, s’alourdissait de neige. À peine sorti de leur bouche, leur souffle se condensait en vapeur pour geler presque aussitôt et retomber sur eux en cristaux transparents, comme s’ils avaient écumé des glaçons. Des courroies de cuir sanglaient les chiens et des harnais les attachaient à un traîneau qui suivait, assez loin derrière eux, tout cahoté… ».

*Musher : le mot vient de « mush », utilisé pour donner l'ordre du départ, phonétiquement proche du mot « marche » en français, devenu « mush » en anglais.