patinoire_kzDepuis 1570, le traditionnel marché de Noël de Strasbourg ouvre ses portes au moment de l’Avent. Cette manifestation éminemment populaire s’est construite au fil des siècles autour du commerce des sapins de Noël et s’est peu à peu étendue aux décorations traditionnelles.
Le froid habituellement vif en période hivernale dans ce pays au climat continental, a entraîné petit à petit un élargissement du commerce aux boissons et aliments adaptés à ces hivers rigoureux.
L’année 2009 est marquée depuis le début du mois de décembre par un réchauffement inhabituel en cette saison. Les températures moyennes depuis le début novembre sont, d’après météo France, supérieures de 6° par rapport aux normales saisonnières.

Il faut se rendre à l’évidence, il ne fait pas assez froid sur le Marché de Noël de Strasbourg. La difficulté est d’autant plus grande que tous les ingrédients habituels du succès sont là : augmentation des boutiques artisanales, décorations électriques à base de diodes électroluminescentes de plus en plus évoluées, manifestations musicales et religieuses en tout genre, extension de la zone piétonne du centre ville.
Tout y est sauf l’essentiel, à savoir ce froid vif et sec venu du Nord et, les bonnes années les quelques centimètres de neige qui ne manquaient pas d’exciter petits et grands.

A quoi sert-il d’avoir les Winstubs les plus délicieusement cosy, les pâtisseries les plus caloriques, la gastronomie la plus solide, les vins les plus fruités si manque ce frisson de bonheur qui vous prend aux tripes, quand perclus de froid, le nez et les oreilles rougis par l’ardeur, vous soulevez la tenture d’une brasserie et respirez à plein poumon cette magnifique bouffée de chaleur, parfumée au baeckehoffe, au vin blanc ou à la tarte aux quetsches qui vous signifie en une inhalation que vous avez enfin atteint le havre de la félicité ?

La fréquentation de la patinoire en plein air située place de la Cathédrale se limite à quelques intrépides. Le niveau d’eau sur la glace n’est pas encourageant. Quant aux patineuses, habituellement sujettes aux queues de poisson et poussettes amicales de leurs congénères masculins, elles évitent soigneusement l’aventure !

Il y a bien les traditionnelles odeurs de cannelle, de vin chaud, d’orange, de pralines, mais à vrai dire, boire un verre de vin chaud quand on n’a pas froid aux mains, manque singulièrement de charme. Les marrons chauds ne font plus recette non plus.

Le syndicat des hôteliers et restaurateurs de Strasbourg a ouvert une cellule psychologique. Une neuvaine au Ste Odile a été votée.

Si le réchauffement climatique devait perdurer, c’est tout un pan de la culture alsacienne dont il faudrait faire le deuil. Les populations n’y sont pas préparées et s’il y a quelques millions d’années, le sillon rhénan était habité d’alligators, d’éléphants et de rhinocéros, nos concitoyens ne sont pas encore prêts à célébrer Noël autour d’un palmier et en short hawaïen. Dieu merci, nous n’en sommes pas encore là, mais pour combien de temps encore ?